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Dino Risi – « Belles mais pauvres » (1957)

Quelques films de Dino Risi ressortent ces temps-ci. On peut en être content, mais rester également dubitatif. Valent-ils vraiment tous la peine d’être vus ? Nous avons personnellement renoncé à rendre compte ici, dans Culturopoing, de L’Homme aux cent visages (Il Mattatore, 1959), film fort peu intéressant et séduisant, du point de vue cinématographique et narratif, malgré la prestation impressionnante de Vittorio Gassman. Nous verrons ce qu’il en est pour Le Veuf (Il Vedovo, 1957), que nous ne connaissons pas et qui arrivera sur les écrans français le 30 août (1). Concernant Belles mais pauvres, visible depuis mercredi dernier, nous dirons que le spectacle est agréable, mais un peu poussif, forcé. Il y a bien des situations dont le comique fait mouche en cette œuvre… et on apprécie l’esprit de dérision et d’autodérision dont fait preuve le futur auteur de l’admirable Fanfaron (1962)mais, sur le fond et à notre goût, le propos est fade et un peu poussiéreux.

Deux couples sont en passe de se marier. Romolo est fiancé à Anna-Maria. Salvatore, le frère d ‘Anna Maria l’est à Marisa, la sœur de Romolo. Les jeunes femmes désespèrent des deux jeunes hommes. Ceux-ci rechignent à dire adieu à leur vie de célibataires volages, à trouver un travail leur permettant de subvenir correctement aux besoins de la famille qu’il vont être amenés à former avec leur compagnes respectives. Ils ne respectent pas leur partenaire, faisant montre d’un machisme très, vraiment très latin.

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Premier point : le film n’est pas centré sur Marisa et Anna Maria, mais sur le quatuor. On a même parfois l’impression que Romolo et Salvatore ont plus d’importance que les personnages féminins. Il est amusant, de ce point de vue, de constater que le sous-titrage du film présente celui-ci comme s’intitulant Beaux mais pauvres – et l’erreur est également visible sur plusieurs sites internet. C’est comme un symptôme. Il faut savoir, à ce propos, que ce Belles mais pauvres est la suite d’un autre film, sorti l’année précédente et qui remporta un grand succès : Pauvres mais beaux (Poveri ma belli). Les personnages et les acteurs principaux étaient les mêmes. Les deux jeunes hommes avaient la part belle dans l’histoire.
Second point : la pauvreté des personnages est toute relative et pas forcément subie. Certes, eux et leur famille vivent de peu. Ceux qui travaillent, dans l’entourage des protagonistes, ont des emplois qui ne sont ni glorieux ni rémunérateurs. Mais les activités, les loisirs que lesdits protagonistes ont parfois – parmi lesquels on compte, significativement, les sorties au cinéma -, leur mise, supposent quand même un minimum de moyens financiers. En fait, le film ne parle pas vraiment de la pauvreté sociale, et n’envisage pas le problème d’un point de vue critique. Romolo et Salvatore sont plutôt des enfants qui veulent continuer à jouer, des adultes oisifs qui entendent jouir de l’existence sans effort. On pensent inévitablement aux Vitelloni felliniens. Mais aussi au final du Pigeon, de Mario Moniccelli (I Soliti Ignoti, 1953), quand, désespéré, Capannelle lance au personnage incarné par Vittorio Gassman : « Mais, Peppe, ils te font travailler, tu sais ! ».  Le film de Risi se terminant par le mariage des deux couples, on peut imaginer que les maris se décideront à chercher sérieusement un travail sérieux, et le trouveront. Car ils ont mûri. Ils ont perdu une certaine innocence, mais ils ont gagné en maturité. Il faut besogner, donc… et ne pas courir, le couteau sous la gorge, de façon inconsidérée derrière l’argent.

Certains spectateurs pourront considérer qu’il y a, dans Belles mais pauvres, une contradiction foncière dont Risi n’arrive pas à se dépêtrer. Les personnages veulent sortir de leur relative misère et, en même temps, ils constatent que la braise ne fait pas le bonheur et que le confort matériel ne vaut pas la peine d’être obtenu s’il l’est au prix de l’Amour. Pour celui-ci, ils sont finalement prêts à rester pauvres. Le fameux « Boom » n’a pas encore vraiment commencé.
D’autres spectateurs considéreront probablement que le cinéaste offre une œuvre qui n’est pas aussi simpliste qu’elle en a l’air. Les personnages féminins évoluent eux aussi. Marisa et Anna Maria en rabattent sur certains de leurs désirs. Compromis il y aurait alors entre les leurs et ceux de leurs compagnons.

En 1959, Risi donnera une suite aux deux films évoqués ici… ce sera Pauvres millionnaires (Poveri Millionari). Les trois oeuvres forment donc une trilogie, laquelle est considérée par moult spécialistes comme constituant une étape importante dans l’histoire du cinéma italien, comme participant de l’épanouissement de la comédie légère, réalisée avec peu de moyens, et prenant ses racines dans le néo-réalisme.

 

Note :

1) Il faut noter également la sortie en DVD, il y a quelques mois, de Le Prophète (Il Profeta, 1967). Notre collaborateur Vincent Roussel en a fait la critique : ICI

 

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A propos de Enrique SEKNADJE

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