Chaque apparition de Golshifteh Farahani au cinéma est un éblouissement. Cette fois, la grâce et le talent de l’actrice ne suffiront pas à sauver le dernier film de Jihane Chouaib. Celui-ci retrace la quête de Nada, que la guerre civile a contraint de quitter le Liban et qui retourne sur les lieux de son passé pour essayer de se le réapproprier. Etrangère dans son propre pays, ayant quasiment tout oublié de sa langue natale, la jeune femme élit domicile dans l’ancienne demeure familiale, désormais à l’abandon. Dans le village, tous ne voient pas d’un bon œil l’installation de Nada : son indépendance farouche et son désir obstiné à remuer le passé dérangent.

     Sur le papier, Go Home avait pourtant tout pour nous séduire : la redécouverte de son pays d’origine par une jeune femme exilée, une maison décatie hantée par les fantômes du passé, une histoire familiale lacunaire et douloureuse… Mais les insuffisances du scénario et le jeu un peu approximatif des acteurs peinent à toucher le spectateur. Après une séquence d’ouverture pleine de promesses, où l’inquiétude le dispute à l’onirisme, le film s’enlise, à l’instar de son héroïne qui refuse d’avancer. La séquence pendant laquelle Nada redécouvre sa maison, au tout début du film, oscille entre le cauchemar et la féérie : aux tonalités bleutées s’ajoutent des bruits sourds qui confèrent à ce lieu une aura ensorcelante. Mais très vite, le spectateur n’adhère plus à la quête de l’héroïne, dont l’interprétation sonne constamment faux. Le personnage du frère, joué par Maximilien Seweryn, n’est malheureusement pas plus convaincant et l’on ne croit pas un instant à ces frère et sœur de cinéma, dont la pseudo-complicité est lourdement soulignée.

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     La maison est peut-être le plus beau personnage du film. La peinture écaillée des murs, les impacts de balles, les traînées de sang, les graffitis, et les traces d’une splendeur évanouie en font un symbole mémoriel, un témoignage vivant de la beauté du passé et de la violence du conflit. En cela, la maison offre un contrepoint ironique au silence des habitants, à leur amnésie collective. La réalisatrice avoue d’ailleurs qu’elle a dû changer la texture et la couleur des murs et l’équilibre « entre le sentiment de la mémoire et la sensualité du toucher » est particulièrement réussi.

     Lointaine parente d’Antigone, Nada a soif d’absolu. Attachée à des souvenirs et à un passé qu’elle mythifie, son entêtement et son immobilisme expliquent en partie l’inertie de l’intrigue. Mais de fausses pistes en vraies révélations, le film finit par tourner autour d’un centre vide. La dernière partie du film, qui voit Nada et son frère partir sur les traces de leur grand-père, aurait peut-être été à même de relancer l’action. Cependant, cette séquence arrive trop tard et son traitement est elliptique. Dommage car celle-ci réserve un moment de grâce dans la rencontre inattendue que fait Nada.

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     Ainsi, le film de Jihane Chouaib ébauche un questionnement intéressant mais inabouti sur les rapports de la mémoire et de l’oubli liés à la guerre civile au Liban. Dans cette perspective, on reverra avec profit les films de Joana Hadjithomas et de Khalil Joreige ou l’adaptation par Denis Villeneuve d’Incendies, l’inoubliable pièce de Wajdi Mouawad.

Durée : 1h38

A propos de Sophie Yavari

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