La mort de Michael Crichton

Au regard de sa « surface financière », probablement l’une des plus considérables à Hollywood (vous comprendrez vite pourquoi…), la mort, d’un cancer à 66 ans, le 4 novembre dernier, de Michael Crichton est passée curieusement assez inaperçue.
Pourtant, que ce soit comme scénariste, producteur, romancier adapté ou, facette peut-être la plus oubliée de sa riche carrière, réalisateur, Crichton est associé à une bonne vingtaine de films, dont certains ont été d’immenses succès publics (à défaut de toujours enthousiasmé la critique).

D’abord en tant que romancier, il mit très vite à profit une solide formation scientifique (études d’anthropologie, de biologie et de médecine, notamment) pour bâtir une abondante œuvre relevant majoritairement de la science-fiction, en marge de sa carrière universitaire. L’un de ses premiers romans sera d’ailleurs brillamment adapté par Robert Wise en 1971 avec l’assez étrange Mystère Andromède.
Crichton passera lui-même à la réalisation deux ans plus tard avec un film un peu oublié aujourd’hui (peut-être injustement, il faudrait vraiment le revoir) mais qui fit forte impression à l’époque : Mondwest (Westworld en vo) décrivait en effet un parc d’attractions multi-thématique (le Far West, le Moyen-Age, la Rome antique) où les visiteurs pouvaient vivre toutes sortes d’expériences avec des androïdes plus vrais que nature. Evidemment, l’un deux (le gunfighter Yul Brynner, reprenant exactement son dress code des Sept mercenaires) va connaître une « légère » avarie qui va spectaculairement faire dérailler ce lieu de loisirs…
Si cela vous rappelle étrangement la trame de départ de Jurassic Park, pas d’affolement, c’est normal, puisque, Jurassic Park, le roman puis le scénario, c’est bien évidemment aussi Michael Crichton !

Yul Brynner dans son plus grand rôle de composition (James Lipton n’en est toujours pas revenu !)

Mais entre ces deux œuvres distantes de 20 ans, Crichton réalisateur se plongera dans des univers parfois un peu différents :
– le service de chirurgie de l’hôpital de Boston (l’expérience lui resservira, on y reviendra…) pour Coma (adapté de Robin Cook, l’écrivain, pas le ministre), avec Geneviève Bujold et Michael Douglas (qui fut, détail amusant, l’un de ses pseudonymes de romancier quelques années auparavant, Douglas étant en fait le prénom de son frère !) ;
– l’Angleterre victorienne dans La Grande attaque du train d’or (adapté de son propre roman), avec Sean Connery et Donald Sutherland ;
– à nouveau la chirurgie, esthétique cette fois, alliée aux technologies de pointe (l’un de ses grands dadas) dans Looker, avec Albert Finney et James Coburn ;
– à nouveau l’univers des androïdes déréglés dans Runaway, l’évadé du futur, resucée peu convaincante de Blade Runner, avec Tom « Magnum » Selleck et Gene « Kiss » Simmons ;
– mais aussi, autre grande source d’inspiration de son activité d’auteur, l’univers judiciaire, avec Physical evidence, film resté (heureusement ?) inédit chez nous, avec Burt Reynolds et Theresa Russell
D’aucuns disent qu’il devrait aussi être crédité d’une partie de la réalisation du 13ème guerrier, d’après l’un de ses romans, film pour lequel John McTiernan eut quelques démêlés avec ses producteurs…

Comme scénariste, outre les deux premiers Jurassic Park, on lui doit déjà moins, puisque ses contributions les plus notables furent pour Philip Kaufman (Soleil levant), Frank Marshall (Congo, ouch !), Jan DeBont (Twister) ou Barry Levinson (Harcèlement et Sphère)…

Sans Crichton, George Clooney en serait encore à chasser les tomates tueuses affublé d’un brushing… et Nespresso aurait été racheté par Jacques Vabre…

Alors, aux oubliettes, Michael Crichton ?
Oui mais voilà, fort de leur fructueuse collaboration, Spielberg et Crichton eurent l’idée de dépoussiérer le « soap médical » et, produit par Amblin (la société de production de Spielberg) pour la Warner, cela donna E.R. (Urgences), sur les écrans de la NBC à partir de septembre 1994.
La longévité un poil ronronnante (il faut le reconnaître) d’Urgences ne doit surtout pas faire oublier à quel point sa modernité d’écriture fut une avancée décisive dans l’émancipation de la fiction télévisuelle hollywoodienne, sans qui le paysage actuel des séries tv ne serait pas ce qu’il est. Et, en tant qu’ancien étudiant en médecine et natif de Chicago, il est évident que la série doit énormément à Michael Crichton…

La bande-annonce d’époque de Westworld. Moins tape-à-l’œil qu’aujourd’hui mais on se demande si on n’a pas déjà vu tout le film…

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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