Luciano Onetti – « Francesca »

Comme son premier film, Sonno Profondo, Francesca est un vibrant hommage rendu au giallo par le cinéaste argentin Luciano Onetti. Mais cette fois, le récit se veut moins expérimental, plus classique et l’amateur du genre se trouve vite en terrain connu puisque deux détectives enquêtent sur une série de meurtres violents qui pourraient être liés à la disparition de la petite Francesca, fille du célèbre écrivain, poète et dramaturge Vittorio Visconti.

Francesca est avant tout une œuvre totalement fétichiste visant à recréer l’atmosphère des grands « gialli » d’autrefois. Tourné en Argentine en 2015, le film donne l’impression de venir de l’Italie des années 70 et Onetti ne se prive d’aucun accessoire permettant de dater son récit : bandes magnétiques, téléphones à cadran, diapositives, machines à écrire… Il connaît également les ficelles du genre sur le bout des doigts : trauma originel, tueur aux mains gantées, crimes à l’arme blanche, objets inquiétants (cette poupée qui revient de manière récurrente)… De la même manière, la mise en scène épouse le style des maîtres du genre : cadrages insolites, montage percutant notamment lorsqu’une plongée verticale abrupte ponctue de manière très forte le meurtre d’un pianiste sur scène, recours permanent aux inserts et, parfois, à la caméra subjective (accompagnée de la respiration trop forte du tueur), musique dissonante et oppressante à base de nappes synthétiques dans la tradition des Gobelin ou de Bruno Nicolai…

Pour rendre hommage au genre, le cinéaste cherche même à imiter la photo des grands classiques de Dario Argento ou de Sergio Martino mais sans y parvenir totalement. En dépit de la désaturation des couleurs et d’une image un peu délavée, on sent toujours la froideur du numérique et cette photo assez laide me paraît d’ailleurs la principale faiblesse du film. Parce que sinon, Francesca se suit sans le moindre déplaisir : l’enquête est suffisamment retorse pour tenir en haleine et suffisamment riche en rebondissements pour surprendre même l’amateur rompu aux codes du genre.

francesca1

Privilégiant l’atmosphère et les « scènes à faire », Luciano Onetti n’évite pas totalement l’écueil de l’exercice de style gratuit et un peu vain. Mais d’un autre côté, l’hommage rendu nous a paru sincère et porté par un cinéaste vraiment passionné, qui ne cherche jamais à se rendre plus malin que les modèles qu’il convoque : Bava pour les jeux de lumières, Argento (surtout Profondo Rosso), etc.

Si la « forme » semble être l’aspect le plus développé par le réalisateur, il n’en néglige pas pour autant un scénario habile, qui couple une traditionnelle enquête policière avec des références à la Divine comédie de Dante et une vision assez torturée de l’enfance puisque lors d’un prologue éprouvant, on voit la petite Francesca s’amuser cruellement avec la dépouille d’un oiseau avant d’énucléer son petit frère (qui n’est alors qu’un bébé).

Mais encore une fois, même si l’hommage reste très habile y compris dans ses moindres détails (le whisky J&B, le polar à couverture jaune lu par Visconti…), on peut se demander si au-delà de l’aspect nostalgique (très agréable), il y a un réel intérêt à recréer de manière aussi fétichiste un faux giallo des années 70. Si le genre séduit encore aujourd’hui, c’est qu’il s’est parfaitement inscrit dans une époque troublée (entre libération des mœurs, remise en question de toutes les conventions sociales et une inquiétude liée aux impasses de l’activisme politique). En 2015, Francesca a parfois des allures de (jolie) coquille un peu vide.

Je le répète, ce bémol n’est pas forcément une critique dans la mesure où le film est bien fait et très plaisant mais on aimerait que les frères Onetti confrontent leur amour sincère du genre à des enjeux plus contemporains. On pourrait alors, peut-être, assister à sa réelle renaissance…

francesca2

Francesca (2015)

DVD 9 – DVD INÉDIT Éditions The ecstasy of films
Productions : Nicolas Onetti et Guante Negro films
Réalisateur : Luciano Onetti
Scénario: Luciano Onetti et Nicolas Onetti

Interprètes: Luis Emilio Rodriguez, Gustavo Dalessanro, Raul Gederlini, Silvina Grippaldi, Evangelina Goitia, Juan Bautista Massolo, Florencia Ollé, Fernanda Cerrudo, Idiel Idiaquez, Juan Maria Onetti…

Langues : Italien
Sous-titres : Français, Anglais et Espagnol

Genre : Giallo

 

 

A propos de Vincent ROUSSEL

Laisser un commentaire