"The Image" – Radley Metzger



Adaptation de la nouvelle éponyme de Catherine Robe-Grillet, The Image est une œuvre magnifique et trouble qui explore les arcanes du sadomasochisme. The image  impose ses visions hallucinées et fantasmagoriques, transcende les codes de l’exploitation pornographique: des visions nourries d’une histoire des arts,
au croisement de la littérature et du cinéma, entre tradition sadienne  et érotisme de Georges Bataille.
Récit initiatique et triangle amoureux, The image est une “approbation du mot jusque dans la chair” qui trouble la relation entre personnages pour mieux poser un vertigineux questionnement sur le statut du spectateur.

The Image est un récit initiatique à double sens: il sera celui d’une ingénue aux pratiques sadomasochistes et celui du spectateur face à la puissance évocatrice du cinéma. Grande messe rituelle et profane,  The image est un film de sorciers, une réunion de talents animés d’une vision partagée de leur art magique, entre héritage de son histoire et expériences personnelles. Entre le terreau fertile d’une nouvelle qui puise dans la très noble tradition sadienne de l’érotisme, l’expérience d’un chef opérateur qui a travaillé pour Guitry et Bunuel et un réalisateur en pleine possession de ses moyens, tout est réuni pour une grande œuvre, décidément née sous la bonne (é)toile.

Partition crescendo d’un triangle amoureux qui se réalise dans la pratique sadomasochiste, The image privilégiera le jeu au fait sexuel, animé par une logique du désir plus qu’une mécanique du plaisir: une logique de distillation, de celle qui “donne à découvrir” plus qu’à voir. A contrario de la classique production pornographique, The image en appel à la main et au regard plus qu’à votre phallus. Il vous faudra frôler un textile, caresser la chair, choyer un sein ou un pubis pour que la magnifique Rebecca Brookeque l’on retrouvera, la même année, dans le très beau “Les 1001 perversions de Felicia” – se découvre à vos yeux:  elle sera l’objet de votre convoitise avant d’être l’instrument de votre plaisir. Et, au seuil du gouffre vertigineux de la possession, la convoitise en appellera à être comblée.
Dans cette faille viendra se nicher la toute puissance évocatrice du film. D’une épine de rose qui frôle un pubis à l’inventaire, méticuleux et fétichisé, d’instruments sadomasochistes,  The image transcende la convoitise en une évocation poétique du charnel, entre rêve et réalité, invoquant des images-fantasmes nourries de symbolisme et de surréalisme. On pense à Luis Bunuel et  à Mario Bava, à cette grande tradition “sadienne” du cinéma nourrie de rites et sacrifices, entre sacré et profane.
The image est donc une œuvre érudite, qui n’ignore rien de ses racines et des tensions qui l’animent. En invoquant le mot, à travers un texte dont les chapitres inspirent des inter-titres, puis des formes archétypales et symboliques qui ont traversé l’histoire de l’art, elle est parfaite incarnation d’un érotisme cérébral et délicat: elle en est “l’image” presque parfaite, syncrétisme presque définitif de toutes ses expressions artistiques.
Le film sera alors un double mouvement contradictoire: jaillissement d’images-fantasmes nées du mot dont on parcourt la surface délicieusement photographiée et plongeon dans une chair de plus en plus éprouvée, comme pour mieux revendiquer son existence, et qui serait en quête d’une matérialité qui dépasserait l’absence-présence de sa représentation cinématographique. La scène finale sera l’expression paroxystique de leur rencontre, à la fois épreuve dans la chair suppliciée en plans larges et visions hallucinées d’un visage en souffrance en gros plans, dans un éclairage presque stroboscopique.

On retrouve cette logique de contradiction au sein d’un triangle amoureux qui met en jeu des relations de domination et soumission. Épousant ses multiples points de vue, Radley Metzger déstabilise et questionne un spectateur, trop conforté dans sa position de dominateur, définitivement en sécurité derrière un quatrième mur. A la fois complice et victime, dominant et dominé, celui de The image est malmené: il n’est plus ce spectateur démiurge qui décide, celui-là même qui trouve, au sein d’une production pornographique normalisé, l’objet de son contentement.

Embrassant son sujet pour en faire son principe, The image semble vous posséder un instant. Son rite cinématographique est en marche, votre initiation de spectateur à commencé.

 

A propos de Benjamin Cocquenet

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