Après quelques courts métrages dont un, Hoguera,  nominé deux fois en 2007 à la quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes et un  premier long-métrage, la même année, inspiré du livre de Mario Mendoza, Andrés Baiz débarque pour la première fois dans le réseau de distribution français avec son nouveau film, Inside. Œuvre inquiétante et envoutante, grâce à son ambiance emprunte de « réalisme magique », Inside nous plonge au cœur d’une histoire d’amour pour le moins complexe, en jouant habillement avec les codes du cinéma fantastique, avant de nous peu à peu nous dévoiler la terrible réalité qui risque d’en persuader plus d’un que la curiosité est un vilain défaut, tout autant que l’infidélité !

 
Le film nous conte l’histoire d’Adrian et de sa petite amie Bélen. Tous deux sont jeunes et très amoureux. Mais lorsque Bélen commence à douter de la fidélité d’Adrian elle décide de mettre à l’épreuve ses sentiments en lui faisant croire qu’elle a disparue. Elle s’enferme alors dans une pièce secrète de la maison dont elle seule connaît l’existence. Dans sa précipitation, elle oublie la clé à l’extérieur… Piégée derrière un miroir sans tain, elle va assister impuissante à la nouvelle vie d’Adrian sans elle … ou presque…
 
 
 
Depuis maintenant quelques années, film après film, le paysage cinématographique hispanique converge vers une forme emprunte de féerie, de fantastique et ce quelque soit les genres et les thématiques que les œuvres entendent aborder. Initiée par un certain Raoul Ruiz qui à travers une combinaison sensée des multiples formes de baroque cinématographique réinvestit les codes de ce fameux mouvement littéraire, le « réalisme magique » (dont Cent Ans de solitude de Marquez est le parangon), cette tendance stylistique s’est réellement développée ces dernières années grâce au succès de réalisateurs comme Guillermo Del Toro, Alex de la Iglesia, Nacho Vigalondo, Juan Antonio Bayona ou encore Jaume Balaguero. Tous s’articulent autour d’un crédo esthétique semblable, c’est-à-dire l’intégration d’événements surnaturels au cœur du réel à travers le point de vue d’un personnage, mais qui ne cesse de se transformer et d’évoluer afin de toujours traiter au plus près le sujet qui leur tien à cœur. Toutefois, quelle que soit ces évolutions tous ses films se rejoignent toujours dans la révélation d’un traumatisme enfoui qu’il soit personnel ou communautaire comme par exemple celui de la guerre civile dans Le Labytrinthe de Pan ou du totalitarisme dans Balada Triste, de la filiation et du libre arbitre dans le récent et somptueux premier film de Kike Maillo, Eva, ou encore celui de la sexualité et du corps comme prison émotionnelle dans le très étrange dernier film d’Almodovar, La Piel que Habito.
 
Ici Baiz entend bien poursuivre cette inclination à ce réalisme magique, ou fantastique, en déployant tout au long de la première partie de son film une succession d’éléments surnaturels qui imprègnent l’ambiance de l’œuvre d’une aura étrange et inquiétante dont elle aura d’ailleurs bien du mal à se débarrasser. L’existence de la panic room et les raisons de la disparition de Bélen n’étant en effet pas immédiatement révélées tous les évènements hors du commun qui ont lieu dans l’immense bâtisse, où réside Adrian et sa nouvelle compagne, passent au départ pour des manifestations fantastiques, ce que Baiz accentue d’ailleurs par l’emploi d’archétypes forts, comme par exemple l’orage, ou encore la sempiternelle séquence de la baignoire présente dans de nombreux films d’horreur comme Les Griffes de la nuit et que l’on voit de façon parodique dans la bande annonce de Piranha 3DD. La musique joue également un rôle très important, les sonorités inquiétantes du score de Federico Jusid finissant d’envelopper le spectateur dans un climat sinistre, qu’il associe alors de manière incontrôlable au personnage principal, Adrian, dont on ne sait finalement rien et dont on redoute peu à peu la part d’obscurité, nimbée derrière son charme méditerranéen et le romantisme de sa profession, chef d’orchestre classique.
 
On regrette alors une structure très mécanique en trois temps avec son flashback explicatif et sa révélation un peu trop simpliste, déceptive même. Inside perd donc un peu en route la captivité du spectateur, versant malgré l’attention portée à la mise en scène et à la photographie vers la routine du téléfilm. Toutefois, le jeu des acteurs et leurs interactions notamment celles des deux héroïnes parviennent à rehausser le niveau et à suffisamment nous accrocher pour allez jusqu’au bout du métrage sans trop de peine. Le film quitte le sentier très balisé du film fantastique pour nous entrainer sur des voies plus sombres, celles d’une effrayante étude de l’âme humaine et de ses recoins les plus sombres. Mais l’un ne serait pas possible sans l’autre, comme dans Les Disparues de Paco Cabezas, où des jeunes gens prennent conscience des atrocités commises par leur père en argentine à travers l’expérience du fantastique, ici  le surnaturel de la première partie révèle l’horreur bien réelle de l’être. Dès lors, même si le réel triomphe, à travers le flashback le cinéaste perpétue son ambiance étrange et inquiétante articulée autour de cette pièce désaffectée et énigmatique, construite par les expatriés Nazis venue en planque en Colombie, que Bélen va découvrir guidée par ses soupçons et qui métaphorise esthétiquement de manière très subtile la part d’ombre et de mystère que chaque personne abrite. Celle-ci explosera d’ailleurs de manière particulièrement morbide avec le personnage de l’amante / nouvelle petite amie d’Adrian lorsqu’elle devra à faire un choix crucial. Mais mieux vaut pas trop en dévoiler au risque d’enlever le peu de mystère qui règne encore sur ce beau mélodrame macabre.

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