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Wolfgang Flür – "Kraftwerk – J’étais un robot" (livre)
Dossiers/hommages
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De 1973 à 1987, Wolfgang Flür fut l’un des quatre membres de l’un des ensembles musicaux les plus révolutionnaires des cinquante dernières années, Kraftwerk. Est-il encore bien nécessaire de rappeler que, sans le groupe de Düsseldorf, la musique électronique aurait peut-être vu le jour mais n’aurait probablement pas tout à fait été la même ? Et que, par conséquent, le son de la (quasi) totalité de la production musicale de ces trente-cinq dernières années serait certainement aussi très différent… Au fond, le vrai génie de Kraftwerk fut de faire rentrer l’avant-garde musicale la plus ardue (celle de Stockhausen) dans les formats pop les plus accessibles au commun des auditeurs. Flür en fut donc l’un des membres, d’Autobahn, véritable acte de naissance du groupe après quelques années de tâtonnements un peu erratiques, jusqu’à Electric Café, matérialisant le début d’une sévère panne d’inspiration qui ne tarderait pas à conduire Kraftwerk à l’impasse artistique. Enfin, disons plus précisément qu’il CROYAIT en avoir été un des membres ! Son livre n’est pas, au départ, un livre SUR Kraftwerk mais davantage une forme d’autobiographie. C’est d’ailleurs un peu sa limite tant Flür, en dépit de la sympathie sincère qu’il semble inspirer à tous ceux l’ayant approché, manque singulièrement d’envergure pour que les anecdotes de sa vie nous passionnent tout à fait. Il eut aussi fallu qu’elles fussent comptées avec un peu plus de style que celui dont il fait preuve et l’espèce de "naïveté" manifestement sincère dont il fait preuve à chaque instant de sa vie face à de nouvelles expériences finit à la longue par lasser. Ou disons plutôt que l’on peine un peu à avoir les mêmes capacités d’étonnement que lui, pour tout et pour rien… D’un ancien Kraftwerk, on était en droit d’attendre aussi et surtout un livre sur la musique et principalement sur le processus musical à l’œuvre dans le si mythique studio Kling-Klang, le laboratoire du groupe. Or, de musique, il est finalement ici très peu question, particulièrement celle de Kraftwerk (Flür est finalement plus disert sur le projet qu’il finit par initier une dizaine d’années après son départ du groupe, Yamo, dont il reconnaît d’ailleurs à demi-mot que ce livre constitue aussi un support de promotion… il est vrai qu’il a quelques raisons pour ça, mais on y reviendra). ![]() Wolfgang Flür, Karl Bartos, Ralf Hütter & Florian Schneider (dessin tiré de la pochette de "Trans-Europe Express") Mais pourquoi "croyait" en avoir été membre, s’impatiente le lecteur ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?!? Eh bien elle est assez incroyable et c’est là, dans sa dernière partie rajoutée lors de sa deuxième édition allemande, que le livre prend au fond tout son réel intérêt ! S’il parle donc peu de la musique de Kraftwerk elle-même, le livre ne manque évidemment pas de petites anecdotes sur un groupe qui a toujours savamment entretenu le mystère en n’accordant interviews qu’au compte-gouttes, surtout la gloire internationale arrivant. Pour autant, ne s’attendre à aucune révélation fracassante, aucun ragot croustillant, on n’est certes pas chez Mötley Crüe ! Nulle chambre d’hôtel dévastée, nulle groupie "gangbanguée" (quand Wolfgang couche avec une fan hongroise, c’en est touchant de romantisme adolescent…), pas l’ombre d’une overdose ou d’un caprice de star. Avant de devenir des "hommes-robots" (ou "men machine", si on préfère), les quatre Kraftwerk étaient surtout des hommes à peu près comme vous et moi, d’une banalité très lisse. Que le groupe ne soit réellement que l’addition de Ralf Hütter et Florian Schneider d’un côté (ses deux créateurs d’origine) + Karl Bartos et donc Wolfgang Flür de l’autre (recrutés au fil du temps mais avant que le groupe n’explose médiatiquement et commercialement) ne constitue pas non plus exactement la révélation du siècle… Tout juste prend-on conscience, au fil des années, des enregistrements et des tournées, du caractère profondément autocratique de Ralf et Florian, décidant absolument de tout et ayant parfois à peine la délicatesse d’en informer Karl et Wolfgang. A la longue, cette attitude ainsi qu’une fuite en avant dans un "devenir robot" un peu malsain… et un réel manque de considération financière, finirent par lasser profondément Wolfgang Flür, qui ne se reconnaissait plus dans le projet de départ. ![]() L'époque des jours presque heureux... Bref, on ne ressort pas de la lecture de la première partie du livre (qui en constitue la plus grande part) avec une immense sympathie pour Hütter et Schneider, c’est certain. Plutôt la confirmation que, en tant qu’êtres humains, ces types ne sont pas à la hauteur de leur génie musical. Mais s’ils étaient les seuls dans ce cas… Seulement voilà, la sortie du bouquin somme toute plutôt inoffensif de Flür (du moins la version que nous avons aujourd’hui dans les mains grâce aux éditions du Camion blanc, qui ont eu l’heureuse initiative d’en publier la version française) va faire sortir le loup du bois, un véritable loup-garou, en l’occurrence ! On passe ici tous les détails (il n'y a qu’à lire le bouquin, après tout !) mais les