Marcel Camus – "Orfeu Negro"

Orfeu Negro, palme d’or à Cannes en 1959, a su allier mythe et modernité, en apportant une vision blanche sur une réalité noire. Et c’est sans doute cette sincérité dans l’approche et cette intemporalité intentionnelle qui permette au film de garder sa fraîcheur et sa pertinence 50 ans après sa première sortie en salle.

C’est aussi grâce à cette transposition réussie des mœurs hellénistes à la vie quotidienne d’une favela brésilienne. Le contexte du carnaval de Rio permet en effet à Camus de jouer avec les codes vestimentaires, créant des costumes somptueux qui transforment le visage de Marpessa Dawn (l’Eurydice noire) en statue grecque, et donne à la mort une présence effrayante et tangible. Cette fusion des deux cultures, bien qu’empreinte d’une certaine irréalité, fonctionne comme un délicieux élixir pour le spectateur qui se laisse emporter au rythme de la samba dans les dédales de la ville soleil.

L’histoire est universelle : celle d’Orphée et Eurydice, deux jeunes tourtereaux séparés par une femme jalouse. La fin d’Eurydice et tragique, tuée accidentellement par son amant après avoir échappée à tous les obstacles qui les séparaient. Mais ils s’uniront finalement dans la mort, car telle est la conclusion de toute vraie histoire d’amour.

Marcel Camus avait vu la créativité du cinema novo, l’intelligence et la ferveur du Brésil, qui malgré des favelas pauvres voyait chaque jour le soleil se lever sur un continent fertile d’inspiration.Reprenant les stigmates positifs de ce pays : la bossa nova d’Antonio Carlos Jobim , le vaudouisme, et surtout le carnaval de Rio et sa folie contagieuse, il crée un nouveau brésil, où les pauvres sont riches de leur foi, avec une certaine vision tendre et naïve d’européen nourri malgré lui par une culture colonialiste.

Beaucoup d’images reflètent une vision ingénue. Mais les faux-pas sont constamment évités, la magie préservée jusqu’au dernier souffle. Influencé par un certain expressionnisme allemand, par Kafka pour les scènes urbaines et administratives. On pariera également que Terry Gilliam à du y jeter un œil, tant l’on retrouve de similitudes avec « Brazil » dans cette scène des papiers volants dans une bureaucratie vide d’âme.

Un film qui plaira aussi aux enfants, ceux-ci fourmillant tout au long du film, à la manière de ceux dirigés par Luigi Comencini dans son Pinocchio de 1971, avec liberté et insouciance.

Deux bonus sont offerts dans cette édition DVD de bonne qualité, un voyage sur les traces de Camus, dans le brésil d’hier et d’aujourd’hui, et un entretien avec Demy sur la question passionnante : « Orfeu Negro, film sur le brésil ou film brésilien ? ».

Orfeu Negro (France-Brésil, 1959) de Marcel Camus
Edité par Potemkine. Sortie le 18 novembre 2008

A propos de Marion Oddon

Laisser un commentaire