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Sugar Plum Fairy Pr - Shades of Grey

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Posté par Bruno Piszorowicz & Sabine Verronneau le 2010-02-17



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Culturopoing n’a pas ménagé sa peine pour vanter les mérites du premier album de Sugar Plum Fairy Pr, vaillant combo tourangeau. Notre chronique parlait de révélation et d’un « must pour les amateurs de belle pop neurasthénique à la mélancolie poisseuse, au piano enneigé » concluant par un laconique « La musique de Sugar Plum Fairy Pr est belle à pierre fendre, elle écarte les fesses des statues ». De la sobriété en veux-tu en voilà.
 
C’est dire si la curiosité se mêlait à l’excitation à l’écoute de ce nouvel effort, Shades of Grey. Les premières écoutes s’alignent et la curiosité fait de prime abord place à la perplexité, l’impression en effet que le romantisme glacé du groupe a pris ici un sérieux coup de chaud. On se dit qu’on est passé d’un Sugar Plum Fairy Pr classieux à un Sugar Luc Ferry pompier. La musique du groupe a gagné en amplitude peut-être, en musicalité mouais, en ambition ça oui, mais le résultat égale-t-il pour autant le sublime squelette initial et éponyme ? La question reste en l’air un long moment avant de nous rappeler de l’entretien donné par le groupe à Culturopoing. Interrogé sur le futur du groupe on s’entendait alors répondre ceci :
 
"Nous sommes actuellement en train de travailler sur le 2ème album qui restera bien sur du Sugar plum fairy tout en essayant de se diriger vers d'autres univers, car nous ne voulons en aucun cas faire plusieurs fois le même disque."

Et de suite le propos s’éclaire d’une toute autre lumière, moins joliment blafarde certes mais avec tout de même de nombreuses qualités. Cet album a partagé notre rédaction, certains n’arrivent pas à faire le deuil du disque éponyme, d’autres veulent suivre le groupe dans cette nouvelle direction vue bien plus comme un chemin pris parmi une foule de possibles qu’un virage musical à 180°. Petit aperçu des réflexions des uns et des autres autour de ce Shades of Grey, l’album par lequel le groupe tourangeau est passé du Spleen & Idéal du premier album au Spleen & Loréal.
 
Commençons par Baudelaire justement, les pourfendeurs de l’album s’en lamentent :
 
"Voilà le souvenir enivrant qui voltige
Dans l'air troublé ; les yeux se ferment ; le Vertige
Saisit l'âme vaincue et la pousse à deux mains
Vers un gouffre obscurci de miasmes humains "

          (In Le flacon, Les Fleur du Mal (Spleen & Idéal)
 
Le premier album du groupe possédait une très forte identité, renforcée bien entendu par la vidéaste Nathalie. A l’écoute de cet album on se dit que le flou prévaut cette fois, un flou persistant à défaut d’être structurant. Où est la bidouille ? Le travail sur le son ? Où est passée la guitare de Sylvain ? Où sont les ténèbres ? Le trouble ? Tout semble lustré, embelli pour un spleen de papier glacé.
 
Spleen & Loréal oui avec cette voix moins habitée, plus posée peut-être, avec ce piano moins sombre et atmosphérique, cette batterie qui vient s’ajouter (pourquoi donc ?) cassant l’atmosphère brumeuse qu’on aimait tant pour insuffler dans la musique du groupe un rythme plus attendu. Là où la collaboration avec Supercilious sur le 1er album avait fructifié le travail sur les arrangements, ceux-ci s’avèrent sur cet album sans identité. Il est curieux également de voir combien chaque chanson ou presque commence très bien avant de se perdre, comme si l’édifice s’effondrait pour retrouver la platitude, le groupe semble perdre le fil sans le retrouver. On sent combien le groupe pourrait faire mieux tant il y a du talent, de l’intelligence musicale, de la sensibilité, on devine l’envie de proposer du neuf et d’aller vers un univers différent mais sans aboutir, comme une esquisse de réussite sans achèvement.
 
Parlons toutefois du morceau « Shades of grey » qui possède ses qualités (ce beau et triste début, ce piano répétitif et cette rythmique d’horloge qui fonctionnent très bien) et ses défauts (une seconde partie plus bancale, une batterie à contretemps, les chœurs qui s’imposent plus que de raison) tout en restant tout de même agréable, citons le trop court «My sweet failure » ou encore le dernier titre qui émeut (enfin !) pour polir un peu le silex. Un disque qui déçoit au final, peut-être à cause de ce premier album dont on se refuse de faire le deuil. Mais il en est ici pour défendre ce disque, haut et fort même.

