
|
Young Marble Giants à Villette Sonique le 1er juin 2010
Dossiers/hommages
|
![]() ![]() |
|
Il est évidemment un peu tard pour se demander si le retour sur scène des Young Marble Giants a un sens, puisque cela fait maintenant trois ou quatre ans que le groupe se produit aux quatre coins de l’Europe, plus ou moins régulièrement. La question se pose pourtant par le côté assez "inaccessible" qu’a pris leur musique au fil du temps. Pas au sens d’hermétique, la musique des YMG n’ayant rien de difficile, mais par l’aura proprement mythique prise depuis trente ans par leur unique album (augmenté d’une poignée de chansons éparses additionnelles), Colossal Youth. Jamais avant l’improbable triomphe médiatique et commercial de The XX l’an dernier le nom des Young Marble Giants n’avait autant circulé, prononcé par des gens que l’on ne soupçonnait parfois pas d’avoir été un jour exposé à leur musique. La plupart d’entre nous, trop jeunes ou carrément même pas nés, n’avons pas découvert Colossal Youth à sa sortie. Mais qu’il nous accompagne depuis 25, 12, 4 ans ou seulement 6 mois, il est forcément un compagnon fidèle, que l’on n’a même pas besoin d’écouter régulièrement. Il nous a déjà imprégnés. Alors, dans ces conditions, pourquoi prendre le risque de la déception d’un concert d’aimables quinquagénaires, pas plus charismatiques aujourd’hui qu’hier ? S’il n’y avait qu’une seule raison, ce serait celle-là : se heurter encore et toujours au profond mystère de cette musique. Comment ça tient, comment ça fonctionne, comment ça envoûte, encore et toujours ? Comment quelques squelettes de chansons (enregistrées pour un budget de… 1 000 £ !) nous nourrissent bien plus que les intégrales de bien des musiciens prolifiques ? Voilà plus d’un quart de siècle que je ne comprends toujours pas et ce concert du 1er juin ne m’a pas davantage éclairé… ![]() A Boulogne-Billancourt en 2007 (crédits photo : Oliver Peel)
Derrière l’émotion de ce premier live pour beaucoup des spectateurs de la Grande Halle de la Villette (un précédent passage français, à Boulogne, en 2007, était passé plus inaperçu) pointait souvent le regret plus ou moins ouvertement formulé du "note pour note" par rapport aux enregistrements connus (pas l’ombre d’une hypothétique nouvelle composition en une petite heure de concert). Cette objection ne tient pas. Parce que la musique des Young Marble Giants n’a nul besoin du moindre accord additionnel. Et parce que peut-être s’effondrerait-elle si on lui en retirait un. L’esthétique de la soustraction et du retrait a quand même ses limites… Alison Statton semble comme hors du temps : sa silouhette n’a pas beaucoup changé, sa voix est identique, qui était déjà plus jeune qu’elle il y a trente ans, sur le fil ténu qui sépare la justesse de la fausseté. On ne jurerait pas que les frères aînés Moxham, Phil et Stuart, aient complètement enterré la vieille hache de guerre, celle qui avait déjà virtuellement signé la fin du groupe avant même que ne sorte Colossal Youth (que serait-il advenu des YMG s’ils avaient fait une carrière "normale" ? ça aussi, c’est un mystère…). La seule nouveauté objective depuis 1980, c’est que la beatbox est désormais humaine. Dans le rôle, le frère cadet des Moxham, Andrew (quelle famille ! on adorerait rencontrer les parents…), qui n’a nul besoin d’artifices cosmétiques pour figurer le parfait "man machine", comme un écho au Wolfgang Flür de Kraftwerk (les Young Marble Giants étaient leurs exacts contemporains et des fans déclarés). Les Young Marble Giants font partie de ce petit nombre de musiciens capables de cliver le monde en deux : ceux qui restent hermétiques à leur univers musical et peuvent même le trouver mièvre ou vraiment trop minimaliste, et ceux à qui il a ouvert les yeux et les oreilles (parmi ceux-là, rappelons Julie Gayet, qui nous offrait récemment sa propre reprise de Final Day). Statistiquement, on sait qu’on a plus de chances de se trouver des atomes crochus avec la seconde catégorie. Mais, finalement, celle que l’on brûle encore davantage de rencontrer, c’est une troisième : ceux qui ne les ont jamais entendus. Ça tombe bien, ils sont de loin les plus nombreux… Plutôt qu’une vidéo pourrie prise au téléphone d’un concert récent, autant profiter d’une bonne captation d’un concert d’il y a plus de trente ans :
Commentaires
De : Ti Panda Transport Merci pour cet article!!! Je fais partie de ceux qui ont acheté le disque á sa sortie...et autant les années 80 ont fournies un paquet de daubes, autant il y a eu quelques perles rares et des groupes qui pour moi sont devenus intemporels et de vrais références pour les générations suivantes, merci á l'excellent label Rough Trade au passage. Un groupe avec un gimmick aussi imposant que YMG ne pouvait délivrer qu'un disque.Une suite aurait sonnée comme une re-dite ou si ils avaient changer le son et les arrangements, comme une trahison, dans tous les cas, adieu l'effet de surprise, parce qu'á l'époque, ce fut une vraie surprise entre la furia punk et le rock FM.Donc, tant mieux, un album, une légende et on s'en contentera. je finirai en disant que le son minimal fait que ce vynil n'a pas pris une ride...ce qui n'est pas le cas de certains albums de New Order, groupe que j'adore pourtant mais que j'ai du mal á écouter :-)))))) Insérer un commentaire : |
