bandeau

 





 Rock en Seine 2010 : Toilettes sèches et scène humide (on aurait préféré l'inverse)

 Ariel Pink's Haunted Graffiti - Before Today

 Alexandre Chatelard - L'homme et la femme

 Cloud Cult - Light Chasers

 The postmarks - Memoirs at the end of the world

 Arcade Fire - The suburbs (Arcade Fired ? part 2)

 Arcade Fire - The suburbs (Arcade Fired ? part 1)

  Johann Heinrich Schmelzer - "La margarita" - Armonico Tributo Austria (Arcana)

 Jean-Sébastien Bach - "L'Art de la fugue" - Bernard Foccroulle (Ricercar)

 Eels - "Tomorrow Morning"

 Entretien avec Natureboy

 Bastien Lallemant – "Le Verger"

 Teenagers in Tokyo - "Sacrifice"

 Gabriel Yacoub invite Malicorne - Francofolies - La Coursive - le 15 juillet 2010

 Ronnie Lynn Patterson - "Music"

 Dez Mona - Hilfe Kommt

 Hellfest 2010 : Trois jours de pets et de musique part 2

 Hellfest 2010 : Trois jours de pets et de musique part 1

 The Coral - "Butterfly House"

 Claire Diterzi - "Rosa la Rouge"

Tous les articles Musique

Musique

Variations sur l'homme qui vendit le monde

Dossiers/hommages
Posté par Menear le 2007-10-17



Image principale
Ouvrir
 
Il y a dans le répertoire d'un type comme Bowie beaucoup de chansons qui marquent (et beaucoup de chansons qui restent, mais ce ne sont pas toujours les mêmes) : le mythique The man who sold the world en fait partie. Chanson sortie en 1971 sur l'album éponyme et sombre de Bowie (et sur cet album-là se trouve un autre bijoux, All the madmen, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici-même), elle passe à l'époque relativement inaperçue (en même temps que l'album d'ailleurs, qui ne décolle pas vraiment commercialement, on se réfère à cet article pour plus de précisions). Et puis les années, les décennies passent, et cette chanson on l'oublie un peu, on, le « grand public », on va dire, et puis voilà qu'au bout d'un moment cette chanson est ressortie des cartons. De nombreux artistes, venus d'horizons différents, la reprennent, et le maître lui-même daigne la repêcher de son répertoire oublié pour ses nouvelles sorties en live. La chanson renaît, enfin on l'apprécie à sa juste valeur. Et aujourd'hui, elle figure toujours dans les tournées récentes de Bowie (Reality tour), l'air est universellement connu, la chanson est entrée dans la panthéon des chansons pop, de nombreux chanteurs amateurs se la réapproprient pour trois ou quatre minutes de gloire youtube. Une très bonne chanson (pourtant pas la meilleure de l'album, mais ça ne veut rien dire) qui, comme toute très bonne chanson pop, s'est déclinée à travers les années, a évolué en même temps que ces artistes qui, tour à tour, l'ont remaniée à leur sauce.






La première version, la version album, est déjà excellente. Tout y est : la part sombre de Bowie notamment explorée à travers les arrangements au synthé que découvre Tony Visconti, le traitement de la voix qui déforme le chant (procédé que Bowie reprendra tout au long de sa carrière, de Station to station à Earthling en passant par Scary Monsters) : autant de manipulations du son qui permettent de creuser cette atmosphère glaçante qui émane de la chanson, et de l'album entier. Et « tout y est », c'est vrai, à commencer par ce riff de guitare saillant de Mick Ronson qui va souder les différents éléments de la chanson, qui va lui donner son identité, également.

L'autre grande version de The man who sold the world, c'est bien évidemment Nirvana qui la produit pour son célèbre MTV Unplugged. La plus marquante ne veut pas dire la meilleure (si tant est que la « meilleure », ça veuille également dire quelque chose), qu'on soit bien clair. La voix de Cobain et, rétrospectivement, la proximité de son suicide à venir, confère à cette version une dimension toute autre : c'est un Man who sold the world grinçant, quasiment rouillé, écartelé, qui, bien que très proche de la version d'origine, s'écarte radicalement de ce conte noir de science-fiction pour plonger dans une réalité très concrète. C'est bien pour cette raison avant tout que la reprise de Nirvana est importante : elle va actualiser cette chanson un peu marginalle, peut-être un peu datée et, surtout, résolument fictionnelle.





