Mort du cinéaste indépendantiste québécois Pierre Falardeau

La nouvelle n’a pas vraiment affolé les rédactions, à tel point que nous n’apprenons que maintenant (merci Le Plan B !) la mort, le 25 septembre dernier, à 62 ans et d’un cancer du rein, de Pierre Falardeau, l’une des figures majeures du cinéma québécois, dans son versant le plus mordant et polémique, le plus militant aussi (l’un n’allant généralement pas sans l’autre).
Cinéaste depuis le début des années 70, dans la droite ligne des pionniers du cinéma canadien francophone (appelé alors "cinéma direct"), Pierre Perreault ou Michel Brault (notamment co-réalisateurs très politisés de Pour la suite du monde (1963), aujourd’hui un peu oubliés mais très influents à l’époque), son principal combat était celui de l’indépendance du Québec, de l’affirmation de sa culture et de sa langue françaises (jusqu’à la haine de l’"occupant anglais"), toujours accompagné d’une critique radicale du capitalisme. Le tout passait souvent par la bouffonerie, en particulier avec la création (en collaboration avec Julien Poulin) du personnage d’Elvis Gratton, symbole du petit bourgeois québécois faisant le complexe de sa francophonie et fantasmant sur l’autre Elvis, "héros" d’une série de courts-métrages et de trois longs-métrages, entre 1981 et 2004.

Pierre Falardeau

Bon client des médias, avec son franc-parler jusqu’à la provocation et ses jugements parfois à l’emporte-pièce (mais tranchant avec le ronron médiatique habituel), Falardeau reste aussi connu pour un court-métrage d’une rare violence verbale à l’encontre de la "bonne société québécoise anglo-collaboratrice", justement intitulé Le Temps des bouffons (1985). Si ses autres films ne sont pas disponibles en France en DVD et ses livres depuis longtemps épuisés, ce court-métrage est inclus dans le DVD Trois petits films contre le grand capital, récemment édité par le Plan B (et disponible en commande sur son site), accompagné du célèbre Désarroi esthétique (1996), portrait du publicitaire Daniel Robert par Pierre Carles, un des fleurons des documentaires de l’émission Strip-tease (de l’époque où Carles n’y était pas encore tricard…), et le très impressionnant L’Initiation (2008), de Boris Carré et François-Xavier Drouet, plongée au plein coeur d’une formation de futurs cadres commerciaux comme il s’en tient des dizaines chaque jour, là où se construit l’horreur libérale…

Meet Elvis Gratton ! (pardon pour l’anglicisme…)

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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