 


Continuons donc, toujours avec Baudelaire, toujours ce Spleen & Idéal mais qui trouve ici quelques grâces :
 
"Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides"

                (In Elévation, Les Fleur du Mal (Spleen & Idéal)
 
Après plusieurs écoutes de l’album une évidence s’impose, il faut absolument faire abstraction du premier disque du groupe, suivant ainsi fidèlement l’objectif du groupe de faire avancer sa musique, de ne pas répéter les mêmes structures et la même atmosphère (même sublime) disque après disque.
 
Ce faisant, on peut dire qu’on a affaire ici à un disque ambitieux avec une emphase certaine, une attitude qui marche plutôt bien d’ailleurs sur les tempos les plus agités, là où une relative démesure se prête bien au jeu, mais qui tangue plus que de raison dés lors que l’ambiance s’apaise. On a l’impression que le groupe cherche le KO à tout va, une attitude velléitaire qui tranche avec le recueillement chiadé du premier album et qui fait perdre, c’est vrai, au groupe un peu de sa superbe. Ce Shades of grey c’est en fait de la pop bravache là où le premier album brillait dans son coin et attendait qu’on le visite, comme si la force émotionnelle allait de soi sans qu’il soit besoin d’en rajouter. Alors ce Shades of Grey c’est l’histoire d’une grenouille qui voulait se faire plus gros que le bœuf ?
 
Que nenni.
 
Abstraction faite de ce satané premier disque, remettant en quelque sorte les compteurs à zéro ou du moins essayant de le faire, alors cet album s’avère une très bonne surprise. Le maître-mot des 11 chansons semble être de laisser libre cours à une plus grande amplitude de son et d’ambiances. Certes les compos reposent le plus souvent sur une trame identique, une mélodie de départ que le groupe fait ensuite monter en mayonnaise, mais elles ont pour elles toutefois une très haute teneur mélodique, même si la musique est sensiblement (et sensitivement) plus distante que sur le premier album.
 
« Time is a curtain » ouvre l’album avec cette belle et profonde voix, un beau morceau avant que « Not for real » ne tonne, le refrain surtout avec sa guitare et ses chœurs presque guerriers. « Good at life » ensuite baigne dans une belle mélancolie montée ensuite en épingle, l’occasion de noter le clinquant de la production tout comme pour « The chatter box » qui montre combien le groupe refuse presque avec obstination de faire simple tout en veillant, c’est vrai, à ne pas trop complexifier l’ensemble (même si bon, 3 minutes au compteur pour deux couplets, deux fois un joli refrain et deux ponts dissemblables, pas mal !).
 
On a envie d’insister sur le côté bravache de l’ensemble, tant il résume bien l’évolution du son, cette envie d’en découdre sur l’air du « Finie la rigolade calviniste ca va chier », ainsi ce « Scapegoat » sinusoïdale qui donne l’impression d’avoir affaire à une locomotive pop (une Rockomotive ?) ou encore « Faultline » et sa mélodie un peu étouffée qui part ensuite en vrille, un peu comme si on chatouillait subitement les musiciens (tiens d’ailleurs, ce Shades of Grey ça ne serait pas de la pop chatouillis  (et non chantilly) ?).
 
Quelques moments de moins bien il est vrai, « My sweet failure » qui tombe un peu à plat, un « Head down » mitigé en guise de respiration ou encore un « Interlude » (entre quoi et quoi ?) inutile. Mais aussi un joli « Shades of Grey » éponyme avec son gimmick de piano qui fait penser curieusement au « Holding out for a hero » de Bonnie Tyler (l’école Jim Steinmann vous savez, Meat Loaf & co, du sobre quoi) même si l’écho est lointain et, avouons-le, le reste de la chanson diffère de tout en tout même s’il partage un sentiment d’urgence que l’on ne connaissait pas chez le groupe ou encore le « Soundtrack for these days » final en guise de tentative de morceau définitif avec ces cordes synthétiques, son beau piano et cette belle voix (posée, pour une fois) pour un beau final.
 
Le premier album des Sugar Plum Fairy Pr avait reçu un fort bel écho de la part de la presse spécialisée comme de nombreux webzines, il va être intéressant de voir comment ce disque, désireux d’en découdre avec les affres de la popularité, ambitieux dans sa forme, particulièrement chiadé sera lui perçu. A Culturopoing en tous les cas les fans de la première heure sont partagés mais même ceux qui sont déçus n’en conservent pas moins une belle affection pour ce grand groupe de pop de chez nous.


 


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Commentaires
De : Infernalia

Magnifique critique schizophrène... bon moi je fais partie de ceux qui aimaient le premier et qui baillent au deuxième. (et le mot à taper est "mélancolie")

De : Yules Ferry

Sugar Luc Ferry ??

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