Entretien avec Omri Givon, réalisateur de "7 minutes au paradis"

A l’occasion de la sortie de son beau premier long-métrage 7 minutes au paradis, Omri Givon, jeune cinéaste israélien de 32 ans nous a accordé le 12 octobre un entretien, juste avant la première de son film à Paris. Avant que l’interview ne commence, notre traducteur et lui étaient déjà lancé dans une discussion à bâtons rompus pour laquelle je me hasardais parfois à demander quelques éclaicissements. Puis, dans le brouaha d’un café de Montparnasse, l’entretien a commencé…
 

 

 
7 Minutes au paradis est votre premier long métrage. Pourriez-vous me parler de votre parcours ?
Précédemment, j’avais fait un moyen métrage de 50 minutes. Je n’ai pas appris le cinéma dans une école de cinéma mais j’ai commencé comme assistant réalisateur. Aujourd’hui, avant de tourner mon second film, j’enseigne également le cinéma et la mise en scène. Depuis mon plus jeune âge j’ai toujours aimé les films et je savais que ça serait mon destin. J’ai aussi étudié dans un lycée dans lesquels il y avait une option cinéma.
 
Justement y-a-t-il des cinéastes qui vous ont marqués particulièrement ?
Beaucoup de cinéastes comme Scorsese, les Frères Coen, Lynch, Coppola, essentiellement le cinéma américain.
 
Comment vous est venue l’idée de 7 Minutes au paradis ? Qu’aviez-vous en tête à l’origine ?
L’idée m’est venue d’une amie qui avait un copain qui a eu un accident et qui a eu des hallucinations après. La deuxième source d’inspiration était un attentat d’un bus qui a explosé et j’ai vu dans un reportage l’endroit où l’on ramenait les bus calcinés et j’ai mêlé les deux. J’ai mis trois ans pour écrire et finaliser le scénario.
 
7 minutes au paradis est tout d’abord un très beau portrait de femme. Comment avez-vous écrit le personnage de Galia ? S’inspire-t-il de personnes de votre connaissance ?
L’inspiration n’est pas venue d’une seule femme, mais de plusieurs femmes et plus encore de Raymonde avec laquelle j’avais pu travailler précédemment et avec laquelle nous avons pu créer ensemble le personnage. Je connais Reymonde depuis le lycée où elle commençait déjà à être actrice.
 
 
Qu’est ce qui vous intéressait dans point de départ des traumatismes qui suivent un attentat ?
Le point de départ, plus que lié à l’histoire d’Israël est lié à un point de vue individuel, celui d’une femme. Le film est une plongée dans le fin fond de l’âme de l’héroïne avec comme objectif de faire vivre tout ce qu’elle a dans sa tête en éliminant au maximum tout ce qui pouvait venir de l’extérieur.
 
Envisagiez-vous cela comme un film fantastique ?
Je crois qu’il y a toujours un mélange de genre dans les films. Il n’y a pas de modèle tout fait. Je préfère traiter de sujets réalistes par un traitement un peu fantasmatique. Ce qui doit être réaliste ça n’est pas ce qu’il y a dans le film mais les réactions du spectateur. Le jeune cinéma israélien aime prendre des sujets réalistes pour les traiter de manière plus imaginaires. C’est le cas de Lebanon, de Valse avec Bachir, des Méduses par exemple.
 
Votre héroïne ressemble à une Alice passée de l’autre côté du miroir. On a une sensation de vertige. Vous vouliez cette notion de ballade vers un autre univers et de perdre le spectateur ?
Dans les rêves il est impossible de voir des choses nous n’avons jamais vues, mais nous les ramenons dans nos rêves par notre vision à nous. Dans le film c’est une sorte de rêve qui se métamorphose en cauchemar. L’héroïne du film a le fantasme de la mort de son mari et se sent coupable de sa mort. J’ai essayé de ramener le public vers cette confusion intérieure, de l’attirer, de l’intégrer complètement à cette quête intérieure.
 
Êtes-vous, vous-même attiré par une certaine forme de cinéma fantastique ?
J’ai une attirance pour le cinéma fantastique mais également pour le cinéma réaliste. Mon but était de combiner les deux. Si le scénario est réaliste j’essaie de le mettre en scène de manière non réaliste, en passant sans arrêt d’un monde à l’autre. Si ça marche, ça marche !
 
D’où vous est venue cette idée des fameuses minutes entre la vie et la mort qui permettent de voir sa vie future et de choisir son destin ?. Est-ce une invention de votre part ou la reprise d’un vrai mythe ?
Cette idée des sept minutes est une invention de moi, même si je pense que dans la Kabale et dans les œuvres un peu mystiques de la religion juive on évoque ce genre de possibilité mais pas vraiment celle là. Cette légende a été inventée dans le film pour donner à Galia la possibilité de choisir.
 
