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Woland Athletic Club - Marguerite |
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Voilà ce qui s’appelle un Ovni. Et vous savez quoi ? J’aime les Ovni. La première écoute de « Marguerite » m’a complètement dérouté, mais suffisamment intrigué pour titiller ma curiosité. Evidemment, si vous aimez les produits calibrés, vous pouvez passer votre chemin. Circulez, y a rien à voir !
Bien, maintenant que nous sommes entre nous, on peut continuer. Est-ce du jazz ? Est-ce du rock ? La réponse a-t-elle une quelconque importance ? Si je devais tenter de situer Woland Athletic Club, de façon approximative, je citerais les cintrés du mouvement RIO (rock in opposition : Henry Cow, Etron Fou Leloublan, tout ça) et l’école de Canterbury, dans ses aspects les plus surréalistes – un Robert Wyatt ne renierait probablement pas leur « Revolution ». Dire qu’on délire grave, ici, relève de l’euphémisme. Attention, délire ne signifie pas n’importe quoi. La musique de WAC est d’une grande inventivité, la plupart du temps inattendue, souvent radicale, pleine de surprise et d’humour, folle, dingue, trépidante, absurde (c’est un compliment)… Et surtout libre, libre – LIBRE, vous dis-je ! Un bon exemple : « Question Mark » qui parvient à partir dans tous les sens sans s’éparpiller, tout en gardant une cohésion de bon aloi. Dit comme ça, ça a l’air bizarre ; je vous rassure, ça l’est. Par contre, n’essayez pas de faire ça tout seul chez vous, vous risqueriez de vous faire mal. Presque entièrement instrumental, ce morceau (9.20 minutes au compteur), tout en montagnes russes, bascule dans une frénésie vocale à 3.13 minutes, avant de quasiment imploser à 3.37 minutes, de s’étirer, en suspension dans l’espace, avant de reprendre son rythme de croisière à 6.48 minutes – rythme de croisière signifiant chez WAC une envolée free de fort belle facture.
Une des grandes forces de WAC, c’est qu’au-delà du côté déjanté qui saute aux oreilles, et peut faire fuir ceux qui ont circulé au premier paragraphe de cette chronique, se dévoile un sens aigu de la composition, une palette d’une grande richesse, des détails qui se révèlent petit à petit. Les mélodies, car il y en a, même si elles peuvent apparaître déstructurées, s’insinuent lentement, mais durablement, dans votre tête (« Lip 1 », « Lip 10 », « Revolution »). Et même si les morceaux oscillent entre 7 et 10 minutes – le plus court fait 5.58 minutes – la constante mobilité de l’imagination, la recherche permanente, mais jamais gratuite, d’exploration, nous entraîne dans des contrées inconnues, sans lassitude aucune (« Du rafting dans les ruelles » ou l’époustouflant « Nÿu »).
Woland Athletic Club, c’est Nicolas Stephan (voix, saxophones, glockenspiel, petite batterie), Antonin Rayon (orgue Hammond B3, Clavinet, vieux glockenspiel en bois, chœur) et Sébastien Brun (batterie, MS10, mellotron, petite voix), assistés de Boris Boublil à l’orgue et Anne-Sophie Arnaud aux (je cite) « excentricités corporelles et/ou acte théâtral » (l’entend-on sur le disque ? Je l’ignore, mais avec des capteurs, tout est possible, et les gestes peuvent parfois devenir sons – cf. le travail de Kasper Toeplitz avec la danseuse Déborah Lary sur « Inoculate ? »).
J’en profite pour signaler que ce disque sort sur le label Carton qui s’avère être, pour ce que j’en connais (Gilles Poizat, Ok), une pépinière de talents pour le moins singuliers.
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