Une ravissante dame brune (la chanteuse, voix un brin monocorde mais agréable, du moins sur disque) en pochette, un design vintage qui sent bon les solderies de Camden Town actuelles au rayon (pop 60’s), voici le nouvel album d’un groupe jusqu’ici inconnu au bataillon, les Postmarks (3 albums et un Ep répertoriés ceci dit, pas les Jacky Perdriau de l’année), un Memoirs at the end of the world agréablement futile.
On glane sur cet album au fil de l’écoute quelques pépites de pure pop altière (les deux titres introductifs surtout) estampillées sixties avec cordes sautillantes, roulements de batterie, ponctuations de clavier, on y trouve aussi du midtempo élégant (Thorn in your side ou encore All you ever wanted et son sitar manucuré), on y découvre enfin une poignée de titres impressionnants tant au niveau de l’inspiration que du travail de production (Don’t know till you try avec ses jolis ornements synthétiques de cordes et sa scie musicale perchée ou encore la juste parfaite For better or worse), on y savoure en fait quelques gimmicks addictifs qui suffisent le plus souvent à emporter l’adhésion. C’est en effet cette recherche souvent fructueuse d’arrangements, de parures méticuleusement achalandées, le tout lové dans une esthétique (visuelle, vocale et musicale) sentant bon la pop orchestrale yéyé dans la rythmique et yeah yeah! dans les chœurs qui rend cet album attachant.
La flute à frange ?
On pense par moment au Saint-Etienne de Good Humor (leur meilleur album non ?) même si eux pouvaient se targuer de faire une musique qui collait bien plus au corps et au cœur, on pense aussi à ce que pourrait donner un projet en mode « Dry martini & Foulard qui fend le vent en scooter le long de la French Riviera » des Cardigans pourquoi pas (certaines ambiances, surtout les deux interludes, se rapprochent du travail d’Hooverphonic également). On a aussi envie d’évoquer le projet des Last Shadow Puppets davantage pour l’idée d’une relecture distanciée des années dorées de la golden decade pop (tendance Scott Walker pour les LSP, tendance beaucoup plus commerciale ici) que pour une proximité d’ambiances et de son (si pour les Postmarks en effet le monde de la pop s’est arrêté en 1969, celui de la technologie lui est bel et bien arrivé jusque 2010).
Vidée d’une éventuelle substance pour ne garder qu’une délicieuse enveloppe, les floridiens de Postmarks semblent produire une pop de taxidermiste, un genre qui peut agacer certains par trop de posture et de maniérisme, une musique surtout prenante et simplement excellente.Ne boudons toutefois pas notre plaisir, les Postmarks ajoutent (et tant pis si la seconde moitié du disque n’est pas au niveau de la première) un nouveau chapitre à une improbable thèse, un travail de longue haleine qui s’intitulerait « Des trésors de l’inconséquence en pop music ».