brancaleone

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Après Dino Risi, la collection « Edizione Maestro » remet à l’honneur un autre prince de la comédie italienne : Mario Monicelli. Brancaleone s’en va-t-aux croisades est la suite de L’Armée Brancaleone avec le même Vittorio Gassman en vedette. Inutile pourtant d’avoir vu ce premier épisode pour apprécier cette farce picaresque mettant en scène un preux chevalier, désireux de connaître un destin glorieux en Terre Sainte en allant conquérir le Saint Sépulcre.

Très vite, on réalise que ce Brancaleone est un véritable bras cassé qui échappe de justesse au massacre de son armée (il se retrouve coincé sous la coque d’un navire) avant de poursuivre un chemin semé d’embuches. Chaque épisode de sa croisade donne lieu à des séquences quasi-autonomes : sauver un nouveau-né, tirer une sorcière (la divine Stefania Sandrelli) du bûcher, rendre visite à un ermite ou un stylite, accueillir un lépreux au sein de son armée…

Le film adopte cette forme vagabonde et truculente, faisant de son héros un véritable Don Quichotte italien. On aurait tort, pourtant, de croire à un « ancêtre des Monty Python » comme il est annoncé sur la jaquette du DVD. L’humour de Monicelli n’a rien à voir avec le « non-sens » des britanniques et il s’agit plutôt d’une transposition des caractéristiques de la comédie italienne à l’époque du Moyen-âge. C’est donc davantage du côté du Pigeon du même cinéaste qu’il faut se tourner puisque Brancaleone, comme Peppe le boxeur, s’improvise chef d’une bande de loqueteux pour mener sa quête. Un aveugle, un nourrisson, un renégat allemand, une sorcière, un nain, un lépreux qui se révèle être une princesse : le film séduit d’abord par la caractérisation de ces personnages hauts en couleur et balourds. Avec un certain cynisme typique du genre, Monicelli montre des personnages veules et hâbleurs, intéressés uniquement par le profit (ce traître allemand toujours prêt à se mettre à la solde du plus fort) ou par leur petite personne (le nain qui n’hésite pas à voler le berceau du bébé pour piquer un roupillon). Trônant au centre de ce microcosme, Vittorio Gassman peaufine son personnage de séducteur fanfaron et pusillanime. Avec son sens de l’autodérision, il porte sur ses épaules le film.

Après le succès assez surprenant de L’Armée Brancaleone, Monicelli est parvenu à remettre à l’honneur la comédie médiévale en Italie et c’est sur cette vague qu’il surfe ici. Ça serait sans doute mentir de dire qu’on rit aux éclats à chaque instant mais l’humour truculent du récit fait souvent mouche. On peut seulement regretter que le film s’essouffle un peu sur la fin et il aurait sans doute mérité de durer une demi-heure de moins.

Mais à cette réserve près, l’œuvre est bien ficelée, rythmée par des scènes d’action plutôt bien confectionnées et parsemée d’idées fortes, notamment ces dialogues de Brancaleone avec la Mort. En se replongeant dans l’époque de la querelle des Investitures (le pape Grégoire VII s’opposant à l’antipape Clément III), Monicelli parvient également à faire passer un certain message de tolérance, notamment lors d’une scène assez impressionnante où l’armée de Brancaleone se trouve confrontée à un arbre plein de pendus. La sorcière du groupe possède le pouvoir de leur parler et elle apprend les raisons de leurs exécutions : adultère, recherche scientifique, appartenance à la religion juive… Sans avoir l’air d’y toucher, le cinéaste et ses scénaristes (les fameux Age et Scarpelli) condamnent un certain obscurantisme qui a été pendant longtemps l’apanage de l’église catholique.

Sans compter parmi les œuvres les plus marquantes de ce vaste continent qu’est la comédie italienne, Brancaleone s’en va-t-aux croisades possède suffisamment de ressources pour nous divertir et nous faire passer un bon moment.

 

Brancaleone s’en va-t-aux croisades

(Italie, 1969, 120 minutes)

Réalisation : Mario Monicelli

Scénario : Agenore Incrocci, Furio Scarpelli, Mario Monicelli

Acteurs : Vittorio Gassman, Adolfo Celi, Sandro Dori, Stefania Sandrelli, Beba Loncar

Editeur : ESC éditions

Sortie en DVD-BR le 28 mars 2017

A propos de Vincent ROUSSEL

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