David Gordon Green – "Délire Express" (avant-première)

Une surprise d’abord. Celle de retrouver le nom de David Gordon Green à la tête d’une production Apatow. Pour rappel, le réalisateur s’est fait connaître avec 2 films sur l’enfance et l’adolescence: « George Washington » et surtout « L’autre rive » deux films d’une grande sensibilité décrivant le monde de l’enfance comme celui de tous les dangers, le second parvenant à faire une synthèse réussie entre « la nuit du chasseur » et le cinéma de Terence Mallick, à mi-chemin entre naturalisme et onirisme poétique. On était a priori bien loin des comédies régressives produites habituellement par Judd Apatow. Les cartes se brouillent encore plus quand on sait que le réalisateur prépare un remake de Suspiria ! La politique des auteurs en prend donc un sacré coup, et il faut bien avouer qu’on aura du mal à retrouver une touche personnelle de Green dans ce « Délire Express » même si l’on pourra toujours avancer que les adultes filmés ici, comme dans la plupart des productions Appatow, ressemblent plus à des adolescents attardés qui cherchent encore leurs places dans le monde qu’a des adultes parfaitement matures. Alors, pause récréative ? Souhait de s’imposer dans des films plus commerciaux pour pouvoir mener à bien des projets plus personnels ? L’avenir nous le dira. Ceci n’empêche pas en tout cas ce Délire Express d’être une franche réussite

L’argument de base est on ne peut plus simple : Plonger 2 slackers défoncés du matin au soir (Dale – Seth Rogen et Saul – James Franco), au cœur d’un film d’action. Tout le film est basé sur cette idée. Le décalage qui en résulte sera le moteur loufoque de la plupart des gags. Comment concilier le fait d’être stone et la rapidité d’action nécessaire dans un gun-figth ou une poursuite de voiture ? Voilà le problème existentiel qui se pose à nos deux protagonistes. C’est maintenant un fait établi : toutes les productions Appatow racontent la même histoire de passage à l’âge adulte, l’humour naissant du décalage entre problèmes d’adultes et comportements d’adolescents. C’est encore le cas cette fois-ci mais le décalage sera encore plus fort du fait de la toxicomanie des 2 héros ce qui permettra d’aller plus loin dans l’absurde. On pourra sans doute ergoter sur le fait de ne pas retrouver la subtilité (si, si !) de Superbad (scénarisé par les même Goldberg/Rogen) qui, bien que très drôle, parvenait à être extrêmement touchant dans sa description des petits et grands tourments de l’adolescence. Ici, il importe « juste » de faire rire mais il serait malvenu de pinailler, la mission étant largement réussie.

Réussie en partie grâce à des dialogues jubilatoires truffés de formules promises à devenir cultes. Pas vraiment de gags hénaaaurme qui feraient hurler de rire mais une suite de répliques qui font mouche, toutes plus absurde les unes que les autres et qui vous font sourire bêtement pendant les 1h50 du film. Il faut voir James Franco l’air ahuri s’extasier devant son joint : « It’s almost a shame to smoke it. It’s like killing a unicorn » (C’est presque une honte de le fumer, c’est comme tuer une licorne). Et je ne résiste pas à l’envie de poster l’un des nombreux dialogue surréaliste du film. Celui-ci vous convaincra, j’en suis sûr, de faire le bien autour de vous :

Red: Man, I’m just into Buddhism, and I’m at peace with the fact that me, as this person, probably gonna not be around. Think about a hermit crab, okay? And it’s a shell. It’s like, they go from one shell to the next. And that’s what I am. I’m just a hermit crab changin’ shells.
Dale : Except if you’re a dick your whole life, your next shell will be made of shit, okay? If you’re an asshole, you’re gonna come back as a cockroach or a worm or a fuckin’ anal bead, okay? If you’re a man and you act heroic, you’ll come back as an eagle. You’ll come back as a dragon. You’ll come back as Jude Law, okay? Which would you rather be?
Red: Euhh.. Maybe the anal bead, depending on who it belongs to.
Dale: Belongs to me.
Red: Then the dragon.

L’autre aspect qui fait la réussite du film c’est la galerie de seconds rôles tous plus loufoques les uns que les autres et tous remarquables, quelle que soit la durée de leur apparition. Du couple d’homme de main qui ne cessent de se quereller pour les motifs les plus puérils (même en plein milieu d’une fusillade), au soldat délirant sur lequel l’armée teste un nouveau psychotrope en passant par le père de la petite amie de Dale qui multiplie les « fuck », tous ces personnages, traités avec le plus grand soin, parviennent à marquer l’esprit du spectateur et à enrichir le film basé originellement sur une trame de buddy-movie plutôt ténu.

Un peu comme pour Tropic Thunder on pourra reprocher au film certaines scènes d’actions qui semblent avoir été plus funs à tourner qu’à regarder. N’est pas John Woo qui veut… encore que, quand on voit le prochain John Woo…(soupir). Mais l’essentiel est ailleurs : Délire Express est l’un des films les plus drôles de l’année et c’est déjà beaucoup.

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