Blaq Out sort ce 6 octobre le premier volume d’une rétrospective consacrée au cinéaste japonais Koji Wakamatsu. Genèse de sa pensée, on y découvrira quatre de ses premières œuvres : « Les secrets derrière le mur » (1965), « Quand l’embryon part braconner » (1966), « Les anges violés » (1967) et « Va va vierge pour la deuxième fois » (1969).
 
Ces films aux titres imagés sont longtemps restés inaccessibles au public français, jusqu’à la ressortie en salle en 2007 du film « Quand l’embryon part braconner ». Radical, audacieux, celui-ci va bien au-delà des pinku eiga traditionnels, car les sévices physiques ne sont ici qu’une excuse voilant la véritable violence, qui est à la fois politique et psychologique. Une œuvre singulière, à la croisée entre des influences intellectuelles tirant vers l’occident et un vécu atypique.

 


Quand l’embryon part braconner
 
Ancien Yakusa, Wakamatsu se retrouve propulsé presque par hasard dans l’univers cinématographique, et s’attèle dès lors à apprendre le métier. Muni d’une sensibilité féroce et de cet apprentissage sur le tas, on lui propose de réaliser son premier film, un opus érotique. Le terme pinku n’existe pas encore, mais Wakamatsu va contribuer à le forger au fils des années, à sa manière. Tout en remplissant son contrat, il imprègne sa pellicule érotique d’une critique acerbe de la jeunesse laissée à l’abandon, de l’idéal communiste à la dérive, et des traditions obtuses qui conduisent à une explosion des situations.
 
Rencontré à l’occasion de la sortie de son dernier film « United Red Army », Koji Wakamatsu nous avait dévoilé sa vision du monde, noire et sans concession. La cruauté est pour lui un élément dynamique de nos sociétés, et il serait donc naïf de vouloir l’éviter. On comprend mieux à l’aune de ses propos son œuvre passée.

 


Les secrets derrière les murs
 
Dans ce coffret, quatre films d’à peine une heure chacun : des histoires brutes sans effet d’esbroufe narratif. Les films de Wakamatsu tranchent dans le vif, et abordent les sujets qui blessent : inceste et viol se confrontent à la haine exacerbée d’une société productiviste. C’est dans ces lignes de faille que se glisse le réalisateur, donnant crédit aux meurtriers et aux suicidaires, dénonçant les déviances des bien pensant. Dans « Les anges violés », les infirmières ingénues deviennent tentatrices, et seule la conque pourra sauver le jeune inconnu de sa démence sanguinaire. On pense alors au « Miroir qui fuit » du génial auteur Papini, ou encore à l’univers de Pasolini dans cette mise en scène sarcastique des corps et du sacré. « Les secrets derrière le mur » révèle quant-à lui la folie ordinaire d’un immeuble moderne, où chacun ment dans l’espoir d’obtenir ce qu’il désire, et où l’observateur s’avèrera finalement le plus clairvoyant.

 


Les anges violés
 
« Les Anges violés » et « Va, va vierge pour la seconde fois » sont étonnement proches, comme deux pendants d’une même histoire, celle de deux solitudes se rencontrant et affrontant leurs propres angoisses. Filmés dans un Noir et Blanc contrasté et granuleux, qui donne à la pellicule la texture des grandes photographies, il capture les corps de ses jeunes actrices en peintre, innovant dans les cadrages, privilégiant la beauté d’un geste plutôt que la vulgarité d’une chair exposée à crue. Et par touches, il incruste sur ces images des nuances de bleu, représentant autant l’horizon que les champs des possibles, et des rouges, vifs, pour pointer le corps de la société ensanglantée… « Va, va vierge pour la deuxième fois » est un véritable chef d’œuvre politique et poétique, symbole de la génération sacrifiée du boom Izanagi.

 


Va, va vierge pour la deuxième fois
 
 
 
L’Objet :
 
Dans un coffret blanc, sobre et élégant, les DVD sont chacun complémenter d’une Préface. Au lieu de faire appel à des historiens ou des critiques, Blaq Out donne la parole à des réalisateurs français engagés et qui, d’une certaine manière, ont une accointance directe avec leur aîné japonais :
 
_Jean-Pierre Bouyxou, expérimentateur anarchiste adepte du bondage.
 
_Marina de Van qui nous avait littéralement asphyxié avec son autobiographie cicatricielle « Dans ma peau », à la limite du soutenable.
 
_Damien Odoul, que l’on avait découvert avec son très beau film « Le souffle » et qui depuis continu à creuser les conséquences de notre environnement sur nos comportements.
 
_Lucile Hadzihalilovic, enfin, réalisatrice « d’Innocence », qui est sans doute la plus éloignée de l’univers de Wakamatsu (bien que l’environnement d’Innocence puisse rappeler celui des « Anges violés »), et dont la présence est légèrement décalée par rapport à ses confrères.
 
Cette prise de position de Blaq Out reste intelligente et donne à la présentation de chaque film une couleur singulière. Mais le principal reste les œuvres en elles –même, magnifiques et inspirées.
 
Un dernier conseil : Visionner ces films sans aucun préjugé, car ce que vous verrez n’est ni un film de propagande, ni un pinku classique, mais ce rapproche plus des essais d’art visuel et narratifs proche de ceux de Godard, Fluxus ou Andy Warhol…L’ouverture d’esprit et le décloisonnement des genres est donc grandement conseillé pour les apprécier.

 Spécificités techniques : PAL – Zone 2 – 4 DVD 9 – Durée des films : 1H16/1H13/57mn/1H06 – Noir et blanc & Couleur – Format image 2.35 – Ecran 16/9 compatible 4/3 – Version originale en japonais en Mono – Sous-titres : français

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A propos de Marion Oddon

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