Kirio Urayama – "Une jeune fille à la dérive"

Pour ceux qui ne le savaient pas, le cinéma est un jeu. Et ce film a remporté la médaille d’or de Moscou en 1963. Un marathon amoureux sur fond de transition démographique et politique au japon, qui vaut effectivement bien sa récompense et a été injustement oublié depuis.

Une soif inextingible habite Wakae, la jeune fille à la dérive de Kirio Urayama. S’abreuvant au sein d’une colère sans âge, elle porte en elle les stigmates d’une héroine vouée à sa perte. Une chute qui semble inévitable dès les premières secondes, où elle se laisse entraîner dans une débauche d’alccol et de fumée, encerclée par les plus vils mécréants de la petite ville côtière qui la tient prisonnière. Un mélo sauvage et intemporel mené par un réalisateur intransigeant et des acteurs comme exorcisés.

 

Kirio Urayama, admirateur de Truffaut et fortement influencé par la Nouvelle Vague, assistant de Yuzo Kawashima aux côtés de Shohei Imamura dans les années 50, s’attache aux racines poussiéreuses des campagnes japonaises, loin du tumulte des villes qui focalise alors l’attention de la plupart des réalisateurs japonais. Alors que Nagisa Oshima met en scène sa trilogie de la jeunesse, et que Kiju Yoshida fait gronder l’orage sur le chantier naval de Kure*, Urayama dresse le portrait d’une autre jeunesse, celle, sans éducation, sans recul intellectuel, qui se débat seule face aux mentalités paysannes conservatrices.

Le montage et le rythme sont emprunts d’une touche occidentale, créant un décalage intéressant avec l’histoire, qui se rapproche elle d’un « Roméo et Juliette » à l’intrigue plutôt classique. Ce décalage, magnifié par la performance énergique et parfois brutale des acteurs, permet au film d’acquérir une dynamique surprenante et très contemporaine. Sans maniérisme excessif, le film évite le contemplatif et les plans trop longs. Parfois fleur bleue mais jamais trop, l’histoire de cette jeune fille est aussi celle d’une famille en décomposition, et de la confrontation entre la modernité qui s’annonce et les traditions qui résistent.

 


 
Le récit monte en crescendo dramatique, jusqu’à cette séquence dans la gare, presque wahrolienne, où Wakae crie sa violence retenue sur fond de show télévisé miévre Une incroyable audace où Urayama se permet un tour à 360 degrés autour de ses personnages, reniant les plus élémentaires codes de montage, privilégiant le vertige par l’image, rallongeant l’instant critique jusqu’à ce qu’il devienne insupportable pour le spectateur lui-même.

Cette scène marque un changement important, dont il est impossible de comprendre les conséquences jusqu’à la fin. Un mélo social efficace, une intrigue dramatique, le film est tout cela, et bien avant tout le témoignage subtil d’une époque en plein bouleversement, analysé du point de vue des pauvres et des exclus. Une pépite rare à ne pas manquer.

 

SORTIE EN SALLE LE 22 JUILLET 2009

Découvrez d’autres articles similaires chez Le singe hurleur

*"18 jeunes gens à l’appel de l’orage", Kiju Yoshida, 1963

A propos de Marion Oddon

Laisser un commentaire