Rétrospective Alain Cavalier à la Cinémathèque française (jusqu’au 9 mai 2012)

On sait que, de tous les cinéastes français, Alain Cavalier est peut-être celui qui a eu la trajectoire la plus étonnante et imprévisible. On le sait, mais, jusqu’à ces derniers mois et la sortie en DVD de films jusqu’alors inédits (Le Combat dans l’île, Martin et Léa, Libera me, Un étrange voyage, Le Plein de super, La Chamade…), il était extrêmement difficile de pouvoir au moins essayer de comprendre cet autre « étrange voyage » cinématographique en regardant ses films, devenus pour la plupart assez rares. C’est d’ailleurs encore le cas de certains (L’Insoumis, Mise à sac…), qui seront évidemment visibles, du 26 avril au 9 mai 2012, dans une intégrale à la Cinémathèque française que le cinéaste honorera d’ailleurs très régulièrement de sa présence, allant à la rencontre du public, loin de cette image d’ermite du cinéma français qu’il a pu longtemps avoir.

Alain Cavalier, Irène Tunc et Catherine Deneuve sur tournage de "La Chamade"

Alain Cavalier, Irène Tunc et Catherine Deneuve sur tournage de « La Chamade »

Il est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’équivalent d’une carrière entamée sous les auspices des stars (Delon, Deneuve, Schneider) ou au moins des grandes vedettes de l’écran (Trintignant, Piccoli, Constantin), rencontrant un réel succès commercial (700 000 entrée pour L’Insoumis (*), 600 000 pour Mise à sac, près d’un million pour La Chamade), s’arrêtant dans un premier temps net pendant huit ans après La Chamade, pour reprendre sous une forme beaucoup plus expérimentale et presque artisanale durant les années 70 : autofiction, improvisation, comédiens non ou semi-professionnels…
Le retour de Cavalier à une économie plus « classique » en 1981 avec le magnifique Un étrange voyage s’avère un échec public, malgré la présence de Jean Rochefort, qui y trouve pourtant un de ses plus beaux rôles. Mais comme vraiment rien n’est prévisible avec ce cinéaste, son évocation minimaliste et assez bressonienne de la vie de Sainte-Thérèse de Lisieux (Thérèse) est un triomphe totalement inattendu, avec son Prix du jury à Cannes en 1986, ses six César (dont meilleur film et meilleur réalisateur) et son million et demi de spectateurs !

Etienne Chicot, Bernard Crombey, Patrick Bouchitey et Xavier Saint-Macary dans "Le Plein de super"

Etienne Chicot, Bernard Crombey, Patrick Bouchitey et Xavier Saint-Macary dans « Le Plein de super »

Comme si Cavalier sentait un possible malentendu (notamment celui de voir en lui un cinéaste « religieux ») et pointait la menace d’être prisonnier de ce succès, il consacre les années qui suivent à des Portraits pour la télévision (La Sept, ancêtre d’Arte) de petits métiers souvent artisanaux (sans que ses films aient quoi que ce soit à voir avec la vision de la France d’un JT de Jean-Pierre Pernaut). En 1993, tourné sans dialogue et sans comédiens professionnels et sur un sujet extrêmement dur (la torture), Libera me marque une nouvelle étape dans la radicalisation de son cinéma et s’avère être son film peut-être le plus impressionnant.
Depuis une quinzaine d’années, Alain Cavalier filme presque seul ou en équipe très réduite, le plus souvent avec une petite caméra DV, développant une approche totalement modeste de son geste artistique. Plus (ou moins ?) qu’un cinéaste, il est devenu un Filmeur (pour reprendre le titre d’un de ses récents films), évoquant ses amis (René), ses amours (La Rencontre, Irène), sa propre vie, dans ce qui pourrait n’apparaître que comme un exercice narcissique et dérisoire mais se trouve toujours transcendé par son humanité et surtout son regard d’authentique cinéaste (ne lui en déplaise…).
Son ultime contre-pied (ou semi contre-pied, car sa méthode y reste finalement la même), c’est bien évidemment Pater, en 2011, qui l’a remis en lumière (et peut-être provoqué cette rétrospective), à la fois par l’utilisation d’une tête d’affiche (Vincent Lindon), pour la première fois depuis trente ans, et pour son propos, dépassant de loin le cadre de son intimité.

Alain Cavalier et sa fille Camille de Casabianca, comédienne et co-scénariste de plusieurs de ses films

Alain Cavalier et sa fille Camille de Casabianca, comédienne et co-scénariste de plusieurs de ses films

Ce retour sur cette œuvre unique aurait certainement mérité une durée plus longue afin de permettre au moins une double programmation de chacun de ces films, pour certains donc encore presque invisibles aujourd’hui, ou en tout cas presque plus vus sur grand écran depuis leur sortie. Un exemple des inconvénients de ces diffusions uniques : Mise à sac (1967), son seul polar, sans doute pas son meilleur film mais peut-être le plus atypique (adaptation d’un roman de Donald Westlake co-écrite avec Claude Sautet, casting très « viril » avec Michel Constantin, Daniel Ivernel et Franco Interlenghi, mais dans lequel on retrouve l’ancienne compagne de Cavalier, Irène Tunc, morte tragiquement en 1972 et à qui il consacrera bien plus tard son film Irène…), ne sera diffusé que le dimanche 6 mai, à 21h30, soir du second tour de l’élection présidentielle…

(*) Pour l’anecdote, la photo d’Alain Delon retravaillée pour la pochette du célébrissime album de The Smiths, The Queen Is Dead, est issue de L’Insoumis.

Horaires des séances sur le site de la Cinémathèque.

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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