Eh bien voilà, c’est fait ! Hollywood en a rêvé, le peuple américain l’a fait la nuit dernière : Barack Obama sera très bientôt officiellement proclamé 44ème Président des Etats-Unis d’Amérique !

Un sacré changement politique en perspective, ça reste à voir ; une révolution dans les mentalités, oui, forcément.
Car, ça aura difficilement pu vous échapper, Barack Obama ne sera pas seulement un Président démocrate après huit ans de régime républicain plutôt du genre pur et dur. Il sera d’abord et avant tout, et probablement pour un bon moment, le premier Président noir (même si « seulement » métis).

Du coup, le rôle de l’industrie de l’entertainment hollywoodien n’as pas été seulement de collecter des fonds pour Obama (ça, elle le fait assez classiquement pour le candidat démocrate à chaque élection, mais jamais avec autant d’intensité que cette année), elle aura aussi été, bien en amont, de préparer le terrain en « pensant l’impensable » : un Noir à la Maison-Blanche.

Historiquement et sauf erreur de notre part, Morgan Freeman aura été le premier, dans le film catastrophe Deep impact, qui ne restera probablement dans l’histoire que pour ce seul fait d’arme.
Assez ironiquement, Freeman était sans doute symboliquement le mieux placé pour tenir ce rôle.
A la fois en rapport avec son patronyme, qui raconte mieux que mille mots ce que fut la condition de l’homme noir en Amérique pendant plusieurs siècles : « Freeman » pour homme libéré du jougs de l’esclavage. On sait que, une fois affranchi, les esclaves d’origine africaine prenaient généralement le nom de leurs anciens maîtres pour accéder officiellement à la citoyenneté. Manifestement, l’aïeul de l’acteur a choisi de se qualifier lui-même d’homme libre, brisant ainsi une deuxième fois ses chaînes.
Mais bien placé aussi parce que le rôle qui le fit connaître, celui du chauffeur de Miss Daisy dans le film presque éponyme, replongeait l’Amérique dans cette époque du « développement séparé » dans les états du Sud, une époque où un Président noir était absolument inconcevable, y compris dans le Nord « yankee ».

Morgan Freeman dans « Deep impact »

Plus près de nous, l’invention du Sénateur, puis Président David Palmer dans la série 24h chrono (pourtant produite par la très conservatrice Fox TV) a évidemment constitué une avancée psychologique considérable et à l’impact probable (même si limité) sur l’élection d’Obama.
Néanmoins, Hollywood, pas complètement dupe, faisait peu après de son interprète, Dennis Haysbert, le Noir scandaleux osant séduire une ménagère blanche (Julianne Moore) dans l’Amérique conservatrice des années 50. Loin du Paradis, disait le titre du film de Todd Haynes : le Paradis politique, c’est donc en 2008 ? Nous verrons bien…

Dennis Haysbert dans « 24h chrono »

Et nous, dans tout ça ?
Eh bien nous, pauvres Français qui ne sommes pas loin de menacer nos anciennes colonies maghrébines d’une bonne vieille expédition punitive pour atteinte à la dignité d’une République dont nos gouvernants se refusent à voir qu’elle est en lambeaux depuis des années, nous ne sommes probablement pas près d’envoyer un « Français issu de l’immigration » à l’Elysée. Ni par les urnes (ça prendra combien de temps ? un demi-siècle ? plus ?…), ni même pas écrans interposés. Qui donc, au cinéma ou à la télé, « osera » ce qui ne devrait même pas être considéré comme une audace, juste comme une donnée scénaristique parmi d’autres ? Et quel comédien « ethnique » (vilain mot, oui…) aurait aujourd’hui le statut pour incarner ce Président ?…
De façon tristement représentative, la seule fois où la fiction française s’est risquée à envoyer une femme à l’Elysée, ce fut un « accident industriel » que France 2 n’est probablement pas prêt de vouloir risque à nouveau (L’Etat de Grace). Alors un « Noir », un « Jaune » ou un « Arabe », vous pensez bien !…

PS : Morgan Freeman n’a pas seulement été le premier Black President US, il fut aussi carrément Dieu le Père dans le diptyque Bruce Tout Puissant / Evan Tout Puissant et sera très bientôt Nelson Mandela (autre premier président noir de son pays à l’importance ô combien historique) devant la caméra de son vieux compère Clint Eastwood (The Human factor). Rôle déjà tenu à l’écran par… Dennis Haysbert (Goodbye Bafana, de Bille August, en 2007) !

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