Angélique Bosio – « Llik your Idols » (DVD)

 
En 2004 sortait le film de Scott Crary "Kill your Idols", s’attachant à la scène musicale new-yorkaise du début des années 80 : la no wave. En 2009, Angélique Bosio complète cette approche avec "Llik your Idols", focalisant son attention sur la production cinématographique de l’époque, où l’on retrouve Thurston Moore (de Sonic Youth), Lydia Lunch et le fantôme de Jon Spencer.
 
La no wave a souvent été réduite à tort à un genre musical, quand elle n’était pas confondue avec la new wave, contre laquelle elle s’érigeait pourtant. Protéiforme, elle se définit avant tout comme un mode de pensée : anti-punk, anti-power-flower et anti-Etatique principalement. Le documentaire d’Angélique Bosio s’attache à faire découvrir ces zones d’ombres, en rencontrant les acteurs du cinéma de la transgression, fondement de l’esthétique no wave.

 

 

Expression d’une société en crise, celle du début des années 80, ce mouvement prend ses racines à New-York, alors riche en surfaces immobilières à bas prix, dans le Lower East Side, où vivent les marginaux et les exclus. Un terreau de violence et une haine farouche de l’Etat force la communauté d’artistes et de jeunes désœuvrés à se mobiliser. Avec très peu de moyens mais beaucoup de mains d’œuvres, ils réalisent des opus politiques extrêmes, touchant à tous les tabous de la société puritaine : le sexe, la drogue, les scarifications… dans des mises en scènes épurées ou extravagantes, tirant alors vers le camp cinéma, la série B et le grand guignol.
 
Angélique Bosio réalise un film à la texture classique mais très bien documenté, permettant une mise en valeur intelligente des extraits sélectionnés et des entretiens filmés. Elle a en effet rencontré tous les fondateurs du mouvement, de Nick Zedd à Joe Coleman, traçant une analyse fine de son évolution, entre images d’archives et souvenirs recomposés. On y comprend alors les liens étroits qui unissaient les scènes musicale et cinématographique, et leur volonté farouche de s’opposer au structuralisme intellectuel en vogue à l’époque.
 

 

Dans une analyse historique, les interviewés parlent avec lucidité de la naissance du mouvement, et de sa fin logique en 1986, avec le film de Jon Spencer (celui des Blues explosion) "Shithaus". Un catalogue d’œuvres et d’auteurs rassemblés pour la première fois dans un documentaire complet, compréhensible par les non initiés et également appréciable par les connaisseurs, qui pourront revoir leurs artistes préférés avec quelques rides en plus mais une idéologie toujours intacte. En bonus, quatre courts métrages de Richard Kern et Nick Zedd, dont le magnifique « War is menstrual envy », qui permettront une meilleure compréhension des enjeux et thématiques phares de ce courant. Et bien qu’on puisse regretter qu’aucun des opus sexuels n’y ait été inclus, on apprécie le choix des films : "Police State" et "You kill me first" sont des bijoux acerbes et décalés qu’on n’oublie pas, et qui vous rappelleront sans doute beaucoup des turpitudes de votre propre adolescence.
 
Une attention particulière a été donné au traitement de l’image, créant une uniformité agréable entre extraits et interviews. Découpé en biographies commentées des différents leaders du mouvement, voici un objet indispensable pour tout les amoureux de l’époque, et pour les curieux d’une esthétique extrême. Une belle occasion de découvrir ce mouvement artistique prolifique, qui pourrait se rapprochait dans son mode de création de ceux initiés par Dada et Warhol en leur temps. Et pour aller plus loin, il existe aussi chez le même éditeur une compilation des courts-métrages de Richard Kern : "Hardcore extended", tout simplement jubilatoire…
 

 

"Llik your Idols" d’Angélique Bosio – 70 min
édité par Le chat qui fume.

 

A propos de Marion Oddon

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