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The National – "High Violet"
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Comment expliquer ce qui fait la magie des albums de the National, en tout cas depuis le deuxième album, Sad Songs for Dirty Lovers ? A la première écoute, l’ensemble vous séduit, deux, trois chansons vous accrochent un peu plus que les autres. A la troisième, vous les aimez toutes et à la dixième, vous découvrez encore un détail qui vous avait échappé. Ils font partie de ces albums, tellement rares, qui évoluent avec vous, vous accompagnent une longue partie de votre vie, font corps avec vous, prennent racine, s'inscrivent profondément dans votre âme et s'associent à des événements de votre vie. Deviennent vitaux. D’autres exemples personnels dans des genres divers : Joy Division, les premiers Cure, Eyeless In Gaza, The Apartments, Nick Drake, The Chameleons, Debussy, L’Altra, Hood, Autechre, Boards of Canada... Comment situer ensuite High Violet dans l’arc-en-ciel national ? Un peu le spectre des albums précédents, la fougue rouge de Sad Songs for Dirty Lovers, le gris ténébreux d’Alligator, le classicisme pourpre de Boxer, les arrangements bleus de Cherry Tree. En bien plus nuancé tout de même, plus romantique aussi, on n’est pas si loin de la formule des Smiths, qui conjuguait des paroles d’une tristesse abyssale avec des mélodies sautillantes et souvent enjoués. Certains textes sombres de Matt Beringer (Terrible Love, Sorrow, Afraid of Everyone) sont ainsi éclairés par une palette impressionniste et des couleurs nuancées. The National est aujourd’hui clairement au niveau des meilleurs Nick Cave, des premiers Tindersticks et se distingue de la concurrence par cette capacité à insuffler lumière aux ténèbres. Et sans jamais forcer le trait. Surtout, le groupe a toujours favorisé l'ouverture de portes et fenêtres pour y inviter proches et amis, Padma Newsome qui signe les arrangements sensitifs avec le guitariste Bryce Dessner (soit la colonne vertébrale des Clogs), Justin Vernon de Bon Iver, Richard Parry d'Arcade Fire joignent leur voix aux refrains, Sufjan Stevens y glisse quelques notes d'harmonium. Une grande famille qui explique sans doute toute la richesse de The National. ![]() L’album débute par une introduction un peu sourde, des guitares qui font vroum vroum et la voix de Matt Beringer qui prononce ces mots un peu étranges "It’s a terrible love that I’m walking with spiders", quelques notes de piano viennent adoucir l’atmosphère et soudain ce riff et ces roulements de caisse incroyables qui accompagnent le refrain "It takes an ocean not to break". La chanson, assez étonnante, n’est pas inconnue, on l’a entendu live au Late Night with Jimmy Fallon il y quelques semaines et nous avait fait forte impression, l’explosion d’énergie étant assez rare chez The National, tout en colère rentrée. Bizarrement, sur le disque, la chanson reste très étouffée et dénote un peu avec la production du reste de l’album, bien plus lumineuse, on lira ici et là qu’ils ont gardé la maquette initiale, n’arrivant pas à retrouver l’énergie, le fluide originel. Il faut la voir live pour en saisir toute la démesure. Par la suite, deux chansons pop, Anyone’s Ghost d’abord, tout en rythme robotique et acéré, chant détaché, la chanson que rêve sans doute d’écrire un jour Interpol et, plus loin, Blood Buzz Ohio, encore plus immédiate, imparable, puissant et évident single du groupe. The National tient là son premier "tube". Entre ces deux morceaux de bravoure, trois chansons plus immédiatement nationales. Sorrow, d’une beauté spectrale avec son "houuuu" à la fois glaçant et magnifique, des touches de piano et de violoncelles magnifiant la chanson. Les arrangements de cordes sont un peu plus présent sur Little Faith, plainte profonde, ample, mouvante, pas loin de l’explosion. Afraid of Everyone, enfin, est une montée progressive, implacable, féroce, Matt vociférant à la fin "Your voice is swallowing my soul" sur un sol abrasif. Six chansons viennent de passer dans nos oreilles, six chansons d’un niveau exceptionnel. La deuxième partie de l’album perd un peu l'équilibre fragile à trouver entre romantisme, fougue, délicatesse et clair-obscur. Lemonworld peine à décoller et n'apporte pas grand-chose à l'édifice, Runaway, par contre, est très émouvante avec ses arrangements de vents, sans doute la chanson la plus proche de Boxer l'album précédent, pas si éloignée non plus de Richard Hawley. Beaucoup plus étonnante, Conversation 16 amène un refrain plein d’emphase, c’est beau mais on n’a pas trop envie de voir The National sur ce terrain-là, un peu flamboyant, lyrique (qui a soufflé héroïque ?), même si la chanson et les cœurs ont des gestes célestes. Même reproche à England, également un peu trop appuyé, volontaire. L'album se conclue par une ballade où les cordes et la voix de Matt font l'essentiel du travail. Derrière un relatif classicisme, qui explique sans doute pourquoi le succès soit arrivé petit à petit, se cache une fois encore une grande ambition à construire des chansons romantiques au sens le plus noble du terme, arrangements discrets mais grandioses, paroles profondes, chant habité, mélodies subtiles, rythmes sans cesse renouvelés. Ainsi, album après album, The National réussit l’exploit de changer en restant le même, de se rendre à chaque fois un peu plus essentiel. Remplit nos vies. The National, qui vient de faire la première partie de Pavement au Zenith à Paris, tournera cet été aux Nuits de Fourvière à Lyon et à la Route du Rock à Saint-Malo. On les retrouvera à l'Olympia le 23 novembre. Il est temps de prendre vos places, The National en live c'est dément. Site officiel : http://www.americanmary.com/
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