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Sugar Plum Fairy Pr "s/t"
Les sorties
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C’est l’automne, il pleuviote légèrement par-dessus le jour, c’est le dimanche après-midi, nous sommes à Tours, Indre-et-Loire. Vous imaginez ? Un épagneul crasseux en goguette qui se soulage sur une des roues d’une Ford Granada, deux ou trois monospaces au feu rouge qui reviennent de chez bel-papa et belle-maman (une semaine du côté du monsieur et une semaine du côté de madame), la brinquebolance d’une télécommande qu’on fait tomber sur le carrelage en s’endormant devant une série américaine, le fiston au premier étage qui éclate tout un régiment dans un shoot’em up en ligne. Une certaine idée de la vie occidentalo-comateuse. C’est dans ce cadre épanouissant que les Sugar plum Fairy Pr opèrent, Prenant sur leurs congés et leurs dimanches pour prodiguer des douces caresses à un piano, de légers frottis à des cordes de nylon et pour développer autour de quelques textes pluvieux des ambiances musicales à l’avenant. Ce premier album (à notre connaissance) du groupe tourangeau est une délicieuse surprise. Surprise car nous l’avons découvert par le plus grand des hasards et comme bien souvent le plaisir pris à son écoute n’en a été que décuplé. Délicieux car sa musique mélancolique nous émeut et nous transperce à coups de fulgurances mélodiques. Un disque personnel et singulier au-delà d’un écrin poisseux savamment construit. Singulier ce groupe l’est tout d’abord par ses compositions : - Aurélien Jouannet : piano, voix, programmations, xylophone, claviers - Sylvain Joubert (Tourangeau cœur fidèle ?) : basse, guitare - Nathalie Villeaud : réalisation, montage vidéos. Et oui, un power trio avec deux musiciens pluri-instrumentistes et une vidéaste, cela ne court pas les rues fussent-elles celles de l’arrogante préfecture de l’Indre-et-Loire. Cela induit une volonté de créer un univers très personnel sur scène (via projections et vidéos) pour leur pop grise et noire, une pop influencée (selon leurs dires) par Radiohead, Nick Cave ou encore Philip Glass. Cela peut exciter également votre imagination tant les intentions sont louables, intéressantes et prometteuses. Autant vous dire de suite que le résultat est à la hauteur de nos espérances Précisons de suite une petite chose : c’est un trio oui mais sans pour autant qu’il soit question ici de musique minimaliste. De nombreux musiciens sont venus en aider à la conception de ce disque, en particulier quelques membres du collectif Ezekiel (groupe français d’électro-dub, pour faire court), on peut aussi noter l’apport au gré des morceaux d’un violoncelle par exemple ainsi que d’autres éléments additifs. Musicalement alors qu’en est-il ? Parce que bon ok Tours, la pluie, l’automne en mon cœur tout ça oui oui oui oui mas bon : La musique dans tout ça ? Ca tombe bien j’y venais justement, c’était le sujet de ma seconde partie. Hop hop hop c’est parti. Musicalement, on peut rapprocher la musique de Sugar Plum Fairy Pr de celle d’Aaron par exemple, essentiellement dans l’alliage entre un doux piano cerclé de programmations et accompagnée par une voix chantant d’un timbre appuyé dans un anglais parfait (le morceau « Winded curse » en est le parfait exemple). La comparaison s’arrête toutefois là tant la musique d’Aaron peut séduire par courts instants mais lasse sur la quasi-totalité d’un album (deux ou trois bons morceaux ne font pas un bon disque, on ne le dira jamais assez). Ici tout est plus riche, plus beau, plus fort, plus épais, plus singulier, plus touchant en un mot. Une précision sinon pour éviter les soupirs du genre « Tiens y’en a qui sucent la roue au premier succès radio d’Aaron », le disque dont il est question ici a été enregistré en l’an de grâce 2005 de notre ère, bien avant donc le « U-turn (Lili) » du groupe précité. Trois morceaux ressortent de cet album : - un « Foreign town » imparable, enlevé (piano, basse et batterie synthétique sabre au clair) et mémorable, une chanson parmi les plus belles entendues depuis longtemps. - « Monochrome » proche de ce que peut faire Perry Blake dans ses meilleurs moments, même si la voix d’Aurélien est plus ample et assurée là où celle du troubadour irlandais tire vers l’abstraction et le vaporeux. On peut rapprocher d’ailleurs tout le disque de l’ambiance générale du second album de Perry Blake « Still Life ». Un disque inexplicablement gris, poisseux et plombé après un premier disque plus aérien et léger. - « Hypnotized », une ballade magistrale et pour tout dire assez impressionnante. Un piano, une voix en avant et une choriste reprenant à l’unisson quelques bouts de phrases, un vrai grand et beau moment. Bref que du bon me diriez-vous ? Que nenni, cela serait trop beau. On peut ainsi reprocher au disque une tendance à reproduire des ambiances identiques, un léger sentiment de redite (aussi bien du côté de la composition que du chant) en somme, bémol heureusement atténué par la qualité d’ensemble. Il ne fait sans doute pas bon écouter cette musique lorsque la pluie tombe sur nos fenêtres et lorsque l’hiver prend position d’un de nos ventricules sinon les deux. Si vous vous sentez défaillir et tomber nul doute que ce disque vous ferait l’effet d’une main qui s’appuierait sur votre épaule et accélérerait doucettement votre chute. On peut aussi être séduit et touché par la classe naturelle de l’ensemble, la beauté du tout. C’est l’option que nous avons choisi, il faut dire aussi qu’on est dur au mal et pas douillet, non mais. Au final nous avons là un must pour les amateurs de belle pop neurasthénique à la mélancolie poisseuse, au piano enneigé. La musique de Sugar Plum Fairy Pr est belle à pierre fendre, elle écarte les fesses des statues. le myspace du groupe Retrouvez d'autres articles sur Sugar Plum Fairy Pr : Entretien avec Sugar Plum Fairy Pr Sugar Plum Fairy Pr - Shades of Grey
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