Harmony Korine – "Mister lonely" (Avant-première)

Une claque cinglante, une désagréable sensation d’être minable, la joue rouge, le pantalon baissé et le slip douloureusement remonté… Harmony Korine s’amusait à nous donner une bonne correction à chacun de ses films, et nous étions beaucoup à en redemander. Un sale gosse génial. Voilà ce qu’était le jeune cinéaste et artiste à l’aune de ses vingts ans. Il n’a pas été tendre avec nous et ses semblables, nous plaçant dans le rôle du voyeur moralisateur dans « Kids », disséquant au cutter mal taillé une enfance trouble dans « Julien Donkey Boy ».

Avec ces histoires sans concession, Harmony est devenu le porte parole d’une génération post Nirvana perdue dans une société refusant marginaux et avatars sans avenir. Il a redonné une voix à toute une frange de la jeunesse nord américaine, draguant dans son sillage de nouveaux courants musicaux (l’antifolk des « Moldy Peaches » notamment) et un revival 80’ décomplexé.

Au delà des images difficiles et de l’atmosphère souvent pesante, il y a dans ses films une poésie, un instinct du moment où il ressent le potentiel de ses personnages, et le fait ressortir en quelques images.

Harmony Korine est un homme du réel, proche des archives de familles, des documentaires intimistes. « Gummo », une mise à nue crue et farouche, démontrait qu’il n’était pas que le provocateur pré-pubère de « Ken park », mais également un jeune homme curieux et avide des autres, qui savait toucher du doigt la face cachée de l’Amérique profonde.

« Mister Lonely » signe un tournant important dans sa carrière. Abandonnant la caméra super 8 pour une image plus sage et recherchée, il réalise là son premier film d’adulte…dans un monde émerveillé à la Jodorowsky, où les nonnes volent et Mickael Jackson fait de la moto avec un singe en peluche.

Le thème des sosies lui permet de développer en filigrane des sujets plus sérieux : Un monde où les adultes refusent de grandir, d’assumer leur véritable personnalité. Une île enchantée où les enfants perdus ressemblent tous à leur stars préférée, ou Peter Pan se déguise en Mickael Jackson, mais ne sauve personne à la fin. Un monde cruel où les utopistes sont isolés et n’arrivent plus à communiquer avec l’extérieur.

Harmony Korine s’entoure de proches qu’il admire, comme Denis Lavant, qui offre ici une prestation parfaite (époustouflante serait un euphémisme) en Charlie Chaplin austère et tyrannique, volant la vedette à la pourtant touchante Samantha Morton (récemment apparue dans « Control » d’Anton Corbijn), incarnant une Marylin Monroe en stade terminal de dépression. Diego Luna (« Y tu Mamma tambien » d’Alfonso Cuaron) endosse les oripeaux de Michael, mais il est aussi Mister Lonely, Harmony…Un enfant dans un corps d’adulte, cherchant sa place dans un monde trop conformiste.

Il reconnaît chercher dans la spontanéité des acteurs « la poésie de la vie », capter ce qui habituellement se déroule hors-champs. Et on la retrouve partout cette beauté cachée, avec le mini Buckwheat (Michael-Joel Stuart) lavant un pape pleurant dans sa baignoire, ou chantant à dos de poney « Les femmes me font transpirer… ».
Avec ce duo Morton / Lavant se livrant à un duel de personnalité et se réconciliant autour d’un ongle incarné, l’amour à mort…

Ce film est un bel hommage aux fous généreux, aux croyants de tout genre, qui confondent mirages et miracles. En parallèle aux sosies regroupés dans un château écossais, nous suivons le délire d’un pasteur et de ses nonnes au Panama. Entre situations coquasses, insolites, et passages de la vie ordinaire, ce film laconique est un don, à l’image de cette séquence ou Michael danse dans une maison de retraite, et fait renaître pour une après midi des sourires sur des visages fatiguées, des carcasses abimées.

Harmony a changé sa manière de faire les films, mais il n’a pas changé de but : nous faire voire la beauté (ou du moins l’importance) des êtres dont les destins ne peuvent suivre les chemins tout tracés.

SORTIE NATIONALE LE 17 DÉCEMBRE 2008

A propos de Marion Oddon

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