The Besnard Lakes are the roaring night est le troisième album du combo (duo ?) canadien du (presque) même nom, auteur en 2007 d’un Dark Horse remarqué. Avec cet album, le groupe se fait plus que jamais le chantre d’une pop lyrique, une pop qui n’est pas d’une grande originalité mais qui est impeccablement composée, interprétée et arrangée.
Il y a la voix tout d’abord, souvent aérienne, presque fausse par moment, ce chant qui semble flotter entre les notes et que vient caresser régulièrement une autre voix, féminine celle-ci. Il y a cette musique qui illustre la volonté de prendre l’auditeur par la main (ou par l’oreille) pour l’emmener tout là-haut, autant d’atouts et d’atours qu’illustrent à merveille le titre d’ouverture, enfin ses deux parties, qu’on imagine sans peine amorcer leurs futurs concerts, le sobrement intitulé Like the Ocean, like the Innocent part 1 & 2.
On pourra évoquer les mêmes noms que pour le disque précédent tant le même sillon est ici creusé, celui d’un miracle d’équilibre entre des volutes de pop psyché sixties tendance (lourde) Beach Boys et une approche Shoegaze de la majeure partie des guitares, ce feeling sixties (tendance muret du son) passé à la moulinette d’un autre mur du son, là-aussi en mode muret, celui des guitares lustrées à la My Bloody Valentine. C’est que ça mouline dru oui mais en cadence et non sans élégance, les voix tendance céleste servant de contrepoint à la densité (relativement) tellurique de la musique. On affinera le propos toutefois en évoquant une tendance plus aérienne sur ce nouvel album du côté du son, un poil moins plombé, un poil plus ambitieux musicalement aussi, un feeling aussi plus 70's par moment, essentiellement par ce côté lyrique limite pompier, une musique qui de toute façon emporte sans mal l’adhésion.
Mention au morceau introduction précité, mention au Chicago Train qui roule vers les étoiles bien plus qu’il ne fend la plaine avec son joli psychédélisme pastoral. Mention aussi à Light Up the night et ses faux-airs de longue intro (une presque constante chez le groupe d’ailleurs), un peu comme si on voyait un éclair dans le ciel et qu’on attendait le tonnerre, longtemps, avant qu’il ne vienne tout de même gronder. Mention au morceau And this is what qui nous prend par surprise avec son rythme carré et binaire qui fait de suite taper du pied, un peu comme si le groupe Archive roulait sur la route 66 en lieu et place de la M2. Mention aussi au dernier morceau The lonely moan qui rappelle avec ce mélange voix/musique la collaboration entre Julee Cruise et Pluramon, une conclusion tout en apesanteur, superbe. Dommage qu’il manque LA chanson qui ferait basculer l’album du côté événementiel, qu’importe après tout.
En enfonçant encore un peu plus le clou (rouillé mais doré) du précédent disque, les Besnard Lakes proposent un disque toujours sinon plus ambitieux et qui veille toujours sinon plus à ne pas tomber dans l’emphase, c’est une belle et pleine réussite. Nous vivons une époque pop (une Epop ?) formidable, une preuve de plus encore avec ce nouvel album des Besnard Lakes et leur musique du genre éléphant rose.
Sortie le 9 mars 2010