Mort du comédien André Falcon à l'âge de 84 ans

André Falcon reste aujourd’hui surtout l’éternel second (ou troisième) rôle des années 70, spécialisé dans les rôles de "notables", au sens assez large du terme : on ne compte plus ses compositions de ministre, député, médecin, diplomate, militaire, patron, avocat…
Difficile d’imaginer qu’il commença dans la carrière en fringuant jeune premier de la Comédie Française, dont il fut, après-guerre, à 25 ans, le plus jeune sociétaire. Il y joua tous les grands classiques du répertoire durant une vingtaine d’années, avant de se tourner vers le cinéma, qui ne commença vraiment à faire appel à son talent qu’au milieu des années 60. Attendant, peut-être, que la pâtine du temps fasse son oeuvre et que son physique se marie mieux à sa belle voix grave, à la diction toujours impeccable.
C’est François Truffaut le premier qui, avec son rôle de directeur de l’agence de détectives privés Blady, où Antoine Doinel s’initiait aux filatures, dans Baisers volés, sut exploiter tout son potentiel et commença à en faire une silhouette familière, parfois pour une seule scène de films pas toujours follichons mais où sa présence était toujours l’assurance d’un bon moment.
Certains cinéastes furent plus fidèles que d’autres, tels Philippe Labro (Tout peut arriver, Sans mobile apparent), Jacques Deray (Un peu de soleil dans l’eau froide, Borsalino and Co, Le Gang, Trois hommes à abattre) ou Henri Verneuil (Le Serpent, Mille milliards de dollars). Citons aussi Enrico, Pinoteau, Chabrol, Sautet, Demy, Molinaro, Bertucelli, Costa-Gavras, Lautner, Oury… bref, une certaine idée de la France pompidolo-giscardienne, qu’André Falcon incarnait à merveille, y compris dans sa Marge (du titre du film adapté d’André Pieyre de Mandiargues par Walerian Borowczyk, dans lequel il jouait l’oncle du beau Joe Dallesandro).

Avec Lino Ventura dans "L'Aventure, c'est l'aventure"
Avec Lino Ventura dans "L’Aventure, c’est l’aventure"

Mais c’est avec Claude Lelouch qu’il eut la plus longue collaboration (avec quelques éclipses), initiée par un rôle d’ambassadeur (puisqu’on vous le dit…) dans L’Aventure, c’est l’aventure. L’année d’après, son rôle de bijoutier si subtilement braqué par Lino Ventura et Charles Gérard (oui, oui, "subtilité" et "Charles Gérard" peuvent aller de pair !) dans La Bonne année marquera suffisamment les esprits, dont celui de Lelouch lui-même, pour que ce dernier y fasse un clin d’oeil très récemment dans Les Parisiens et Le Courage d’aimer, les deux dernières apparitions d’André Falcon au cinéma.
Parallèlement, on le retrouva également régulièrement dans quelques films espagnols, notamment chez Carlos Saura (Les Yeux bandés, Vivre vite) ou Montxo Armendariz (27 horas, Historias del Kronen).

A partir des années 70, sa carrière se partagea à parts à peu près égales entre le cinéma, le théâtre (auquel il est toujours resté fidèle après avoir quitté le Français, mais dans un répertoire souvent plus boulevardier) et la télévision, dont il devint également un solide second rôle (avec une participation récurrente dans Julien Fontanes, notamment).

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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