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Turzi - " A "
Les sorties
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Impressionnant premier véritable album pour Romain Turzi, musicien français qui s’est fait connaître l’an passé avec la sortie d’un mini LP intitulé «Made under authority» dont émergeait et émergea « Derrick Starter », un savoureux morceau de musique électronique gouailleuse et entrainante. Sur ce premier opus les ambiances planantes primaient, même si déjà les morceaux étaient enveloppés dans des textures plus «rock» avec l’apport d’un véritable groupe guitare/basse/batterie. Une sorte de Pink Floyd sous obédience Kraftwerk pour faire court et étiqueteur. Nous retrouvons d’ailleurs sur l’album cet orchestre accompagnateur sobrement baptisé depuis « Reich 4 », nom qui nous laisse pantois avant de reprendre bien vite une veine amicale lorsqu’on apprend qu'il se réfère au travail de Steve Reich et en particulier de son album « Four organs ». Steve Reich ? Un musicien éminemment important dans l’histoire de la musique et une œuvre centrée sur le double thème du minimalisme et du répétitif, un artiste majeur du siècle dernier et une grande influence pour tout un pan de la musique électronique, pas le moins intéressant d’ailleurs. « A » est le premier volet d’un triptyque d’ores et déjà conceptualisé et dont les prochaines échéances prendront forme et vie sous le nom de « B » et « C » (on l’aurait deviné). J’utilise sciemment l’expression « Forme et vie » tant on a l’impression en effet que cette musique a été théorisée avant d’être jouée et tant aussi elle parle à nos sens. Car il y a de la vie dans ces paysages sonores, froids par nature mais chaleureux dans le grain, paysages dont la pulsation nous imprègne des premières mesures jusqu’aux dernières. Un assez saisissant travail. ![]() Cet album, quel est-il donc ? Le premier nom qui vient à l’esprit à son écoute est Kraftwerk. Il faut dire aussi que l’instrumental inaugural sonne comme un hommage pas même déguisé à ce formidable groupe de Düsseldorf. Une musique froide et belle, une musique toute synthétique et inspirée, une magnifique entrée en matière. La suite suit davantage les pas du groupe Neu!, groupe expérimental allemand du début des années 70 dont la poignée d’albums a scellé avec d’autres la naissance de ce qu’on appelle le « Krautrock ». Krautrock ? Kezako ? (je parle là à notre jeune public pour qui le mot « Gong » rappelle davantage une série télé que le groupe trippant de la même époque Pompidolienne et pour qui Idi-Amon Du-Düül est le nom d’un dictateur africain à la verve toute « Pagnolesque » (sic). Et encore je parle là des moins hébétés d’entre eux comme vous l’aurez deviné). C’est un mouvement essentiellement Allemand qui prit naissance au tout début des années 70 et dont la musique, essentiellement instrumentale, était basée sur l’improvisation avant toute chose et son rejet des formats « pop » (chansons, couplet, refrain, courte durée etc.). Pour schématiser on peut y déceler deux courants majeurs : - Le premier essentiellement électroniques et gorgés d’effets de studio, une musique planante et ambiante composée de longues plages de claviers vaporeuses. Citons Tangerine Dream (puis son démissionnaire Klaus Schulze) comme le groupe emblématique de ce courant. - Le second centré sur Can et Neu! Insiste sur l’idée de transe, de répétition et de minimalisme. On y décrit des paysages sonores décharnées et quasi-nues sur lesquels la répétition forme (pour les plus assidus des patients) transe. Un groupe comme Neu ! a influencé par ce son glacial et répétitif aussi bien Brian Eno et David Bowie (rien qu’à travers ce qu’on a appelé «La trilogie Berlinoise» pour les deux réunis) qu’un groupe comme Sonic Youth pour son penchant bruitiste et expérimental (distorsion, collage etc.). Entre les deux il annonçait aussi le punk, la Cold wave et puis le post rock, rien que ça ! On pourra maintenant dire que c’est aussi une influence majeure de Romain Turzi. Voilà pour un bref rappel historique, essentiel ici tant Romain Turzi et ses camarades prennent appui sur ces influences et ces univers pour mieux les magnifier. Ainsi, sur cet album, on retrouve au fil de deux à trois instrumentaux la patte si identifiable de Kraftwerk et sur la majeure partie du reste la texture et le harnachement cher aux Neu! mais à chaque fois dans leur veine à tous les deux la plus accessible, la plus immédiate, la plus mélodique. Car là où les groupes précités lorgnaient tout de même beaucoup par moment sur l’expérimental et l’abscond (C’est surtout vrai pour Neu!, Kraftwerk ayant aussi bien excellé dans l’immédiateté pop de «Das Model» que dans l’expérimental «Geiger Counter»), les compositions de Turzi sont d’emblée captivantes et prenantes. On bat de suite la mesure sans se demander vers où on nous amène, hypnotisés que nous sommes. Ainsi « Animal Signal » par exemple qui reprend la construction et le rythme du « Hallogallo » de Neu! dans ses grandes lignes et qui l’enrobe d’un dynamisme et d’une énergie (typiquement rock ?) proprement jubilatoire. On trouve sur l’album tout un ramassis de mélodies hyper basiques, nappées d’un accord de guitare en mode shuffle, d’une architecture basse/batterie impitoyable, de nappes de synthés endiablées; tout cela est hyper efficace. On y retrouve ce même soucis de l'énergie dans le traitement du son, un peu froid et sec mais par ailleurs terriblement dynamique de par la tension rythmique qui émerge de l'instrumentation, une tension qui a à voir peut-être avec la New wave. L’effet rendu est impitoyable, hypnotique, jouissif même le plus souvent tant l’immédiateté des mélodies et la qualité de leurs traitements épate. Vous l’aurez compris il est ici question davantage d’ambiance que de chanson, la voix d’ailleurs le plus souvent accompagne simplement la musique comme un simple instrument, le plus souvent trafiquée par divers effets (Vocoder etc.). A l’exception toutefois de « A notre Père », prière downtempo qui vient au beau milieu briser un peu l’équilibre jusqu’ici fatal de l’ensemble, un morceau qui rappelle que le catholicisme tient une grande place dans l’univers de Romain Turzi. Dont acte même si on regrette qu’un instrumental de la trempe de « Acid taste » et que deux morceaux aussi puissantes et magistraux que « Aigle « et « Amadeus » soient ainsi pareillement interrompus. Cela reste tout de même broutilles face aux immenses qualités de l'album, on est d'ailleurs impatient de découvrir tout ceci sur scène tant les compos semblent tailler pour y briller et nous emmener loin, très loin. Un petit mot enfin sur Record Makers (label initialement créé par les Air pour la sortie de « Virgin suicides », label avec lequel ils ont pris leurs distances depuis) sur lequel sort cet album et qui héberge aussi l’œuvre de Sébastien Tellier, soit donc deux des plus fascinantes œuvres actuelles composées sur le sol de France. Qu’on se le dise. Retrouvez d'autres articles sur Turzi : Sortie de "B", nouvel album de Turzi
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