J’apprécie particulièrement la photo de votre film, bleutée, onirique entre nuit et jour, presque liquide.. Comment avez-vous travaillé la photo ? Pourquoi le choix de tourner en cinémascope ?
Le film a été filmé par Nitai Netzer, un directeur photo très doué qui a déjà travaillé sur des clips, des vidéos. C’est le premier long métrage sur lequel il travaille. La décision de choisir de telles couleurs a été décidée avant le film avec la directrice artistique Li levy. Nous voulions dès le départ éviter des couleurs qui symbolisent la vie et privilégier des couleurs d’un bleu terne. Le cinémascope me semblait également approprié pour accentuer le côté fantastique et cinématographique du film.
 
La musique elle aussi donne un climat particulier au film. Comment avez-vous travaillé avec Adrien Blaise ?
Adrian est un musicien français. Nous avons d’abord discuté par téléphone. Il a envoyé des maquettes mais le gros du travail a été effectué quand je suis venu à Paris l’été dernier. Nous avons travaillé presque quatorze heures par jour pour trouver les sons et les musiques appropriées pour les films. Je voulais attribuer à chaque personnage un instrument de musique : Boaz la guitare, Oren le piano.. etc. Et ensuite, une fois que le film a été fait, j’ai fait le mixage et la bande son. La musique était présente pour symboliser le ressenti de Galia et accentuer l’atmosphère fantastique.
 
Dans votre film, le passé et le présent finissent par se confondre. Comment avez-vous travaillé le temps ?
Pour moi le film est très clair au niveau du temps, même si je comprends que certains spectateurs soient un peu perdus. Je peux comprendre qu’il y ait une petite confusion, mais je préfère être un peu confus que démonstratif. Et si on revoit le film une seconde fois, tout est très clair. J’espère que les gens auront envie de le voir une seconde fois, justement.
 
Vous montrez Jérusalem comme une ville de rêve, presque une ville fantôme…
Je voulais montrer cette ville dépouillée de son allure normale, réelle sauf quand ça apportait quelque chose à la scène. Je vois moi-même Jérusalem comme une ville spirituelle qu’une ville purement réelle. Je la mets au dessus de cette matérialité.
 
La fin pourrait être positive, mais je la trouve très triste. On a l’impression que l’héroïne choisit de sacrifier son bonheur. Vous la trouvez optimiste ?
Tu as raison ! Elle sacrifie son idéal à la vie de son ami, même si elle sait que cette vie idéale ne pourra jamais exister. Dans le film, il y a une séquence où ils se disputent et Oren lui rétorque qu’il y a toujours un manque dans la vie et elle n’est pas tout à fait d’accord. Quelque part, le film a quelque chose de dur. Il est quelque part entre le ciel et l’enfer. Rien ne peut-être parfait. Quand tu arrives à la maturité, tu comprends que la vie ne peut pas être parfaite. La fin est douce amère.
 
 
Je trouve que le mariage final a quelque chose de triste…
C’est étrange ce que tu me dis là. Quand je vois les réactions… plein de gens ont pensé que c’était une fin heureuse. A New York on m’a dit «  ouah, tout le monde est en vie, ils vont se marier, c’est bien ». Alors que c’est pourtant plus dur que ça ! elle se marie avec le mauvais type, ça n’est pas très gai. Donc ça dépend vraiment de comment tu vois ça. Ça n’est donc pas pour moi une « happy end ».
 
Vous sentez-vous proche d’une nouvelle vague du jeune cinéma israélien 
Je m’identifie assez bien à cette nouvelle vague du jeune cinéma israélien. Je fréquente pas mal de ces jeunes cinéastes qui sont partis vers des expériences nouvelles. Certains aussi n’ont pas appris le cinéma dans des écoles. Certains viennent d’autres métiers, la publicité, les clips. Ils sont en tout cas toujours obsédés par un souci de l’esthétique.
 
Avec une belle liberté de ton…
Question de changement de génération également. Il y a une émergence de cinéastes de la trentaine qui sont plus ouverts sur le monde et aiment ouvrir un nouveau dialogue.
 
Un projet ?
J’écris actuellement un scénario, sur lesquelles je me concentrerai dans les mois qui viennent. Mais je travaille aussi avec la télé et je continue à enseigner. Mais pour le moment je suis plutôt fébrile pour la sortie du film en France puis en Israël. Pour ce qui est de mon futur projet, ce sera un drame criminel très réaliste. Après Sept minutes au paradis, je veux faire un film avec une construction plus simple et me coller de plus près au réel.

(Traduit de l’hébreu par Haïm Faigenbaum)

Merci à Omri pour sa disponibilité, à Annie pour avoir permis cet entretien et tout particulièrement à Haïm pour sa précieuse collaboration.

 

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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