Bien avant l’hypocrite A Serbian Film, Joe D’Amato s’impose comme le cinéaste de toutes les audaces avec son absence totale de scrupules et sa tendance à toujours aller bien au-delà des limites de ce qui est montrable,que ce soit dans l’horreur ou le sexe. Sa version de Caligula représente bien le style du réalisateur qui, encore une fois, mêle plusieurs genres dans un film qui se prétend pourtant plus proche de la réalité historique que la version de Tinto Brass, en 1979. Avec Bob Guccione, le cinéaste spécialiste de l’érotisme met déjà la barre haute avec la complicité de Gore Vidal au scénario. Les trois hommes signent une œuvre baroque et décadente qui dépeint un César Caligula en proie à la folie, l’empereur prenant alors les traits de Malcolm McDowell.

Au scénario de ce Caligula période années 80, Joe D’Amato est entouré de George Eastman, mais aussi du jeune Michele Soavi pour narrer une histoire de vengeance qui tourne à l’amour, de soif de pouvoir qui tombe dans les méandres de la culpabilité. Caligula assassine une jeune chrétienne et son amant parce qu’elle se refusait à lui. Sa sœur, qui épouse les formes de Laura Gemser, adore le Dieu égyptien Anubis et décide de la venger. Dans ce but, elle se fait passer pour une fille de joie afin d’approcher le meurtrier pour le séduire. Mais côtoyer un fou sanguinaire ne reste pas sans conséquence.

 

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Le film souffre avant tout d’un manque de cohérence sur le plan scénaristique et, avec ses enchaînements de scènes de torture ou érotiques, l’intrigue semble tenir sur la mini-jupe du monarque. Un inconvénient non négligeable pour un film dont l’approche se veut plus réaliste, débarrassée des visions oniriques et fantastiques de celui de Tinto Brass. Cependant, l’hémoglobine, les scènes choc et surtout le sexe font bien partie de cette orgie filmique et masquent tant bien que mal la petitesse d’un budget aussi minuscule que la conscience de son personnage. Avec ironie, le faste brille par son absence dans cette évocation d’un empereur romain sadique, obsédé et capricieux qui ne se refuse aucune lubie, que ce soit en matière de femmes ou de torture.

Comme à l’accoutumée, Joe D’Amato ne fait pas l’économie de scènes plus outrageantes les unes que les autres : hommes empalés devant leur famille, femmes déflorées au gode alors qu’elles se baignent dans une piscine, prostituées palpées et évaluées sous toutes les coutures…Le réalisateur italien n’épargne rien aux spectateurs et même les plus aguerris peuvent être au choix choqués ou lassés devant tant de complaisance. Il n’hésite pas non plus à mettre en scène une longue scène d’orgie où les victuailles finissent par se mélanger aux fluides corporels et aux reflux des invités les plus lubriques et les plus gourmands. Sous oublier la scène de zoophilie au cours de laquelle une voluptueuse blonde caresse un cheval.

 

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Tous ces étalages de chair plus ou moins fraîches diluent le récit, le rythme se perdant en longueurs, et les intrigues politiques se voient reléguées au second plan. Caligula, la véritable histoire fait pourtant partie des films prestigieux de Joe D’Amato, son ambition étant marquée par l’utilisation de son pseudonyme choisi à ces fins, David Hills. Une musique qui rappelle énormément les rythmes lancinants des compositions de John Barry drape le métrage d’une certaine noblesse, en contradiction avec le fond.

Dans ce très inégal Caligula, la véritable histoire. Joe D’Amato arrive à gérer son minuscule budget en utilisant des décors issus d’autres films et, entre visions oniriques prémonitoires et cauchemars se situant dans de sombres ruelles, excelle dans la mise en scène de la culpabilité de son personnage principal. Dans ces scènes, Caligula, la véritable histoire rejoint alors des films comme Orgasmo nero ou Sesso nero dans sa violente critique du mâle qui veut tout contrôler, qui pense avoir un droit sur tout et toutes. Le monstre dénué de pitié et d’empathie devient alors lui-même victime, seul contre tous, dans une ultime séquence qui inverse les rôles. Comme le Caligula de Tinto Brass, cette version évoque un pouvoir tyrannique, mais éphémère, ainsi que ses dérives et la façon dont il influe sur la libido de celui qui le détient.

Ainsi, Caligula, la véritable histoire prouve que Joe D’Amato est constamment sur le fil du rasoir, son cinéma se partageant, sans trancher véritablement, entre mise en scène de l’obscène et mélancolie, entre racolage et audace, entre visions putassières et points de vue d’auteur.

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Le DVD : Bach Films propose les deux versions du film sur deux DVD’s. Le premier contient la version censurée de 110min et la seconde, la version « uncut » de 125min. L’image de celle-ci est un peu sombre, les contrastes sont un peu poussés. La pellicule présente aussi, de façon ponctuelle, quelques défauts comme des points ou des rayures, mais dans l’ensemble, la copie est correcte.

Cette version longue peut être vue dans trois langues différentes, celles de Goethe et de Shakespeare auxquelles celle de Buzzati est préférable. En effet, dans la version anglaise, qui est quand même un peu sourde, certains passages sont en italien et présentent des problèmes de montage sonore. Lors de certains dialogues, de la musique est audible en fond quand ils parlent italien pour disparaître dans le plan suivant quand ils passent à l’Anglais dans une même scène. La véhef est réservée à la seule version censurée.

En bonus, en plus d’un entretien avec Sébastien Gayraud, l’auteur de Joe D’Amato, le réalisateur fantôme (édition Artus Films, collection Cinéma Bis), l’édition propose le script du film, une bien étrange version roman-photos ainsi que la bande-annonce. Bach Films soigne la présentation de cette édition avec un beau digi-pack orné de la belle affiche du film ainsi que le titre dans un lettrage en relief.

 

 

Caligula, la véritable histoire

Titre original : Caligola : La storia mai raccontata

(Italie – 1982 – 110min & 125min)

Réalisation : Joe D’Amato

Scénario : Joe D’Amato, George Eastman, Michele Soavi

Directeur de la photographie : Joe D’Amato, sous le pseudonyme de Federico Slonisco

Montage : George Morley

Musique : Carlo Maria Cordio

Interprètes : David Brandon, Laura Gemser, Luciano Bartoli, Charles Borromel, Fabiola Toledo…

Disponible en DVD chez Bach Films.

A propos de Thomas Roland

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