Loin d'être ma préférée, cette version a tout de même eu le mérite de remettre au goût du jour une chanson plus ou moins oubliée : ce n'est qu'après cette reprise que Bowie la reprend dans son répertoire pour ses concerts et/ou interprétations télévisées. C'est par ailleurs l'époque où Bowie, renforcé par de jeunes groupes comme Nine Inch Nails ou Nirvana qui le citent en référence, sort la tête de l'eau après quelques années difficiles, et redevient artistiquement pertinent (cela coïncide grosso modo avec l'avènement de Outside, le grand album du Bowie des années quatre-vingt-dix, voire même le grand album de Bowie tout court). S'en suit alors des interprétations décalées qui (sauf lors du Reality tour ou du Live at the Beeb) s'apparentent presque à des émanations atmosphériques, qu'il s'agisse de version acoustique comme pour la première des deux vidéos suivantes ou résolument électronisante comme pour la seconde (et, plus encore, lors du concert anniversaire des cinquante ans de Bowie au Madison Square Garden, pas d'images en revanches pour cette version-ci). Une dimension plus mélancolique se dégage de ces variations : sorte de nostalgie incohérente d'autant de « narrateurs » presque plaintifs. Des interprétations intéressantes ; la version acoustique de 1996 présentée ici est peut-être la plus touchante.




Et dans toutes ces versions précédemment évoquées, les mêmes bases, le même ciment unifie le tout : ce riff de Mick Ronson, souvent reproduit à l'identique, comme une signature unique, une mélodie universelle qui à elle seule symbolise le morceau. A ma connaissance, une seule version travestit le riff originel, et c'est aussi ma version préférée, étrangement. Il s'agit d'une reprise co-produite par Bowie pour Lulu, chanteuse écossaise, en 1974, à grande dominante cabaret et où le saxophone tient une place importante, où la voix se fait presque soul (les esthétiques de Diamond Dogs et Station to Station ne sont pas loins). La chanson devient plus bigarrée, les arrangements sont parfois fantaisistes (ce xylophone que l'on entend dans le fond, quelques notes au piano), et tant pis si le final est un peu long (il manque le mysticisme des coeurs que l'on retrouvait dans la version album ; non pas qu'ils manquent pour la cohérence de la chanson, mais tout simplement pour retenir le refrain d'être trop saoulant) mais quelle drôle de version, au bon sens du terme. Et tant pis si la performance vocale de Lulu, au final, est résolument anecdotique.



Difficile de dire, en revanche, pourquoi The man who sold the world et pas All the madmen, After all et Saviour Machine (les autres très bonnes chansons issues du même album). Difficile de comprendre ce qui fait, au juste, une chanson qui marche, qui parle, qui reste. Et, à l'inverse, une petite pensée pour toutes ces chansons de Bowie restées dans l'ombre, que j'adore et qui ne bénéficie pas de la même « renommée ». Une petite remise au goût du jour s'impose donc : la reprise de Lady Grinning Soul par Arcade Fire c'est pour quand ?

Billet écrit avec la bible de David Buckley sous la main. Je n'ai pas évoqué toutes les versions, bien sûr, il y en aurait trop eu, la page aurait saturé de vidéos youtube, je n'ai mentionné que celles qui, pour moi, sont les plus marquantes. Les autres vidéos disponibles se trouvent ici.

Retrouvez plus d'article de Menear sur "Omega Blue"


Retrouvez d'autres articles sur David Bowie :

La vie de Bowie - Vol 1 - décollage de la fusée Bowie (1967-1971)
La vie de Bowie - Vol 2 - Turn and face the strange (1971-1974)


Share/Save/Bookmark 


Commentaires
De : Jacques Tatillon

une chose me gêne avec cette chanson, c'est que David Bowie l'avait complètement mise de côté pendant des années et il fallut que Kurt Cobain la joue sur l'unplugged pour que d'un coup l'ami David se rappelle qu'il avait écrit ce tube de Nirvana et que "fallait tout de même pas déconner".
Depuis à chaque concert nous y avons droit, comme nous avons droit au petit "this is a song that i wrote..." du bonhomme histoire d'éviter absolument toute confusion.
Un côté de Bowie qui me crispe un peu, même si à la réflexion c'est peut être le seul.

De : mr_kenyatta

Je vais me permettre de m'autociter sans aucune vergogne en rappelant que la version Nirvana unplugged de cette chanson doit énormément, c'est un euphémisme, à celle de l'ancien leader des Bongos, Richard Barone, sur son superbe album solo (et tout aussi unplugged), "Cool blue halo"... en 1987 ! (http://culturopoing.com/Blogs/Musique.php3?Id=196)
Connaissant la grande et pointue érudition musicale de Cobain, ainsi que son excellent goût en la matière, je ne peux pas croire qu'il ne connaissait pas cette version ;-)
Je vous la mettrai en streaming bientôt si vous êtes sages !

De : Menear

J'ai failli parler de cette version dans mon article, ayant effectivement lu le tiens la semaine dernière, et puis je me suis ravisé, étant donné que quelques jours plutôt je n'avais jamais entendu parler du bonhomme... ^_^;



De : mr_kenyatta

Ta grande déontologie t'honore ! :-)

De : mr_kenyatta

La fameuse version Richard Barone, donc, comme promis ;-)


Insérer un commentaire :
Nom ou pseudo :


Commentaire :


Veuillez entrer le mot a dans la case ci-dessous:


 

 

Recherche sur le site

 

         Les sorties
         Hors actu
         Entretiens
         Dossiers/hommages



FERMER