Disparition de Karl Malden

L’été est décidément particulièrement meurtrier, à croire que la canicule n’est pas une spécificité française (que ça ne redonne pas de mauvaises idées au sénateur Raffarin, hein)…
Cette fois, c’est au tour de Karl Malden, archétype du second rôle hollywoodien prestigieux, de tirer sa révérence, ce 1er juillet, à l’âge il est vrai très vénérable de 97 ans.
Encore un de ces grands acteurs du cinéma américain qui risque malheureusement de passer surtout à la postérité pour les quelques 120 épisodes qu’il a tournés dans Les Rues de San Francisco dans les années 70, la plupart flanqué du fils d’un bon ami de longue date, le débutant Michael Douglas.

Ce rôle de flic bourru mais intègre n’était d’ailleurs pas forcément très révélateur de sa carrière, lui qui a plutôt joué les méchants ou les brutes plus ou moins épaisses, à laquelle sa solide carcasse de 1,84 m et ses origines "exotiques" (serbo-tchèques, de son vrai nom Mladen Sekulovich) le prédisposaient.
Ses débuts de comédien furent marqués principalement par un metteur en scène, et non des moindres, Elia Kazan, qui lui offrit ses premiers grands rôles d’abord sur Broadway (Arthur Miller, Tennessee Williams…), puis à Hollywood. C’est d’ailleurs son rôle dans Un tramway nommé Désir (qu’il avait déjà joué sur scène), en 1951, qui lui vaudra le début de la reconnaissance critique et publique, ainsi qu’un Oscar du meilleur second rôle masculin. Mais, évidemment, dans ce même film, un autre acteur faisait ses presque débuts, encore plus fulgurants, un certain Marlon Brando…
Malden et Brando resteront d’ailleurs très liés, puisqu’ils se retrouveront trois ans plus tard pour l’adaptation, toujours par Kazan, de Sur les quais. Puis, encore un peu plus tard, dans le seul film réalisé par Brando (en remplacement de Stanley Kubrick), La Vengeance aux deux visages, où Malden interprétait un méchant particulièrement sadique.

Avec Carroll Baker dans "Baby Doll"
Avec Carroll Baker dans "Baby Doll"
 

Entretemps, Malden retrouva aussi Kazan, pour Baby Doll (encore une adaptation de Williams), à une époque où il enchaîne les collaborations prestigieuses (Hitchcock, Brooks, Vidor, Hathaway, Mulligan…), même si presque jamais en vedette. En 1957, il s’essaiera d’ailleurs, sans lendemain, à la réalisation, rejoignant ainsi la liste des acteurs/réalisateurs d’un seul film (comme Charles Laughton et donc comme Brando), avec un film de guerre qu’on serait curieux de découvrir, Time Limit, avec un autre de ses bons copains, Richard Widmark.
Sans être crédité, il terminera d’ailleurs également La Colline des potences, de Delmer Daves deux ans plus tard, avec Gary Cooper, dans lequel il jouait encore, on vous le donne en mille, le méchant…

Les années 60 le verront à la fois accompagner les débuts cinématographiques de John Frankenheimer (notamment dans Le Prisonnier d’Alcatraz, aux côtés de Burt Lancaster), jouer les brillants faire-valoir de Steve McQueen (Le Kid de Cincinnati, Nevada Smith) ou participer à quelques westerns de prestige (La Conquête de l’Ouest, Les Cheyennes).

 
Avec James Franciscus dans "Le chat à neuf queues"

Avant Les Rues de San Francisco, ses années 70 seront marquées par un grand rôle dans Patton (George C. Scott avait d’ailleurs fait quelques années auparavant ses débuts à l’écran à ses côtés dans La Colline des potences), par un beau second rôle dans le très attachant "western crépusculaire" de Blake Edwards Deux hommes dans l’Ouest, mais aussi par sa prestation de journaliste aveugle Le Chat à neuf queues, de Dario Argento.
Après ce film, d’ailleurs, sa carrière cinématographique ne présentera quasiment plus aucun intérêt et s’éteindra très vite au profit de la télévision. Il s’était retiré des plateaux en 1993, hormis une dernière apparition dans la 1ère saison d’A la Maison Blanche, en 2000.

Sa familière silhouette un brin pataude et son nez inoubliable manqueront à tous les amoureux du cinéma hollywoodien des années 50-60…

Une bande-annonce de Time Limit (on y reconnaît Richard Basehart et Martin Balsam aux côtés de Widmark), qui semble quand même un brin théâtral :

A propos de Cyril COSSARDEAUX

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