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Yeasayer - Odd Blood (avant-première)

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Posté par Rémi Boiteux le 2010-02-05



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C’est à Yeasayer, responsable d’un inégal mais sympathique premier album en 2007 (“All Hour Cymbals”) et adoubé par une belle contribution à l’inusable compilation Dark Was The Night l’année dernière, que nous devons la leçon du jour: il faut parfois savoir débrancher le radar à bon goût.
 
Tout, ou presque, devrait en effet nous inciter à fuir “Odd Blood” dès la première écoute, tant ce nouvel album est truffé des scories qui nous font honnir les pires exactions de la pop mainstream d’il y a -déjà- 30 ans. A ce titre, le morceau “Madder Red” est parfaitement représentatif du potentiel crispatoire de l’ensemble: ce rythme et ces “ouhouhouhouhouuuuh” de Prisunic, on a suffisamment dit: plus jamais ça. Et puis la facture de la chose révèle sa haute tenue sitôt qu’on daigne y revenir, jusqu’à rendre profondément émouvant au final ce morceau qu’on s’était juré de vomir quelques minutes plus tôt.
 
L’ensemble de l’album fonctionne sur ce piège qui n’en est pas un -nos a priori (souvent utiles voire vitaux, rappelons-le tout de même) peuvent nous tromper- et dessine une uchronie infiniment touchante, dans laquelle Wham!, Toto ou Europe auraient signé de grands disques. Passé l’impérial introductif “The Children” scandé au vocoder, chaque plage tente de transformer le plomb en or -ou plutôt de fourguer malicieusement de l’or en contrebande, le faisant passer pour du plomb, pour la beauté du geste. Et de la beauté, il y en a, et du geste aussi: “Odd Blood” est un disque qui remue (les genres) et fait remuer (les jambes), de l’addictif et un peu débile gimmick rythmique du single “O.N.E.” (une scie qui se termine en hystérie Of-Montrealaise) au rock’n’roll travoltesque de “Mondegreen” en passant par le R’n’B d’un “Love me Girl” qu’on croirait cosigné par Justin Timberlake.

Clairement plus affirmé que son prédécesseur, le nouvel album de Yeasayer affiche une confiance en soi jamais hautaine, souvent enthousiasmante par contagion -et parfois un peu fatigante par excès d’excès, mais ça ne l’empèchera pas de trouver sa (bonne) place, légitime, parmi les cadeaux du ciel qui font que nous traversons la période la plus excitante pour la pop depuis bien longtemps. Il serait donc dommage qu’il devienne une victime collatérale de la bombe Vampire Weekend, les deux groupes chassant sur des territoires voisins mais complémentaires. Moins dynamique et catchy que “Contra”, “Odd Blood” séduit à sa manière faussement racoleuse, pas vraiment pute -plutôt comme une très jolie fille qui aurait mis beaucoup trop de maquillage et en ressortirait, contre toute attente, nimbée d’une étrange beauté.


Sortie de l'album le 9 février


 




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