deux membres originels restants de Kraftwerk (Bartos finit lui aussi par se lasser de son statut de "troisième roue du carrosse" et partit peu après Flür) mettent une large partie de leur énergie, depuis 1999, à empêcher purement et simplement la sortie du livre ! Ou au moins à en contester bon nombre de passages qui semblent pourtant peu suspects de mensonge de la part de leur auteur. L’une des pommes de discorde porte ainsi sur l’"invention" par Flür du fameux "pad" qui a fait l’une des originalités du groupe, sa batterie électronique, première du genre. On ne se prononcera pas pour savoir précisément quels sont les mérites des uns et des autres dans cette innovation mais il semble évident que Wolfgang en fut l’un des concepteurs et en tout cas son premier utilisateur notamment sur scène, ce qui est assez facile à démontrer. Eh bien justement, Ralf et Florian s’emploient depuis à ce que le premier passage de ce qui n’était encore qu’un trio (Bartos n’avait pas encore été recruté) à la télévision allemande, qui constitua la première sortie médiatique du pad, soit le moins visible possible ! Pire, nettement plus inacceptable encore et terriblement humiliant : lors de la réédition des albums de Kraftwerk il y a quelques années, les noms de Bartos et Flür furent purement et simplement effacés des pochettes, Hütter et Schneider prétextant qu’ils n’avaient été que des collaborateurs passagers au milieu de beaucoup d’autres à cette époque ! On comprend dès lors mieux pourquoi le groupe s’amusait à reprendre à son compte l’imagerie graphique nazie et/ou soviétique dans les années 70 (particulièrement à l’époque de The Man machine) : les méthodes de Ralf et Florian n’en sont pas très éloignées… Flür ayant fait l’erreur de signer son projet personnel Yamo chez EMI, le même label que Kraftwerk, il a vite compris ensuite pourquoi sa maison de disques mettait aussi peu d’énergie à faire la promotion de sa musique. A l’évidence, il s’agit de ne pas froisser la susceptibilité de Hütter et Schneider… ![]() Wolfgang Flür aujourd'hui Difficile de ne pas prendre fait et cause pour le gentil Wolfy en lisant son livre. Mais difficile aussi de ne pas ressentir un léger malaise… Kraftwerk fonctionne pour Flür comme un élément d’attirance-répulsion assez compréhensible (on n’efface pas comme ça quinze ans de participation à un projet musical aussi fascinant) mais surtout comme un "fonds de commerce" sans lequel lui-même n’existerait pas médiatiquement (difficile d’en juger tant les disques de Yamo sont peu accessibles aujourd’hui mais il semble que sa musique ait peu de chances de faire de l'ombre à celle du duo Ralf & Florian... ce qui rend d'autant moins compréhensible leur acharnement à la rendre inaudible !). En tout cas, les seules qualités littéraires du livre n’auraient certainement pas suffi à sa publication… PS : Après un long silence discographique à peine interrompue par quelques enregistrements assez dispensables (The Mix, Expo 2000…), ce qui reste de Kraftwerk fit un retour nettement plus convaincant en 2003 avec Tour de France soundtracks (même si l’album ne vaut évidemment pas Trans-Europe Express, The Man machine ou surtout Computer world, personnellement mon préféré). Lors de la tournée qui s’en suivit, le groupe se présenta sur scène avec quatre membres, comme si de rien n’était (les deux autres n’étant évidemment pas Flür et Bartos). La vérité oblige à dire que les concerts furent excellents (en tout cas celui du Grand Rex parisien, en 2004) et que, paradoxalement, Ralf et Florian y parurent assez humains, peut-être plus qu’ils ne veulent bien le montrer… L’enregistrement du mythique passage de 1973 sur la ZDF. On est alors très loin de l’imagerie des hommes-robots ! Wolfgang Flür, c’est le batteur à la jolie moustache qui joue avec des aiguilles à tricoter en guise de baguettes ;-) Pour en savoir plus et en images sur le parcours de Wolfgang Flür, sa vie, son œuvre : Pour acheter le livre sur amazon.fr
Commentaires
De : Showroom Bornu Un livre qui en effet est avant tout un livre sur Wolfgang Flür avant d'être un livre sur Kraftwerk mais qui n'en reste pas moins passionnant à mes yeux, au moins pour les débuts du collectif et l'ajout méticuleux d'éléments disparates (Flür puis Bartos après avoir essayé un guitariste et d'autres musiciens si ma mémoire est bonne). Ce récit des coulisses et des prémices de ce groupe majeur rajoute presque à sa mythologie bien que Flür mette en effet un point d'honneur à paraitre humain, terriblement humain dans un groupe et une histoire devenant de plus en plus robotique (vision à mon avis un poil subjectivo-caricaturale de la réalité). D'ailleurs les déboires et les procédures liés à ce livre sont autant liés au déni de l'apportde pour Kraftwerk de Flür et Bartos que rattachés à une volonté de garder entier et plein le "mythe" Kraftwerk et de ne rien dévoiler de ses coulisses. Un livre très intéressant néanmoins De : Claude Je ne sais pas si c'est du à la traduction, mais le livre de Wolfgang souffre effectivement d'une absence totale de style. Etonnant quand on sait le soin quasi maniaque apporté par les quatre dandies de Düsseldorf à tout ce qu'ils créaient à la grande époque de Kraftwerk. A part cette absence, c'est un livre de Mémoires intéressant. Insérer un commentaire : |
