Sans vouloir me faire chantre de la violence, du gore, de la barbarie, je dois bien avouer que cette affiche éveilla mon attrait pour la subversion, la provocation et le vice d'humanité.
En attente de sortie depuis 2003, le film bénéficie du lancement du second de Xavier Gens - Hitman, le 26 décembre 07 - pour arriver sur les écrans mi-janvier. Pour avoir vu Hitman, j'aurai dû me douter que quelque chose se tramait sous cette affiche aux traits militants (sic) que j'ai bien voulu lui porter.
Non content d'être remarquablement bien servi en terme de casting avec Samuel "Samu" Le Bihan et Estelle "Nivéa pour que je sois douce" Lefébure et une révélation (nommé dans la catégorie de la meilleure espoir tremblotante à chaque émotion un peu complexe à jouer) Karina Testa ; il faut dire que le scénar se hisse sans problème à leur hauteur, une hauteur d'homme je vous l'dis.
Premier tour des élections présidentielles voyant le FN accéder au second, les émeutes sont le triste quotidien de nos héros, braqueurs et beurs. Direction la Hollande, terre promise pour la fuite dans les deux sens du terme (dans les deux sens du terme) : fuite de braqueurs, fuite de Yasmina qui veut mettre terme (le voilà) à sa grossesse, parce que qui voudrait naître dans ce chaos ? C'est qu'elle avait dis-donc pas encore vu le fin fond du Pas-de-calais.

notre Lara Croft à nous tous seuls... chouette
Arrivant dans un motel tenu par des caricatures d'Amérique profonde, les deux premiers héros (car ils ont dû se séparer au début) sont vite expédiés au bas d'un pont au terme (encore) d'une course-poursuite sans virtuosité (Fiat contre Range-Rover, ou à peu près). De là, ils pénètrent dans une mine où le premier se fait choper par un boucher au bout du boyau qui verra les siens se déverser, et le second bouffer par les rejetons de la famille (car c'est une histoire de famille, soyez-en sûrs).
Les deux derniers, ou plutôt, la seconde vague de victimes, nous permet de pénétrer plus profondément dans l'histoire et de découvrir, que oh non!, le père qui tient famille de décérébrés est un reliquat des nazis. Le copain de Yasmina se voit mettre terme (+) à ses espoirs de fuite, et cette dernière échappe de peu au même sort pour la progéniture que son ventre promet.
De là, il ne reste plus qu'un pas vers le terme du film, lutte pour la liberté voulue épique, triste accumulation de scènes pseudo-gores sans cohérence aucune. La fille se retrouve toute de sang aspergée et livrera un ultime combat dans la boue avec Estelle. Il ne lui reste alors plus qu'à laisser la pluie la laver, et fuir vers la civilisation, où un car de gendarmes l'attend avec toute la logique qu'on leur connait.
Gens filme ses personnages avec un style épileptique (bel exemple de mise en abîme avec le jeu de Karina Testa) digne de l'obédience à une norme de l'horreur et de l'action qui n'a pas grand intérêt dans son emploi pur et dur. Il ne semble pas concevoir qu'entre reproduire des modèles, des schémas, il faudrait donner un peu de fluide, un peu d'âme à des personnages qui manquent cruellement d'épaisseur, stéréotypes extatiques de leur propre film, machines désarticulés au coeur d'un mécanisme qui manque de rouages et d'engrenages.

non, ce plan n'est pas tiré de "vampires" de Carpenter
Encore un de ces cinéastes sans discours - certes, on était au courant - pour qui la violence ne répondrait qu'à un effet de mode, illusion d'une liberté de l'image, aveuglé par une société de consommation, toujours et encore plus de sang. A vouloir créer de toutes pièces des inhumains, Gens y parvient parfaitement, car dans leur inhumanité, ne règne aucune humanité, aussi pervertie puisse-t-elle être.
De plus, le film au final ne remplit pas le "cahier des charges" posé par son affiche : "des scènes de boucherie particulièrement éprouvantes". On voit à un instant des tripes que l'on sait animales, quelques giclures de sang, une tête qui explose sous un coup de feu, un corps découpé par une scie mécanique... Rien de bien ragoutant, mais rien qui vaille l'interdiction aux moins de 16 ans, tant les productions actuelles peuvent proposer chacune de leur côté l'une ou l'autre de ces séquences.
Encore un coup dans l'eau pour le loup Besson, qui avec les films de son nouveau chaperon (rouge) n'aura pas beaucoup d'épinards à mettre avec le petit pot de beurre - des navets tout au plus.