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Tindersticks – "Falling down a Mountain"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-02-07



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Dans le coeur des amoureux des Tindersticks, il y a un avant et un après Curtains. Non pas que les albums ayant suivi le troisième du groupe soient de mauvais disques, mais on n’y retrouvait que de loin en loin ce qui faisait la force, notamment émotionnelle, de ses débuts. Ces chansons souvent aux parfums d’alcool fort (ou des petits matins suivant leur consommation abusive), ces dissonances toujours prêtes à éloigner de la joliesse décorative des mélodies pourtant somptueuses, des ambiances aux provenances parfois incertaines (souvent un peu d’Espagne ou du Mexique, comme l’annonçait la superbe pochette du premier album), ces clins d’œil à Ennio Morricone, cette soul réduite à l’épure (leur version d’I’ve been loving you too long), ce risque de la grandiloquence évitant constamment le ridicule pour toucher au sublime (Talk to me, sur le deuxième album), ces ambiances éminemment cinématographiques qui, très vite, n’échapperont pas à Claire Denis (elle leur a déjà confié la musique de Nénette et Boni, Trouble every day et 35 rhums, sans oublier la musique de Vendredi soir confiée à Dickon Hinchliffe ou celle du prochain White Material écrite par le seul Stuart Staples ; une collaboration au long cours qui n’est donc pas finie…), voilà tout ce qui faisait la marque de fabrique des premières années du groupe de Nottingham.

Avec les albums suivants (à partir de Simple Pleasure, donc), les Tindersticks avaient trop souvent un peu égaré ce qui faisait leur singularité, tirant parfois sur une soul pour le coup aseptisée. Venant de tout autre groupe débutant, on se serait certainement rapidement entiché de ces albums, mais des Tindersticks (ou de Staples en solo), on attendait plus. Jusqu’à ce que l’on finisse par attendre moins, content de l’annonce de l’arrivée d’un nouveau disque en dépit des turbulences (le line up originel a changé, avec les départs de Dickon Hinchliffe, Alasdair Macaulay et Mark Colwill en 2006), mais aussi résigné à l’idée que ça ne puisse plus être à nouveau tout à fait comme avant.
Et puis voici que, en ce début 2010 qui s’annonce décidément comme un grand cru, sort Falling down a mountain. Et la magie des années 90 des Tindersticks n’est pas loin d’opérer à nouveau, quasi intacte.

Tindersticks

Evidemment, le revers de la médaille est que cet album ne fait pas vraiment avancer le groupe vers de nouvelles directions. Mais n’en déduisons pas pour autant un retour pépère aux vieilles charentaises confortables. La musique prend à nouveau des risques, ceux de l’accident, de l’imperfection, de la dissonance, qu’elle avait largement perdus de vue, et c’est bien évidemment ça qui nous séduit plus que tout (en plus de la voix toujours inégalable de Stuart Staples et d’arrangements à tomber).
La chanson éponyme d’ouverture de l’album donne le ton : une longue et assez rêche psalmodie répétitive (l’influence de leur label canadien Constellation, depuis The Hungry Saw ?), qui ne risque pas de squatter les ondes (d’une manière générale, dans toute leur carrière, les Tindersticks ne les auront scandaleusement pas trop fréquentées, hélas). Gonflé de placer ce morceau en ouverture du disque, quand même ! D’autant que le reste joue beaucoup plus la carte de la mélodie. Keep you beautiful est une balade d’une beauté à pleurer, Harmony around my Table voit les Tindersticks s’essayer à la pop 60’s sautillante, mais à leur façon, le sublime duo Peanuts avec Mary Margaret "Miss America" O’Hara en évoque d’autres, plus anciens (A Marriage made in Heaven avec Isabella Rossellini, Travelling light avec Carla Torgerson ou Sometimes it hurts avec la regrettée Lhasa), She rode me down sent à nouveau la poussière du Nouveau-Mexique, Black Smoke et sa rythmique plus rock imparable, les délicieuses réverbs de guitare de No Place so alone, presque à la Bo Diddley, Factory Girls et sa montée émotionnelle comme aux belles heures de Tiny Tears

Et puis ces instrumentaux dont seuls les Tindersticks semblent avoir le secret, toujours terriblement cinématographiques. Ici Hubbard Hills (avec quelques notes de trompette en hommage à Freddie ?) mais surtout le magnifique Piano Music, le sommet de l’album, d’une prodigieuse richesse dans ses arrangements (quelles cordes !). Ce titre, qui clôture Falling down a Mountain de la plus belle des façons, laisse espérer un avenir glorieux pour la musique des Tindersticks, en ouvrant de nouvelles voies encore largement inexplorées. Et il ne nourrit qu’un seul regret, mais de taille : avec seulement dix titres (quand Tindersticks "I" en comptait plus du double !) et moins de 45 minutes, cet album est bien trop court…




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Tindersticks "Hungry saw"


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Commentaires
De : Florence

Ah super, les Tindersticks. C'est ça : les dissonances (de musiciens doués), la capacité à créer des émotions. C'était super en concert aussi.

De : a marriage made in Bornu

UN très bel album, contrairement à mon petit camarade j'ai adoré le disque précédent, the hungry saw, qui pour moi renouait avec la joliesse désenchantée des 3 premiers albums (là où les disques d'après comportaient de bons moments mais aussi de plus anecdotiques) et qui trouve ici une bien belle succession. La partie soul a toujours été partie intégrante du son Tindersticks (quels magnifiques morceaux que ces "People keep coming around", "Before you close your eyes"!!), comme beaucoup d'autres, c'est assez formidable de voir combien le groupe creuse album après album finalement un seul et même sillon en réusissant presque à chaque fois à charmer et à envouter.

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