Nowhere est le film qu’il faut voir les soirs de grand chaos personnel. Déjà parce que le film s’ouvre sur James Duval qui est — ce qu’Araki ne saurait démentir — vraiment beau. Ensuite, parce que Nowhere, c’est un peu Beverly Hills sous acide, déjanté, délirant, et infiniment drôle. D’ailleurs, dans Nowhere, Shannen Doherty apparaît bel et bien, mais seulement l’espace de quelques secondes :

… avant de se faire désintégrer par un lézard géant :
… ensuite réduite à LA grande caractéristique des adolescents : l’appareil dentaire, bien entendu :

Les séries américaines sont donc ici tournées en dérision, autant que les représentations traditionnelles de l’adolescence. Le héros, Dark (James Duval) apparaît ainsi pour ne vivre que par l’entremise de sa caméra vidéo :

Le gouffre entre parents et adolescents est mis en évidence : tandis que les parents s’abreuvent de télévision :

… leur fils sombre dans le drogue, avant de se suicider en se mettant la tête dans le four :
 

Dans Nowhere, le coup de foudre de la jeune innocente pour l’idole des jeunes se termine en viol, puis, là encore, en suicide de la jeune fille :

C’est que dans Nowhere, la quête de l’amour est vaine. Dark, raide amoureux de Mel, quand il lui avoue son amour, true and pure, se voit rétorquer :

A la fin, alors que Dark se désespère de ne trouver personne qui puisse le réconforter, et qu’enfin apparaît, comme un envoyé divin, Montgomery et que tout semble prendre la tournure d’un happy end (homosexuel), Montgomery, après avoir juré amour éternel et félicité à Dark, se sent mal et se transforme en blatte géante. Donc, on l’aura compris, inutile de chercher l’amour ; le sexe est une valeur plus sûre. Autre grande fascination : la mort :

(Le titre du livre est Dear dead person)

Alors évidemment, rien d’étonnant à ce que Nietzsche traîne sous les corps en plein acte sado-maso (soft) :

Nowhere, c’est donc un pot-pourri extrêmement kitsch, qui parfois m’a d’ailleurs évoqué l’univers de Pierre et Gilles, ou encore celui de la contre-culture trash des photos de Nan Goldin :

Surtout, Nowhere m’a à plusieurs reprises fait penser à Donnie Darko (2001), où, d’ailleurs, James Duval joue le lapin géant. Dans les deux films, qui tous deux traitent des affres adolescentes sans craindre de tomber dans le délirant, des apparitions scandent la narration : le lapin géant dans Donnie Darko, le lézard géant dans Nowhere. Autre point commun avec Donnie Darko : la critique sous-jacente des gourous télévisuels qui tentent d’attirer à eux toutes les âmes perdues :

A remarquer, le s de Jesus qui est un dollar.

Et tout ça en même pas 1h15, je crois, autant dire que Nowhere est mené à un rythme effréné !

A propos de All about Jeanne

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