Bientôt 10 ans que The Coral construit (hélas plutôt discrètement) une discographie proche du sans faute. Après des débuts intenses (une moyenne frisant les deux albums par an), le sextet a survécu à quelques crises jusqu’à un
Moins foutraque que le tonitruant coup d’éclat éponyme (les gamins de l’époque ont grandi), ce disque dont la graphie du titre sur la pochette renvoie à celle du Forever Changes de Love (quand même!) voit aussi, parfois, The Coral ployer sous le poids de ses références : «Two Faces» se rêve clairement (et un peu vainement) en outtake de Rubber Soul. Qu’importe : comme à chacune de leurs livraisons, les liverpuldiens signent des chansons capables de vous faire tomber désespérément amoureux -et Butterfly House se révèle particulièrement généreux en merveilles de ce type. Ecoutez les harmonies de «Green is the color», le gimmick crève-cœur de «Falling all around you», l’évidence mélodique du sublime «Walking in the winter» : The Coral tient une forme olympique et il suffit de quelques gorgées pour se convaincre que le cru est exceptionnel. Et la voix de James Skelly lui confère, comme toujours, une accroche revigorante.

Comme chaque album au sein d’une œuvre par ailleurs d’une cohésion cristalline, BH possède sa couleur et son charme propre. Panoramique, conquérant et plus dense qu’à l’accoutumée, celui-ci est le disque californien de la bande, pas si éloigné dans ses moments fièvreux de la démesure des Bodies of Water. Un univers plus américain où se fondent à merveille leurs guitares carillonnantes façon Byrds et leurs marottes sonores de train-fantôme forain. Hanté d'orgues mesmériques, aussi entraînant («Roving Jewel», «Sandhills»…) que rêveur (l’inestimable «Coney Island» : un concentré de l’art corallien), ce disque est en quelque sorte au premier Coral ce que Roots & Echoes fut à Magic and Medicine : une reformulation, forte de l’épaisseur acquise (toujours sans un soupçon de gras, ou presque) et venant donner encore plus de chair au parcours d’un groupe à chérir, capable d’enchaîner tranquilou les perles de 2min30 comme peu de ses contemporains.