Ed Fox – "Glamour" (DVD)

Qu’attend-on (si tant est qu’on attende quelque chose, évidemment) d’un film érotique et/ou pornographique ? D’être troublé, par quelque chose qui ressemble à l’irruption possible, pas toujours complètement programmée, d’un sentiment de "réel". Notre ami John B. Root a eu beau nous expliquer récemment que ce n’était là que chimère, on ne peut pas s’en empêcher de vouloir y croire.
Dans ce DVD du photographe "de charme" (comme on dit) américain Ed Fox, il y a deux moments comme ça, venant curieusement de deux séquences stylistiquement très dissemblables.

La première vient d’une courte scène de double masturbation dans un parc entre un homme et une femme (Heather Gates), où le trouble vient du son. A rebours de l’habillage musical "lascif" de mise dans ce genre de vidéo (d’ailleurs ici à l’œuvre aussi la plupart du temps), la scène est sans musique, avec un son qui semble naturel. Cette sonorisation donne un (faux) côté pris sur le vif qui cadre bien avec la situation (un "adultère" vite fait bien fait) et rend la chose assez excitante.
L’autre scène est, paradoxalement, plutôt une scène de fantasme. L’effet de réalité vient donc ici moins de la mise en scène que du physique atypique du modèle féminin. Ashley Renee a en effet allègrement dépassé la quarantaine (un cap normalement rédhibitoire dans une industrie qui donne plus volontiers dans le "barely legal") et sa poitrine ayant depuis longtemps renoncé à défier les lois de la gravitation universelle ne correspond pas vraiment aux canons perfectionnistes du moment (sans compter quelques effets collatéraux du collagène au niveau du visage… pardonnez-nous ces détails peu courtois). La scène n’est pas vraiment belle mais a quelque chose d’émouvant, malgré le côté assez hard de la performance (renseignements pris, en dépit de son âge, Ashley Renee est toujours une référence active de la scène bondage X).

Glamour

Le reste de ce DVD, illustration en images animées d’un livre paru parallèlement aux prestigieuses éditions Täschen, dont on ne sait pas trop s’il doit être considéré comme de l’érotisme ou de la pornographie (pas de pénétration entre homme et femme ni même de fellation, mais, pour le reste, tout y est…), est un peu plus commun, à l’exception d’une séquence de domination laissant assez perplexe (et allant aussi loin que l’ondinisme, pour les amateurs). Disons qu’on est esthétiquement entre Andrew Blake (avec qui Fox, par ailleurs collaborateur régulier de Playboy ou Penthouse, partage d’ailleurs nombre de modèles) et Richard Kern (également édité au Chat qui fume), et que le titre Glamour est souvent assez trompeur, certaines séquences insistant sur quelques détails un peu crades, tranchant pour le coup résolument avec les codes de la presse sur papier glacé.
Il vaut mieux être un fétichiste des pieds (une obsession suffisamment revendiquée par Fox pour y avoir consacré un site web) pour ne pas s’ennuyer ferme lors de quelques passages un peu longuets. Les séquences sont de toute façon toujours assez courtes, voire même très courtes (parfois pas beaucoup plus que quelques petites dizaines de secondes), et ce sont parfois les plus courtes qui sont les plus réussies, retraçant bien l’intensité et la violence des pulsions sexuelles.

On est comme nos amis du Chat qui fume, nous aussi on surexploite Dita Von Teese...
On est comme nos amis du Chat qui fume, nous aussi on surexploite Dita Von Teese…

Un dernier mot sur la jaquette, un tantinet trompeuse, qui joue à fond sur le nom (et le splendide séant) de Dita Von Teese. L’autoproclamée Reine du strip-tease du XXIème siècle est bien ici présente (mais pas la photo en question), mais dans une scène assez courte, où elle donne (comme souvent avec elle) beaucoup moins de sa personne que la plupart de ses autres collègues.

Ed Fox au travail… dans un garage, ce qui est assez raccord avec son association du glamour et du trivial :

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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