A l’occasion de la disparition récente d’Ernest Borgnine à l’âge de quatre-vingt-quinze ans, nous évoquions les comédien(ne)s qui, comme lui, continuaient à tourner régulièrement passés quatre-vingt-dix ans. Nous ne sommes pas superstitieux mais, pour le coup, on craint d’avoir porté la poisse à Celeste Holm, dont la longévité de carrière aura même été bien plus impressionnante que celle de l’interprète de Marty, devenu acteur tardivement. Car Celeste Holm a débuté sur les planches à moins de vingt ans, aux côtés de Leslie Howard dans l’une des pièces les plus prestigieuse qui soit, Hamlet ; et les derniers films auxquels elle a participé ne sont même pas encore sortis ! Soit plus de soixante-quinze ans de carrière…

Celeste Holm et Bette Davis dans "Eve"
Avec Bette Davis dans "Eve"

Pourtant, il y a fort à parier que beaucoup de cinéphiles français ne la connaissent pas vraiment. Ainsi, lorsque l’on évoque les actrices du chef d’œuvre de Mankiewicz, Eve (1950), on pense évidemment à Bette Davis, à Ann Baxter, à une jeune et prometteuse débutante nommée Marilyn Monroe, voire à la géniale Thelma Ritter. Beaucoup moins à Celeste Holm, meilleure amie de Bette Davis / Margo Channing… L’année d’avant, toujours pour Mankiewicz, Celeste Holm n’était certes qu’une voix, mais celle de la "traîtresse" Addie Ross, dont la lettre tourmentait Jeanne Crain, Linda Darnell et Ann Sothern dans Chaînes conjugales (A Letter to Three Wives, en anglais), procédé abondamment exploité presque soixante ans plus tard par Marc Cherry pour Desperate Housewives… Celeste Holm n’était d’ailleurs pas créditée au générique, alors qu’elle avait remporté un Oscar du meilleur second rôle féminin à peine quelques années plus tôt pour Le Mur invisible (1947), d’Elia Kazan. Second rôle, au cinéma, c’était un peu sa destinée, comme dans La Fosse aux serpents (1948), d’Anatole Litvak, où elle était la faire-valoir de la star féminine Olivia de Havilland, ou La Femme aux cigarettes (1948), de Jean Negulesco, où elle jalousait Ida Lupino que Cornel Wilde lui préférait.

Gregory Peck et Celeste Holm dans "Le Mur invisible"
Avec Gregory Peck dans "Le Mur invisible"

Malgré ces premières années hollywoodiennes plus que prometteuses, où elle n’avait débuté qu’en 1946 après une dizaine d’années de pièces sur Broadway (notamment de comédies musicales où elle eut parfois le jeune Gene Kelly comme partenaire avant qu’il ne devienne une star de l’écran), ses apparitions au cinéma se sont faites assez rares après Eve, la plus notable étant certainement son rôle de journaliste dans Haute société (1956), de Charles Walters, plus connu comme ayant été le dernier film de Grace Kelly. Celeste Holm se consacra ensuite davantage au théâtre mais surtout à la télévision, où elle accumula un nombre de rôles assez impressionnant dès les années 1950 et jusque dans les années 2000. On la vit ainsi aussi bien Falcon Crest que La Croisière s’amuse, L’Ile fantastique, Columbo, Le Fugitif, New York 911 ou Les Rues de San Francisco, pour ne citer que les séries les plus connues en France.

Frank Sinatra et Celeste Holm dans "Haute société"
Avec Frank Sinatra dans "Haute société"

Et si nous lui devions bien cet hommage, c’est aussi tout simplement parce que, sans elle, indirectement, il n’aurait peut-être jamais été possible ! De son court mariage à la fin des années 1930 avec le futur réalisateur de Soldat bleu, Ralph Nelson, naquit en effet Theodor Nelson, considéré comme l’un des pionniers de l’Internet et le père du terme "hypertexte" !
Celeste Holm s’est éteinte chez elle, à New York, le 15 juillet 2012, où elle était née, quatre-vingt-quinze ans plus tôt.

En duo avec Frank Sinatra, chantant le Who Wants to Be a Millionaire ? écrit par Cole Porter dans Haute société :

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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