Immortalisé au cinéma par Fritz lang, le Dr. Mabuse, mythique génie du Mal au même titre que Fantômas, Ernst Stavro Blofeld ou encore Emmanuel Macron, revient dans une huitième aventure sous la houlette de Hugo Fregonese. Le réalisateur d’origine argentine succède donc au célèbre auteur de M le maudit, mais aussi à quelques autres artisans de la série B tels Harald Reinl et Paul May. Il signe un film d’espionnage  improbable qui mêle science-fiction et intrigue policière.

Connu aussi sous le titre Les rayons de la mort du Dr. Mabuse, cet opus voit le Major Bob Anders devoir assurer la protection d’une arme révolutionnaire ainsi que de son créateur, le professeur Larsen. Pour cela, il se rend sur l’Île de Malte avec sa compagne, Judy. L’ombre du Dr. Mabuse assombrit une fois de plus l’horizon de ces fausses vacances, le criminel ne cherchant pas à cacher le manque d’originalité de ses ambitions : s’emparer de la terrible invention afin de devenir le maître du monde.

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Guerre froide oblige, ce Dr. Mabuse lorgne du côté des James Bond, avec son intrigue inutilement compliquée, son décor exotique, mais pas trop non plus, et, bien sûr, son érotisme bon marché, qui prend l’apparence de charmantes « Bob Anders girls », du nom du Major interprété par Peter van Eyck. Ces touches de sensualité épousent, entre autres, les courbes de la blonde Rika Dialina, à qui le climat maltais réussit particulièrement, la belle aimant à se balader dans les rues la nuit en jarretelles. Sans oublier Yôko Tani dans le rôle de la sublime, mais fourbe maîtresse asiatique de service.

Tourné en Toscane, en Italie, ainsi que sur les lieux de l’action, Dr. Mabuse et le rayon de la mort sort dans les salles ouest allemandes le même mois que l’accession de Malte à l’indépendance, en septembre 1964. Le film semble faire un pied de nez aux Anglais, l’Île de Malte étant l’un des derniers vestiges de leur empire colonial, témoin de la gloire passée de l’Empire britannique. Peut-être aussi, cela coûtait-il moins cher de tourner sur l’Île de Malte qu’en Rhodésie, devenue depuis le Zimbabwe. Dans ce contexte auquel s’ajoute la peur du communisme, le film de Hugo Fregonese n’oublie pas d’y faire une petite allusion : le diamant qui sert à actionner le fameux rayon de la mort prend l’éclat d’un rubis. Avec des séquences de combats sous-marins entre hommes-grenouilles, nul doute que le scénariste, Ladislas Fodor, s’est inspiré des romans de Ian Fleming, Les diamants sont éternels et Opération tonnerre, respectivement publiés en 1956 et 1961. Pourtant, Opération tonnerre de Terence Young ne sort sur les écrans britanniques qu’en décembre 1965 et ne peut être le modèle du film de Fregonese. D’ailleurs, il se paie le luxe de faire un petit clin d’œil à l’agent du MI6. Référence qui se révèle aussi être une pique au caractère misogyne du célèbre espion.

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Pourtant, Peter van Eyck campe un simili James Bond juste un peu moins macho, mais plus décontracté : il se montre nonchalant et braque même son arme, la main dans une poche, comme lors d’une balade de santé. Le scénario est naïf et complètement invraisemblable, mais peu importe, seul le spectacle compte, ses rebondissements, ses fausses pistes et ses scènes d’action. Même si cet engrenage s’avère alambiqué, il ne bénéficie pas pour autant du montage d’un Peter Hunt sur une adaptation d’une des aventures de 007 pour insuffler plus de rythme à l’ensemble.

Le réalisateur de Quand les tambours s’arrêteront adopte un langage propre au bis, avec sa désinvolture, ses stéréotypes et ses raccourcis, pour livrer une œuvre hybride dans laquelle les genres se télescopent, mais se montre moins rigoureux. La narration souffre surtout de quelques longueurs même si l’esthétique est soignée, avec une ambiance teintée de film noir et de gothique italien. Avec la complicité de Riccardo Pallottini, directeur de la photo sur Le temps du massacre de Lucio Fulci et deux westerns de Antonio Margheriti, Et le vent apporta la violence et Avec Django, la mort est là, Hugo Fregonese donne une tonalité fantastique à certaines séquences de son film. Ces intérieurs sombres décorés de toiles d’araignée et de squelettes évoquent l’épouvante italienne à la Mario Bava ou Alberto De Martino. Au-delà de ces influences, le réalisateur argentin utilise les décors extérieurs avec ingéniosité, notamment lors d’une scène de suspense, en jouant sur la profondeur de champ, les cadres dans le cadre et les effets de perspective. Autant de partis pris de mise en scène qui prouvent que Dr. Mabuse et le rayon de la mort ainsi que son réalisateur sont à prendre avec plus de sérieux que ne le laisse entendre Agnès Michaux dans les bonus. Faut-il encore et toujours rappeler que l’action et humour d’un cinéma populaire ne sont pas forcément les ingrédients de la soupe aux navets ?

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Le DVD : La copie est plutôt de belle facture et, malgré de rares plans abîmés, rend justice au beau noir et blanc de Riccardo Pallottini. Le film est proposé en 1.37 encodé en 16/9 et dans sa seule version originale italienne sous-titrée Français.

Une fois de plus, du côté des bonus, Agnès Michaux nous fait part de sa méconnaissance en matière de mise en scène, raconte le film que nous venons de voir sans oublier de formuler avec ironie que Fregonese n’est pas l’héritier de Fritz Lang. Quel scoop ! Par la suite, toujours en lisant son papier face à la caméra, elle énumère la filmographie du réalisateur argentin, agrémentée de « J’aime ! J’aime pas ! ». Surtout, toujours avec ce ton rigolard qui se veut désinvolte, elle enchaîne les erreurs factuelles, plus particulièrement quand elle compare le film à Opération Tonnerre, de Terence Young. Rendez-nous Stéphane Bourgoin, un véritable amoureux du cinéma !

Dr Mabuse et le rayon de la mort

(Allemagne de l’ouest/France/Italie – 1964 – 105min)

Réalisation : Hugo Fregonese

Séquences sous-marines réalisés par Victor De Santis

Scénario : Ladislas Fodor, avec Alexander Welbat aux dialogues, d’après des personnages de Norbert Jacques

Direction de la photographie : Riccardo Pallottini

Montage : Alfred Srp

Musique : Carlos Diernhammer, Oskar Sala

Interprétations : Peter van Eyck, O. E. Hasse, Yvonne Fruneaux, Rika Dialyna, Wolfgang Preiss, Walter Rilla, Ernst Schröder…

Disponible en DVD chez Bach Films, 14,99€.

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A propos de Thomas Roland

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