Comment ne pas tomber immédiatement amoureux d’un film qui promet cochons dansant, tortues chantants et porc-épic hurlants ? Comment ne pas se pourlécher les babines face au combo ultime mignonnerie anthropomorphiques et chansons ? Le tout produit par les petits génies de Illumination (« Moi, moche et méchant ») avec un casting vocal triple A allant de Matthew mcConaughey à Scarlett Johansson en passant par Seth Mac Ferlane et Reese Witherspoon ?

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C’est peu dire que, excités par quelques featurettes bien choisies, nous attendions beaucoup de « Tous en Scène », ce pendant animalier à « La la land », qui, hasard du calendrier ou non, sort la même semaine sur nos écrans, nostalgie du golden age d’hollywood inclus.

Voici dont l’histoire d’un impresario looser, Buster Moon.

Koala et fauché, personne n’étant parfait, il décide de tenter de sauver son théâtre de la banqueroute en organisant un casting de voix. Manque de pot, cette vieille bique de lézarde Miss Crawly, borgne de son état, fait glisser son œil de verre sur le clavier, transformant la récompense de 1000 dollars en 100000. C’est à la faveur d’un coup de vent malencontreux que l’ensemble de la ville apprendra la nouvelle et se pressera aux portes du théâtre.
Parmi la foule, tous nos personnages principaux, déjà découvert lors d’une ouverture ébourrifée qui relie toute la ville de Los Angeles de l’un à l’autre : un souris Sinatra, une elephante traumatisée par son trac, un pop-épic, un gorille gangster écrasé par son père, une maman cochonne (sic) débordée par sa marmaille. Il ne le savent pas encore, mais ils seront très vite la troupe prête à sauver le spectacle et son baragouineur de directeur avec…

  • Pas trop libéré, pas trop délivré

On nous avait promis du casting « Incroyable talent », et le contrat est pleinement rempli : c’est le plus beau moment du film, rythmé, malin, à mourir de rire dans ses confrontations entre l’espèce animale et les chansons choisis.

Là où le bât blesse, c’est que ce n’est qu’un moment : si tout l’argumentaire promotionnel laisse à penser au feu d’artifice de chansons, castings et ratages, le film le résout lui en un seul round, d’à peine quelques minutes, pour s’enfoncer très vite dansson deuxième tiers dans la « vie » de la troupe cherchant à monter le spectacle (en vrai, quelques répétitions laissant les coudées franches pour aligner quelques tubes, et une bienvenue bouffée d’air chez une mécène acariâtre) et dans une tentative désespérée de relancer l’intrigue le concept passé.

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Exploitant pour cela les rails bien trop usés du classique « il faut y croire, à l’amitié », « Tous en scène » prend la pire des voies de garage : le parcours balisé du film d’animation tendance première tentative-échec-désespoir-amitié-« vazy on va le faire tous ensemble, ce show »-renouveau-tout-lemonde-est-content-crois-en-tes-rêves-et-bosse à la clef.

Le final, plutôt exaltant, se retrouve empêtré alors dans sa doxa grand public, ronronnant doucement là il se devait d’être le point d’acme d’une création de tensions, d’échec et de gloire.

  • Sing’ ?

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C’est qu’à vouloir faire feu de tout bois, en tentant de mettre en scène pas moins de six histoires personnelles (Moon, et les six finalistes), le film se perd un peu en conjectures et en cliché (la mère de famille désespérée, la souris Sinatra tricheuse, le gorille ganster sensible et l’éléphante ado empêtrée par son corps), là où on aurait aimé peut-être un peu moins, mais peut-être un poil –lulz- plus juste, par exemple en oubliant le film chorale pour creuser le destin unique de Moon, ou le personnage assez touchant de Meena, finalement uniquement faire-valoir du penchant « rose discrète qui éclot ».

Cette volonté d’en faire trop, c’est toute la limite du projet tout entier qui, en mélangeant pas moins de 65 chansons en moins de deux heures -avec au moins 80% des 5 dernières années, ne nous voilons pas la face- ne parvient à en faire exister ou résonner quasiment aucune dans sa majeure partie, n’arrivant d’ailleurs jamais à se décider entre comédies musicales et musique diégétique : peu ou pas de moments de danses et chants, ou alors brutalement coupés en moins de 15 secondes, etc. La comédie musicale glisse alors vers le gros zapping frénétique, à même de contenter tout le monde pour ne satisfaire personne.

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Ne boudons pas toutefois totalement le plaisir : l’ensemble reste agréable, joliment animé (mention spéciale aux textures de poils, de plus en plus parfaites d’années en années), et pas indigent pour autant. Mais adieu veau, vache, cochon, comédie musicale et enjeu : assez fainéant et propret, Tous en scène est l’archétype rêvé du tiède, aussi vite consommé qu’oublié. The show must go on ? Quel show ?

A propos de Jean-Nicolas Schoeser

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