Bilan du Luff festival 2009

Le Lausanne Underground Film and Music Festival s’est clôturé dimanche dernier dans une atmosphère féconde et enthousiaste. Il n’a pas manqué à sa réputation, fédérant cette année encore adeptes de la noise la plus pointue et amateurs de cinéma parallèle. Un événement marqué par le rassemblement des genres. Quatre jours pour faire découvrir des auteurs et apprécier des performances hypnotiques.


Keiji Haino – copyright : Thierry Galeuchet
 
Parmi les figures clefs de cette 8ème édition, Keiji Haino, compositeur fou fricotant avec la scène underground du monde entier. Après son duo bidouilleur avec Toni Conrad, il nous a donné à entendre l’un des plus beaux moments musical du festival avec sa performance, glissant ses notes sur le film de Cameron Jamie « Jo » : Un enchevêtrement de sons et d’images, symbole parfait de l’esprit LUFF… Question son, on notera la découverte du groupe Offseason, qui a conquis l’assemblé avec ce premier concert européen. Composée de trois tokyoïtes reconnus pour leur tonalité anarchique, cette formation prometteuse est à suivre de très prêt… Et dans la catégorie des toujours très attendus, Sister Iodine, petits frères spirituels de Faust, amateurs de guitares qui crissent et d’une noise archaïque, que l’on pourra voir en France le 22 octobre au point Ephémère et le 25 au Palais des congrès, en première partie de Sonic Youth.
 

Tony Conrad et Keiji Heino – copyright : Thierry Galeuchet
 
Côté cinéma, c’est Toni Conrad et Kerry Laitala qui ont répondu à l’appel, proposant des leçons de déconstruction narrative et d’apprentissage de quelques-unes des techniques utilisées dans les circuits expérimentaux. La recette du professeur Conrad – ami intime de Jack Smith (réalisateur du magnifique « Flaming creatures ») : Une bonne dose d’humour et quelques pellicules cuites au curry… Mais le cinéaste le plus marquant de cette veine aventurière restera Cameron Jamie, documentariste trash s’attachant aux us les plus déviantes de nos sociétés modernes. Sa trilogie du « Social Theater » : « BB », « Spook House » et « Kranky Klaus » est digne des meilleures, et appelle les spectres de Van der Keuken et Larry Clark, sur une musique des Melvins, s’il-vous-plait.
 

Cameron Jamie "BB"
 
Et un festival comme celui-ci ne pourrait pas être complètement réussi sans polémique, preuve d’un choix audacieux et d’un public attentif et exigeant. C’est autour du film en compétition « Amer » de Hélène Cattet et Bruno Forzani que se sont déchaînées les passions, provoquant des débats infinis entre défenseurs conquis et détracteurs dubitatifs. Un projet radical, qui sous couvert d’un hommage aux giallos des années 70 entreprend de réaliser un film sur les sensations… De l’extrême qui n’a pas su toucher notre émotion : Suite de plans techniquement impeccables et envoûtants, le film peine malgré ça à trouver sa cohérence, et le scénario, simpliste, donne l’impression agaçante que cette ébauche au potentiel immense tombe dans les affres d’un exercice stérile. Invités réguliers du festival, où ils ont dévoilé leurs précédents courts-métrages, on laissera l’opportunité à ces deux réalisateurs de nous séduire lors de leur prochaine tentative.
 
Succès unanime en revanche pour Bill Plimpton, qui obtient le prix du jury pour son film « Des Idiots et des Anges », film d’ouverture du festival. Réussite également pour Bruce La Bruce et son dernier opus « Oto ; or ; Up with Dead People », pour l’occasion gonflé en 35mm. Tendre et décalé, ce film retrace la genèse d’un jeune zombi gay, découvrant sa nouvelle mort au travers d’une suite de personnages paumés et exubérants. Une belle manière de clôturer un festival bien rempli, et dont on attend assurément la neuvième édition.
 

Une affiche à couper le souffle, mais pas les polémiques…

A propos de Marion Oddon

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