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Vampire Weekend - Contra

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Posté par Rémi Boiteux le 2010-01-12



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A la réjouissante vague de renaissance de l’indie-pop ayant pour épicentre Brooklyn, manquait encore un blockbuster, un disque qui prendrait sur lui le risque d’agacer non par sa seule virtuosité, mais par son potentiel fédérateur. “Merriweather Post Pavillion”? trop délayé dans le barré (trop Animal Collective, finalement).“Bitte Orca”? passé quasi inaperçu (mais ceux qui l’ont vraiment écouté savent que les Dirty Projectors auront leur heure s’il existe une justice). Ces deux mémorables pièces -on me souffle “Veckatimest”, mais...passablement gonflant, non?- pour emblématiques de l’acme pop qu’elles soient, restent à la lisière de la lumière des spotlights universels. Il manquait le disque qui saurait prendre acte de ces excitantes propositions pour les traduire dans un idiome rassembleur. Il était écrit dans les astres, sans doute, que le deuxième album de Vampire Weekend serait Celui-ci, après un premier effort ô combien sympathique mais peut-être trop centré ska pour prétendre à l’ampleur exigée par la Mission.
 
Si le premier abord fait plutôt la part belle à la sensation de continuité avec ce bon prédécesseur, les écoutes suivantes révèlent progressivement le considérable chemin parcouru, en un temps finalement court, par Rostam Batmanglij (finesse et sophistication des arrangements et de la production) et Ezra Koening (dont l’écriture s’est remarquablement densifiée), figures de proue d’un quatuor dont la communion ne fait aucun doute. Outre cet indéniable passage à la division supérieure, on notera au rang des nouveautés une coloration électro parfaitement dosée et du meilleur effet. Et puis, sous sa pochette appelée à un destin iconique (et par-delà la collection de chansons toutes intrinsèquement magiques), l’objet renoue avec l’album conçu comme tel: il y a clairement deux faces ici, d’abord un carré de bombes pop définitivement imparables (“Horchata”, “White Sky”, “Holiday”, “California English”, montrez-moi quelqu’un capable de résister à ça et je vous montrerai un triste sire) conclu par une ballade sublime (“Taxi Cab”, ou la première très grande chanson signée par le groupe), puis une face B plus aventureuse, où les morceaux s’autorisent à être un peu trop longs, à prendre des détours imprévus, à sampler M.I.A., et à finir dans une langoureuse mélancolie (“I Think Ur a Contra”) - à l’exception de l’abrasif single “Cousins”, réinjectant cet enthousiasme roboratif qui inonde les nombreux moments extatiques (le climax de “Run”, mon dieu!) d'un disque semblant résonner, en partie, de la déflagration du monstrueux “Brother Sport” d’Animal Collective. 

Amusant, sinon, de remarquer avec quelle facilité les détracteurs du groupe tombent dans le racisme de classe en avançant l’argument “gosses de riches/blancs becs” (un peu comme avec Phoenix chez nous). Et après? A l’écoute -ravie- des arrangements et des harmonies de “Contra”, on est bien contents que leurs parents aient pu leur payer des cours de piano. Et le cosmopolitisme de leur musique doit in fine (et fort heureusement) plus à Joe Strummer qu’à UB40. La voix présente éventuellement un plus raisonnable sujet de division, exactement à la manière de celle de Dave Longstreth des Dirty Projectors à laquelle on songe dans ses plus acrobatiques moments. Il va sans dire que votre serviteur y adhère totalement puisqu’il aime d’amour ce disque, premier instant classic de la décennie pop.
 
Car les années 10 auront pour longtemps, déjà, le visage d’une jeune femme avec un polo jaune.


 
 




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