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Yeasayer - Fragrant World (avant-première)

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Posté par Rémi Boiteux le 2012-08-16



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Une des premières grandes chansons de Yeasayer s’intitulait 2080, on y entendait ces mots: I can’t sleep when I think about the future I was born into. Odd Blood, le deuxième album, sonnait comme une proposition impossible: «et si la world pop mainstream la plus cheesy des 80s avait produit un grand disque?».

Ainsi, Yeasayer serait LE groupe de l’uchronie. Leur nouvelle expérience s’intitule Fragrant World et, s’ouvrant avec le morceau Fingers never bleed, invoque d’emblée à nous l’image de l’Homme Qui Avait Toujours Des Pansements Aux Doigts. Impression confirmée, validée, incarnée de toute ses forces dès l’immense Longevity, piste 2, cette voix passée au tamis de l’âme et du computer, ces hoquètements qui s’adressent aux corps, ce beat massif: Fragrant world sera le disque qu’aurait dû enregistrer Michael Jackson à l’orée de ce siècle. Les guitares à peine parcimonieuses et la couleur funk synthétique de l’ensemble enfoncent le clou, le nouvel album de Yeasayer est un disque de R’n’B -et réalise les fantasmes que d’aucuns ont cru pouvoir placer en ce genre depuis une quinzaine d’années. D’ailleurs, un des sommets du présent disque, The Devil and the Deed, sonne comme le meilleur single jamais enregistré par Britney Spears. Et cela de la part d’un groupe indé (hipster? peut-être, who cares?) de Brooklyn. Donner, pour l’auditeur, existence à des mondes invisibles: c’est (avec l’idée qu’on est aussi voire surtout là pour s’amuser) l’un des fondamentaux pop auxquels Yeasayer n’a de cesse de revenir. Fondamentaux en vigueur depuis les quatre évangelistes de Liverpool -au fait, quelle est la mission de l’évangéliste sinon réécrire l’Histoire pour lui conférer une portée magique ?
 

De magie il sera beaucoup question au fil de l’album, à dominante noire. Si un morceau, se concluant en l’un de ces mantras finaux dont le groupe a le secret, se nomme Demon Road, le titre le plus littéralement démoniaque ici est sans doute Reagan’s Skeleton aux portes duquel on est prié de débrancher son détecteur de mauvais goût: on n’est plus tout à fait sûr d’être au Studio 54 surcocaïné ou au Macumba, bourré au malibu devant un set d’Emile et Images - peu importe puisque tout se résoud en un break choral quasi-hawaïen et nous laisse épuisés et ravis au beau milieu d’une deuxième face d’album riche d’expérimentations et de bifurcations tordues (là où l’ouverture faisait plutôt la part belle aux formules catchy). 

Expérimentations ? Indice de l’origine de cette magie dont il était question plus haut: «toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie» (Arthur C.Clarke). Manifestement boostée aux OGM et aux nanotechnologies, la musique mutante de Yeasayer a de quoi faire fuir les intégristes du bio. Comment douter pourtant qu’Anand Wilder, Chris Keating et Ira Wolf Tuton ne nous veulent que du bien ? Certes, leur nouvel album est plus monochrome et moins varié que le mirifique Odd Blood et semble à première écoute avare des moments d’exaltation bucolique qui font qu’on aime Yeasayer d’amour. Les rythmiques nous assaillent, certains virages commencent par nous perdre en route (l’incroyable Folk Hero Shtick) mais le jeu en vaut la chandelle et les Yeasayer restent ces chamans pop de l’hybridation musicale, esthétique, technologique, biologique, et surtout le groupe dont tout le monde a besoin aujourd’hui. Se faufilant entre le solide Dirty Projectors et le prometteur Animal Collective, Fragrant World est l’indispensable compagnon d’un été qui comence fin août -bienvenue dans le futur antérieur, imparfait, prospectif, flippant, délicieux. 


 


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