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24 heures chrono (saison 1)

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Posté par gee wee le 2009-03-12



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L'actualité de cette série pourrait sembler un peu fanée, de même que son caractère révolutionnaire, étalé, consommé, digéré par sept années de production cinématographique et télévisuelle. Et pourtant, cette première saison de 24 m'est apparue proprement novatrice, conservant des traits extrêmement modernes et soulevant des enjeux narratifs et temporels ni épuisés ni résolus.
Le côté "en temps réel" me paraissait, là comme ça en anticipation, plutôt anodin, juste une façon de ramasser l'intrigue et de transposer les ellipses à du simple cut. Mais en réalité, ce concept de base semble beaucoup plus dur à tenir, car il pose une exigence de contiguité et spatiale et temporelle, et narrative !
L'ellipse, justement si pratique et si naturelle que l'on ne la remarquait plus, affiche son absence par une densité d'évènements, de personnages, de rebondissements sans commune mesure avec d'autres séries dont le déroulement serait linéaire. Car ce qui me frappe, et elle est là, cette modernité, c'est que 24 se fait la version télévisuelle et fictionnelle du réseau. Réseau de personnages, d'intrigues, réseaux de communication. La condensation du temps a imposé en effet d'imaginer une autre forme à la série ; et quelle forme mieux adaptée à un impératif à la fois quantitatif et de place que le réseau ? Là se situe à mon sens le grand grand talent et l'intelligence de 24, et l'aboutissement de la première saison me semble proprement génial.




L'idée d'un réseau émerge dans la série dès le départ : la cellule familiale éclate, Jack part au CTU, Kim fait le mur, et Teri reste seule. L'intrigue semble naître de la séparation des individus, ou plutôt, les intrigues successives dans la série font se séparer les individus. Non, les intrigues naissent au moment où les individus se séparent.
Du coup, si Jack Bauer est Le personnage emblématique de la série, il n'y a plus à proprement parler de personnage principal, plus d'intrigue principale : chaque intrigue a un poids équivalent, et prend part dans la gigantesque progression qui a pour axe la menace pesant sur le candidat à la présidence David Palmer. C'est un peu zoomer sur un fil et voir qu'il est fait de plein de petits fils tissés les uns aux autres : il n'y a pas de petit fil plus important que les autres, tous contribuent à la bonne tenue du gros fil.
Les 24 épisodes de la saison ne sont pas de trop pour déployer un univers suffisamment détaillé pour exprimer cette complexité finalement plutôt réaliste. Pas tant dans les évènements que dans cette divergence des intrigues hors du champ de volonté de ses protagonistes - qui ne voient justement les choses que de façon fragmentaire - ou dans cet apport minime d'une information qui est soit incomplète soit réinvestie dans une nouvelle intrigue. Le postulat de simultanéité fait qu'il se passe toujours quelque chose, et toujours quelque chose pendant qu'une action se déroule, quelque chose qui en altère la validité ou la portée. Rien n'est jamais résolu, et ça tient en haleine!




Tout le long de la saison, 24 fait preuve d'une très forte réactivité. Outre les intrigues dont l'objectif change ou dont la résolution fait émerger de nouvelles intrigues, ce sont les personnages qui sont soumis à un régime très intéressant. Un personnage auparavant secondaire peut subitement devenir principal à des moments où les tensions se resserrent et nécessitent qu'un protagoniste montre des capacités ou des connaissances insoupçonnées. Et ce petit système, s'il est généralement contenu aux petites intrigues satellites, offre une véritable souplesse à la série et nous conditionne à questionner en permanence le moindre indice, un plan sur un téléphone, un regard plissé. De ce point de vue là, 24 joue énormément sur les faux-semblants, sur les intentions cachées des personnages. On est maintenu dans un état de tension permanent - ce que les cliffhanger multiples au sein même de l'épisode ne font qu'accentuer.
De plus, le dynamisme du réseau est entretenu par des ponts constants entre les différents espaces/intrigues. La série joue de rencontres/séparations, de collisions (rapprochement, choc, éloignement) où s'échangent des informations, se redistribuent les cartes et les hommes, se mêlent les enjeux de chaque personnage, où se dévoilent les natures profondes et la vérité des relations humaines.
Du fait de l'ambition du temps réel, l'espace physique devient lui-même réel : à une distance correspond un certain temps, un temps humain de déplacement, la lourdeur physique du corps tangible. L'espace est "solide" en même temps qu'étendu et il faut le renfort des télécommunications pour le tordre, provoquer et augmenter les rencontres, les échanges : téléphones, satellites, ordinateurs sont en permanence à l'écran. C'est le temps mis à l'épreuve, le temps vécu et vaincu tout à la fois, l'homme s'adaptant aux nouveaux enjeux d'une société nouvelle informatique, l'homme virtualisé, l'homme-téléphone. Avoir telles informations à tel moment, en mesurer la pertinence, élaborer une réponse adaptée - et le tout dans un univers qui change en permanence, et de plus en plus vite.

Et en effet, par excellence, le réseau est une forme instable (enfin, à la fois stable et instable). Le réseau est stable si on le regarde d'en haut, parce qu'une torsion à l'endroit d'un noeud est amortie par le maillage qui n'est que légèrement infléchi. Il est instable si on se place à l'échelle de l'individu, justement parce qu'une torsion à un endroit semble entraîner tout avec elle. Il n'y a pas de linéarité. Tout déterminisme est proscrit, ce qui semble logique ou évident est perturbé par les évènements extérieurs ayant eux-mêmes leur propre logique. On se trouve finalement dans un beau chaos où agir ne permet que d'influer sur le cours des choses, pas de le changer de but en blanc.
A l'idée d'individus libres de leurs actes se substitue celle d'individus contraints, pris entre une multitude de tensions, et dont le salut ne peut naître que d'une faculté d'adaptation qui dépasse les codes et les protocoles et met à l'épreuve les relations de confiance.
Au final, la modernité selon 24, c'est peut-être bien de capter par le split-screen la simultanéité d'espaces différents, parallèles, qui se croisent parfois. C'est très probablement aussi cette solitude que le réseau tempère autant qu'il l'avive, cette sensation d'être relié à quelque chose autant que de ne sentir que des présences fugaces et des moments de doute (d'avoir été abandonné). C'est cette double identité de l'homme que d'être présent et absent, des hommes que d'être ensemble et séparés au même moment.






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