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The Pains of being pure at heart (et d'avoir un intérêt limité)
Hors actu
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Dans la musique moderne, depuis les années 50 et même auparavant, les reprises sont monnaies courantes et représentent une partie non négligeable de la production. Les plus grands sont tous passés par cet exercice, même lors d'une carrière écourtée, à l'instar de Joy Division, le groupe de Ian Curtis ayant ainsi repris Sister Ray du Velvet Underground (disponible en live sur l'album posthume Still).
On entend généralement par le terme de reprise ce qu'un remake est au cinéma. Il s'agit au mieux d'une version (vraiment) différente de l'originale, dans un autre style, une autre approche musicale, et parfois même quelques modifications harmoniques ou mélodiques. On parlera alors de reprise constructive. L'auditeur ayant un tant soit peu d'oreille remarquera que le Ziggy Stardust original de David Bowie diffère de celui de Bauhaus par un accord de guitare dans les couplets, et ce d'une manière assez flagrante. On citera aussi "Come As You Are" dont la version de la petite française Emilie Simon au piano déroute l'auditeur de celle plus habituelle de Nirvana. De même, la version de "Transmission" de Joy Division par The Smashing Pumpkins en concert est tout à fait méconnaissable, si ce n'est par les paroles. Au pire, c'est une copie presque conforme qui n'apporte rien et qui n'a d'"utilité" que pour l'interprète qui se fait plaisir. Un exemple de reprise inutile est "Walk on the wild side" chanté par Vanessa Paradis, où seule la tessiture de voix diffère évidemment de l'originale par Lou Reed. L'instrumentation est en revanche quasiment conforme.
![]() On peut prétendre qu'il existe une autre forme de reprise, beaucoup plus rare, celle d'écrire et de mettre en musique un morceau "à la manière de". Le meilleur exemple que je connaisse est "Cherry Chapstick" par le groupe américain indie rock Yo La Tengo1 (sur l'album "And Then Nothing Turned Itself Inside Out", sorti en 2000). Indéniablement, ce morceau rappelle furieusement Sonic Youth, période "Goo" ou "Dirty". Je croyais à la première écoute être tombé sur un inédit du quatuor mené par le grand Thurston Moore. Les sons de guitares chargées de feedback et leurs soli épileptiques agrémentés de quelques mouvements de tremolo, ceux de la batterie doublée du rythme des maracas et même le phrasé des couplets, tout y est. Connaissant la diversité musicale affichée par Yo La Tengo, on ne peut que se dire qu'il s'agit d'un hommage rendu à leurs cousins musicaux de New York. Que se passe-t-il quand l'hommage remplit pratiquement tout un album ? Cela s'appelle du plagiat, et ce d'autant plus quand les auteurs du dit-plagiat renient une ou plusieurs influences pourtant flagrantes. Ainsi, le groupe américain au nom fleuve (et il faut le dire un tantinet ridicule) "The Pains of Being Pure At Heart"2 (qu'on abrègera en POBPAH) dans leur premier album éponyme de 2009 évoque sans coup férir My Bloody Valentine. Plus précisément, c'est la période "Ecstasy and Wine", compilation du groupe Irlandais (mais émigré en Angleterre) et l'album suivant "Isn't Anything", sortis respectivement en 1987 et 19883, qui est la cible de ce plagiat. Tout y est, les voix douces presque chuchotées dans le même timbre, toutefois moins noyées sous le flot des guitares plus criardes que saturées de leurs prédécesseurs, et la section rythmique est en tout point semblable également.
On aurait pu espérer que pour leur deuxième album, "Belong" sorti en 2011, le quatuor de Brooklyn ne referait pas cette erreur de jeunesse de vouloir sonner comme My Bloody Valentine (MBV). C'est en partie assez réussi, mais pour quel résultat ! Cette fois-ci, ce n'est plus seulement MBV qui est visé, mais un échantillonnage de plus de groupes, dont une bonne partie viennent du genre shoegaze de la fin des eighties et du début des nineties. Il ne s'agit que d'une étiquette signifiant que les membres des groupes (exclusivement Britanniques) appartenant à cette mouvance semblaient fixer leurs chaussures alors que c'était plutôt de leurs pédales d'effets. Car les musiques produites par ces groupes étaient loin de se ressembler dans l'absolu. Slowdive, Lush ou The Jesus & Mary Chain (JAMC) en ont fait partie, mais sont objectivement bien difficiles à rapprocher musicalement. Tout groupe ou interprète de musique actuelle a fatalement des influences plus ou moins identifiables, et essaye dans le meilleur des cas de les digérer et d'en sortir quelque chose de nouveau et d'innovant, en y apportant ses propres trouvailles et inspirations. Dans "Belong", POBPAH ont certes ingéré du MBV (encore), du JAMC pour certaines rythmiques, du Slowdive, mais aussi des synthés en nappe utilisés par The Cure dans la deuxième moitié des eighties, les guitares très overdriven d'Ash4 (un groupe d'Irlande du Nord, celui-ci relativement proche de Green Day ou de Weezer). Mais au lieu de digérer, ils ont tout recraché tel quel, en un mélange improbable, qui laisse une vive impression de déjà entendu tout au long de l'album. Le plus affligeant, c'est que le leader de POBPAH, Kip Berman, déclare que ses influences sont plutôt exclusivement américaines, en citant Nirvana et Sonic Youth5.
Pour l'instant, le seul intérêt de ce groupe est de constituer principalement une continuation de l'oeuvre de Kevin Shields, l'inspiré guitariste de MBV, et de ses acolytes, pour ceux qui restent sur leur faim par rapport à la production du groupe irlandais qui fut, il est vrai, un peu maigre. L'amateur de Shoegaze y trouvera aussi un revival. Mais tout cela en (beaucoup) moins bien et surtout moins mature.
Références :
Discogs : 1. Yo La Tengo
Wikipedia :
4. Ash (groupe)
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