Les 80’s ont probablement accouché du plus grand groupe de pop anglaise de la fin du 20ème siècle. Fort d’une ligne de guitare reconnaissable entre toutes, celle de Johnny Marr, et des textes les plus littéraires et désespérés de la pop, ceux de Morrissey, les Smiths ont définitivement marqué leur temps. Tout d’abord parce que les Smiths nous parle de ce qu’est l’Angleterre pendant la décennie 80 : Thatcher, la pauvreté d’une classe ouvrière humiliée, le libéralisme, le déclin de l’industrie et la rectitude d’une église et d’une royauté archaïque. Ensuite parce que les textes, en plus d’évoquer la morosité de la vie quotidienne britannique, nous parle de misère affective, celle qui fait dire « if you’re so funny /why you’re on your own tonight / if you’re so very good looking / why you sleep alone tonight ». Tout cela est renforcé par le chant plaintif voire hypnotique de Morissey et ses attitudes exubérantes.
Au début de l’été 1986 sort le 3ème album des Smiths, The Queen is dead, celui dont on se souvient le plus sans doute. Après une attaque tonitruante envers la royauté et la vacuité de son existence ("The queen is dead"), vient le désabusé "I know It’s over". Après "Bigmouth strikes again" et son criant « I’ve got no right to take my place in the human race », "The boy with the thorn in his side" offre une mélodie légère et délicieusement pop. Apparaît alors l’étrange "Vicar in a tutu" et ses accents rockabilly, césure folk et dansante au milieu de la neurasthénie. Le plus beau est à la fin, "There is a light that never goes out" est sans doute la plus belle chanson jamais écrite. Même si l’emploi de synthé donne un aspect un peu kitsh à l’affaire qui vieillit assez mal, le chant dépressif de Morrisey et les paroles au lyrisme désespéré continue 20 ans après à faire leur effet. Ecoutez plutôt « and if a double decked-bus crashes into us , to die by your side is such a heavenly way to die / and if a ten tonnes truck kills the both of us, to die by your side, well the pleasure and the privilège is mine »…
Après une écoute attentive et à fond les gamelles de The queen is dead, une drôle de sensation apparaît, comme un vide, une tristesse lancinante mais surtout une impression de beauté fulgurante. Que demander de plus ?
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