Guy Maddin – "Winnipeg mon amour"

Après « Les lâches s’agenouillent » et « Des trous dans la tête ! », Guy Maddin conclut sa trilogie familiale avec « Winnipeg mon amour », ode à sa ville natale et reconquête amoureuse d’un passé disparaissant sous les constructions modernes. Lui qui depuis ses débuts crée des œuvres hommages au cinéma des années 30 signe ici un pamphlet contre le progrès qui détruit la mémoire d’une ville, et les souvenirs de son enfance. Le chemin de fer sera la métaphore de son attachement à cette ville qu’il ne peut quitter… Ville de sortilège qu’il magnifie comme elle le forgea initialement.
Guy Maddin avait toujours refusé de se lancer dans le documentaire, il saute finalement le pas, en renouvellant le genre et en y appliquant son empreinte si particulière : Entre images de la ville en mutation, souvenirs subjectifs et reconstitution d’une éducation pas tout à fait comme les autres, Guy Maddin nous livre une œuvre singulière, transgenre. Pas de la fiction, malgré une atmosphère éthylique et des séquences à la beauté sauvage, comme celle de ces chevaux gelés sur le lac de Winnipeg. Pas vraiment un reportage, bien que l’on y apprenne beaucoup sur la ville et ses histoires. Pas tout à fait une autobiographie non plus, car il s’attache d’avantage à creuser les racines de ses géniteurs que les siennes.
 
Cri d’amour pour un père absent, regard acerbe sur une mère castratrice, admiration pour une sœur tenace, le réalisateur livre les clefs de ses précédentes œuvres. Toutes, exceptée « The saddest music in the World », sont un savant mélange de fantasmagories et de vécus avoués ou réinventés. Il garde ce goût du jeu et propose à Ann Savage d’endosser les oripeaux de sa mère… Et la dame, à plus de 80 ans passés, s’adonne avec malice à cette comédie, récitant les textes écrits par « son » fils, sans complaisance avec la femme qui les inspira, allant parfois jusqu’à des séances tortionnaires entre les deux êtres fatigués par un passé toujours pregnant.

Un passé qu’il titille aussi par le biais d’archives sur sa région, Manitoba, sans qui, il l’avoue aujourd’hui, il n’aurait probablement pas développé cette singulière cinématographie… Winnipeg est, selon le réalisateur « la ville des superlatifs » : « La plus froide au monde, le plus petit parc du monde, la ville des somnambules, des magnétiseurs et des séances de spiritisme, une ville somnolente, habitée par les esprits… ».
 

Le réalisateur canadien l’hérige au rang d’héroïne, dans un film qui devrait séduire les amoureux de Guy Maddin, intriguer les amateurs de grands espaces, les cinéphiles en quête de formes documentaires nouvelles, ainsi que les nostalgiques des atmosphères à la Murnau…

 

SORTIE EN SALLES LE 21 OCTOBRE 2009

 

Et Guy Maddin revient dès le 15 octobre avec une rétrospective organisée par le festival d’automne, tous les détails de son actualité ici.

A propos de Marion Oddon

Laisser un commentaire