AJ Schnack – "Kurt Cobain, About a son" (Avant-première)

Kurt Cobain par lui même, des enregistrements inédits du leader de Nirvana deux ans avant sa mort, un film « autobiographique » d’une heure trente cinq avec quelques minutes volées où l’on croisera l’égérie grunge via l’objectif de Charles Peterson, souvent de dos ou le visage caché par une mèche. That’s all.

AJ Schnack aurait pu être la nième personne à profiter de la renommée du chanteur, en construisant un film facile où auraient fourmillé des images d’archives délavées par l’usure des tabloïds. Mais en véritable amateur de rock (son premier long métrage était consacré au groupe New-Yorkais « They might be giants »), en apprenti journaliste méticuleux (il doit faire parti des 1% que Kurt Cobain n’aurait pas qualifié de « naze ») il choisi de retracé le parcours de Kurt au travers de ce qu’aurait pu être sa vision de l’Amérique, empruntant les mêmes voies, écoutant la même musique. Et c’est à ce titre que l’on peut parler d’autobiographie (enlever les guillemets) tant le réalisateur semble avoir creusé son chemin au travers de l’âme torturée de ce gamin d’alors 25 ans.


Equipé d’une caméra 35mm (permettant de créer une véritable atmosphère quasi matérielle à l’écran), il parcours l’Etat de Washington dans les pas de cet adolescent moyen qui un jour changea le destin de million d’autres à travers le monde. Débutant son chemin à Aberdeen, ville natale de Kurt Cobain, genèse de Nirvana en 1986, il le suit dans ses pérégrinations communautaires à Olympia, avant de finir avec lui dans la ville noire de Seattle. Chaque lieu filmé ici à une signification précise dans la biographie du chanteur. Les images sont plus proches de celles d’un vidéaste d’art que d’un documentariste tant il soigne le grain et la composition à la manière d’un photographe, et notamment les couleurs qui ouvrent une respiration visuelle au cœur du film, incluant des transitions animées ressemblant beaucoup aux propres esquisses de Kurt Cobain.

Enregistré de minuit à l’aube entre décembre 1992 et mars 1993, l’interview réalisé par Michael Azzerrad n’était à l’origine qu’un simple matériau destiné à alimenter son livre « Come As You Are : The Story of Nirvana », commandité par Kurt et Courtney pour faire taire les rumeurs qui circulaient alors sur leur compte. Cet enregistrement est aujourd’hui devenu un précieux document d’archive, habilement exploité par AJ Schnack et son équipe. Désireux de retracer une histoire vraie, Kurt Cobain se livre sans ellipse ni fausse pudeur, racontant ses premiers amours musicaux (les Beattles et the Queen), ses déceptions répétées à chaque étape de son parcours – parcours qu’il a su très tôt voué au rock – sa rencontre avec Sub pop,son antipathie des gens qui l’a (en partie) poussé vers la drogue, son admiration pour Courtney (« son alter ego »), son envie de quitter Nirvana pour retourner dans l’ombre de l’avant –célébrité, son amour pour Frances, sa fille, sans qui peut-être il n’aurait jamais arrêté la drogue…

Ce film ne raconte pas l’histoire d’un groupe mais les fragilités d’un jeune homme doué et intelligent et volontaire (quand il s’agissait de musique uniquement), posant un regard lucide sur ses contemporains et les dérives d’une société à tel point formatée que même les courants undergrounds et alternatifs ne prenaient pas grâce à ses yeux…et par esprit de contradiction sans doute, il décida un jour de faire de la musique pour tous plutôt que de rester cantonné dans l’ombre…simplement l’histoire d’un fils.


SORTIE EN SALLE LE 26 NOVEMBRE 2008

A propos de Marion Oddon

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