Maria Victoria Menis – "La camara oscura"

Ceux qui se souviennent d’ "El Cielito", film tragique et âpre sorti en 2005 en France, resteront sans doute un peu perplexes devant le nouveau projet de la réalisatrice argentine. Réfléchissant toujours sur la fragilité des rapports humains, elle se dégage ici des questions sociales, et nous livre un portrait de femme baigné d’une nostalgie bienveillante : « La camara Oscura » est une plongée en apnée qui semble directement inspirée des propres souffrances de son auteure, sondant son âme au plus profond, remontant le temps jusqu’à ses origines, celle de l’arrivée des juifs à Entre Rios à la fin du XIXe Siècle.
 
Gertrudis naît sur le bateau de la liberté, qui conduit ses parents sur la terre d’Argentine. Mais elle arrive trop tôt, présage de malheurs à venir pour sa mère, qui refuse dès cet instant de porter un regard sur cet enfant, allant même jusqu’à ne pas vouloir lui attribuer de nom. Ce déni d’identité, Gertrudis le portera toute sa vie, finissant par s’exclure d’elle-même de l’histoire commune.
 
 
Un film intimiste où la caméra se fait loupe, s’attachant aux détails, cadrant des morceaux grossis d’être et de choses, refusant quasi systématiquement une vision globale, sauf à de rares moments, qui semblent alors être les clichés volés d’un temps passé. Avec ce film, c’est une chronique du cinématographe vue par la lentille subjective de Maria Victoria Menis qui nous est proposée. De sa magie, qui dévoile les images et les âmes, et participe d’une histoire du vide, où la vie passe en 20 ans aussi vite qu’une ellipse de cinéma. Car pour Gertrudis, anti héroïne par excellence, rejet d’une société qui s’attache à l’éphémère du beau, rien n’a existé que cet instant où un photographe français lui révèle, par le biais d’une caméra photographique, la vraie femme qui est en elle.
 
Une ombre, un visage oublié, voilé, et qui soudain apparaît sous l’œil attentif d’un homme. Et autour de cette biographie, une inexistence des sentiments magnifiquement retranscrit, et qui n’aplati pour autant pas les personnages dans une stigmatisation grossière. Il y a la mère intransigeante, le mari entrepreneur, dont le seul désir et que sa femme crée une famille à la hauteur de ses ambitions, et ne le trompe pas, et les enfants, dont les envies ne seront que suggérées, furtivement, car il s’agit ici de parler de ce qui n’est pas.
 
D’évoquer cette femme qui réussi à créer un univers intime foisonnant malgré une mise au monde dans la douleur et l’indifférence. Une indifférence qui la poursuivra tout au long de sa vie, jusqu’à sa disparition, un beau matin d’été.
 
 
Ici pas de drame ni de violence comme dans « El Cielito », mais bien plutôt une douceur apathique, un renoncement à la passion, sans amertume. Le film rappelle parfois ceux des années 70 qui retraçaient les parties de campagne d’une bourgeoisie sur le déclin, avec un attachement à la terre et à la tablée, où chacun tenait un rôle social défini. Gertrudis elle s’affiche comme bonne à tout faire, mais sans complainte ni ressentiment.
 
Et malgré un sujet plutôt triste à priori, l’impression qu’il en reste est fraîche et légère, comme une belle journée d’été.
 

Sortie en salle le 29 juillet 2009
 

A propos de Marion Oddon

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