Karyn Kusama – "Jennifer’s Body" (avant-première)

Juno contre les vampires ? C’est ce que l’on s’imagine en apprenant que la nouvelle wondergirl de l’Hollywood plus ou moins indé, Diablo Cody, scénariste de Juno, donc, a signé le script d’un bon vieux teen horror movie sanguinolent. On n’en est de fait pas très loin et c’est bien là le problème…
Du film de Jason Reitman (ici coproducteur, comme Cody, d’ailleurs) ou d’autres du même acabit et régulièrement acclamés à Sundance, on retrouve globalement ce même goût pour la prise de distance et le second degré. Déjà, le second degré s’accommode par nature assez mal du film de genre ultra codifié, sauf à virer à la franche parodie, ce qui n’est pas le cas avec Jennifer’s Body. Mais quand le scénario est aussi lâche et peu regardant sur les aberrations narratives, alors la seule solution est au contraire de jouer à fond la carte du premier degré et d’assumer pleinement les conventions du genre.
Diablo Cody et Karyn Kusama, la réalisatrice, s’y refusent et le film ne s’en relève pas. Il faut en effet y aller à fond dans l’artifice pour avaler l’idée qu’une série de meurtres abominables, avec cadavres à moitié dévorés, dans le trou du cul du Midwest profond, ne suscite pas même une vague enquête de police des autorités locales, encore moins l’interrogatoire des possibles témoins ou proches des victimes. Incompréhensible, dès lors, d’entendre Karyn Kusama revendiquer la dimension "réaliste" de sa mise en scène…

Megan Fox, la poupée (en)sanglant(é)e
Megan Fox, la poupée (en)sanglant(é)e

Les auteurs préfèrent marier humour et effroi, alliance hasardeuse, une émotion ayant tendance à annuler l’autre, mais il faudrait pour cela beaucoup plus de rigueur à tous les niveaux. Et un peu plus d’inventivité pour susciter la peur du spectateur, qui repose le plus souvent sur des effets de surprise éculés, plutôt dignes du train fantôme…
Même chose pour la piste du trouble amoureux saphique que le film ne se décide curieusement à emprunter qu’à la fin, quand il est déjà bien trop tard. Pour qu’on y croit et que celui-ci constitue un moteur scénaristique efficace, justifiant notamment le fait que Needy, la copine ingrate (Amanda Seyfried) de la bimbo Jennifer (Megan Fox), ne fasse rien pour arrêter les meurtres de cette dernière alors qu’elle la soupçonne dès le premier, il eut fallu faire exister davantage leur relation "à la vie, à la mort" dans la première partie du film. Celle-ci est bien trop vite expédiée et la conséquence en est notamment que la pauvre Megan Fox n’a pas grand-chose d’autre à offrir que le corps du titre du film (superbe, rien à dire, mais c’est bien le moins que l’on pouvait attendre). En tournant le dos à l’ironie et en jouant la carte du romantisme absolu, il y avait pourtant probablement un beau film fiévreux à faire, lorgnant à l’occasion pourquoi pas vers le Trouble Every Day de Claire Denis (auquel quelques plans, très Béatrice Dalle, d’une Megan Fox hagarde et repue font étrangement penser).

Après le très encourageant et inaugural Girlfight (2000) et le consternant Aeon Flux (2006), il semble qu’il n’y ait déjà plus rien à attendre de Karyn Kusama.

Sortie le 21 octobre 2009

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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