Leslie H. Martinson – « Batman » (1966)

« Nanananana ana nana aan BATMAN ! »

Sale temps pour Batman : alors que sort sur les écrans un survitaminé et sans doute catastrophique « Batman V Superman », armure de chevalier, voix sombre et destruction de la planète et du box office à la clef, son lointain doppelgänger à petit bidon et pyjama moulant doit faire face à une sale affaire : le Joker, Catwoman, le Pingouin et le Sphinx, tous unis après le vol d’un yacht top-secret contenant l’arme ultime, le « déshydratateur », capable de lyophiliser à désir n’importe quel être humain et, pourquoi pas, l’ensemble du conseil de l’ONU…

Dieu bénisse le Lycra : inspiré de la série télévision éponyme, dont il constituait à l’époque de sa sortie un lien entre la première et deuxième saison, le Batman de Leslie H. Martinson qui retrouve le chemin des salles pour célébrer son 50e anniversaire en version restaurée 4k est un antidote parfait à la surenchère « grim and gritty », ce courant ultra-sombre et sérieux à l’œuvre dans l’univers comics (et films attenants) depuis le « Dark Knight » dessiné par Miller.

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Batman: [lisant la seconde énigme] What people are always in a hurry?

Robin: Rushing people… Russians!

 

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La première scène donne le ton : tentant de récupérer avec son fidèle (et gay-friendly) compagnon Robin un yacht détourné, notre héros pas-pressé demande le déploiement de la Bat-échelle, que vient appuyer un petit fanion portant son nom (il en sera de même pour à peu près tous les gadgets, jusqu’à saturer la Bat-cave d’écriteaux). Manque de bol, un requin lui dévore la jambe. « Holy Sardine ! » hurle Robin, constatant sans doute l’impossibilité de s’en tirer ? Que nenni : il suffit de déployer le Bat-spray-répulsif à requin.

Quand on sait que les premiers cartons du film le dédient aux « ennemis du crime […] et aux amoureux du fun, du ridicule et du bizarre », on ne s’étonnera pas que le reste de cette pochade sixties soit à l’avenant, jouant du décalage exacerbé entre son premier degré assumé et les enchainements de gags, dont l’incarnation la plus superbe se trouve dans un Adam West (Batman) ne se départissant jamais du sérieux de sa fonction, à mi-chemin entre le con de la lune et l’officier obtus façon Dupondt, faisant lorgner ce Pierrot étonné du côté d’un Leslie Nielsen en collants, comme dans la désormais culte séquence de la bombe où ce bon vieux Batman court comme un poulet sans tête les bras par-dessus tête, sans cessé empêché par les rencontres impromptues avec des nonnes, des enfants, des chatons : « Sometimes you just can get rid of a bomb » finit-il par lâcher, dépité par tant d’empêchements à faire le Bien sans mettre à mal sa droiture.

Robin: Holy costumed party! That’s the Penguin!

Batman: Obviously.

Robin: I wonder what his game is.

[Batman se tournant vers le pingouin déguisé en marin]

Batman: What’s your game, Penguin?

L’humour ZAZ (Y’a-t-il…) n’est d’ailleurs jamais très loin, et si le côté théâtre filmé de l’ensemble a pris du plomb dans l’aile (de pingouin), difficile de ne pas s’esclaffer devant un film capable de faire même de ses faiblesses un argument potache, réussissant d’être tout à la fois autant hommage et parodie de lui-même.

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Mieux : dans sa narration absurde, ses rebondissements sortis du chapeau (les héros sauvés in extremis d’un hélicoptère en chute libre par…dieu merci, un salon du caoutchouc), ses séquences à rallonges et ses ellipses brutales, il renoue avec l’âme des comics de l’âge d’or (1938-1954) dont le film serait une forme de tentative de synthèse filmée : avec ses Wizz-Pow-pam qui finiront par s’afficher à l’écran, ses commentaires à voix hautes de l’action (« Vite, à la Batmobile que nous puissions… ») et ses méchants très vilains remettant en cause la paix dans le monde en pleine guerre froide (avec petit clin d’oeil politique bienvenue dans sa conclusion), bienvenue dans ce monde de l’archétype et du fluo.

En en prenant le parti avec une naïveté rigolarde et assumée, poussant chacun de ses gimmicks jusqu’à l’explosion (Robin ponctuant chaque action d’un « Holy… »), horriblement mal filmé et rythmé au point d’en devenir volontairement culte, le film est un bonbon old school et décalé, aussi fascinant que chiant, à hurler de rire très souvent que gênant par instants. Eteignez vos cerveaux et allumez rires et pop corn (voire substances) : « A joke a day, keeps the gloom away! » (Le Joker)

Holy movie !

A propos de Jean-Nicolas Schoeser

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